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On s'accorde pour considérer
les Négritos ou Aetas comme les habitants primitifs des Philippines.
Ces aborigènes furent repoussés par les envahisseurs et se
fondirent en partie avec eux. C'étaient des vents favorables qui,
de même que pour la dissémination des plantes, amenaient Polynésiens
et Malais, dès les temps anciens, ou les Japonais
et les Chinois, ainsi que les Arabes, peuples
asiatiques avec lesquels les nations principales de l'archipel faisaient
le commerce et produisaient, par leurs unions avec les étrangers,
de nouveaux métis. Le fond de la population et de la langue est
malais. On distinguait dans ces îles les septentrionaux ou Losongs,
habitants de Luçon, et les méridionaux ou Bisagas; les Espagnols
trouvèrent, à leur arrivée, quatre chefs gouvernant
la première. Les chefs suprêmes étaient dits rajahs
ou sultans. L'esclavage fut aboli à l'arrivée des Espagnols.
Balboa avait pris
possession « pour la couronne de Castille ,
au nom de son roi Charles V», de l'océan
Pacifique
(29 septembre 1513); Magellan,
avait traversé le détroit qui porta son nom (octobre 1520),
puis, pénétrant par l'Est dans cet océan, avait découvert
les îles Mariannes
(mars 1521), lorsque, le premier des
Européens,
il vit l'archipel des Philippines, au cap Saint-Augustin; il tenta un établissement
à Cébu, mais peu après, 26 avril, il était
tué dans une rencontre avec les habitants de Mactan. Après
deux autres expéditions infructueuses, une quatrième mit
à la voile du port de Juan Gallego (Mexique ),
le 1er novembre 1542,
sous le commandement de Lopez de Villalobos. Une petite île voisine
de la rivière de Butuan, à Mindanao, appelée Abuyo,
fut la première à laquelle Villalobos donna le nom de Philippines.
Villalobos mourut à Amboine, assisté à ses derniers
moments par saint François Xavier.
Philippe
II venait de succéder à son père : il ordonna
au vice-roi du Mexique
de s'occuper de la conquête et de la colonisation des îles
Philippines. En conséquence, une cinquième expédition
fut préparée et confiée au commandement de Miguel
Lopez de Legaspi. Andrea de Urdañeta, qui avait navigué comme
capitaine dans la seconde, et qui avait revêtu depuis l'habit
de Saint-Augustin, y fut employé comme cosmographe. Cinq religieux
du même ordre l'accompagnèrent, chargés de faire la
conquête spirituelle de la nouvelle colonie : cette attente ne fut
pas trompée. On appareilla du Mexique, le 24 novembre 1564,
et l'on mouilla à Cébu, le 27 avril 1565.
On découvrit ensuite l'île de Panay, et plus au Nord la baie
des Losongs et le fleuve Pasig. Legaspi fonda la ville de Cébu,
qui fut appelée primitivement Ciudad del santo Nombre de Dios. Puis
il soumit les Tagalogs et leur chef, le rajah Soliman, soutenus en dessous
par les Portugais. C'est alors qu'il choisit
pour siège de gouvernement la ville à laquelle, en la fortifiant
et l'étendant, il conserva le nom de Manila (ce nom dérive
de deux mots tagals, mayron nila = " il y a du nila" ; le nila est
un petit arbuste du genre Ixora. Le nom de losongs est celui d'un mortier
dans lequel les habitants pilent le riz pour le nettoyer : il devint Luzon
et Luçon, par altération). La prise de possession de Manille
eut lieu le 15 mai 1571, un mardi,
jour de Santa Potenciana, qui devint la patron de la ville. Par son administration
prudente, et grâce à ses lieutenants et aux missionnaires,
Legaspi soumit bientôt l'île entière et les îles
voisines. Il mourut le 20 août 1572.
Ce fut sous son successeur, Guido de Labezares,
qu'eut lieu, contre Manille, l'expédition du pirate chinois Lima-Hong.
Il incendia la ville, mais il échoua devant la citadelle. Plus tard,
un complot tramé par les Chinois,
établis vers 1580, fut découvert
et réprimé vigoureusement; 23000 d'entre eux périrent
(1603). En 1609,
les Hollandais vinrent bloquer le port;
ils furent repoussés avec perte. En 1635,
l'on construisit le fort de Samhoanga, dans le but de mettre un terme aux
incursions des Mores. Un effroyable tremblement de terre, en 1645,
fit des ruines nombreuses et des victimes dans la colonie, particulièrement
dans la capitale. En 1762, la ville
de Manille était parvenue au plus haut point de prospérité,
lorsque, à la fin de cette même année, l'Angleterre ,
alors en guerre avec l'Espagne ,
apparut inopinément. Bien que la place n'eût pas été
prévenue qu'elle avait affaire à une flotte ennemie et qu'elle
fût gouvernée provisoirement par l'archevêque don Antonio
Roxo, elle se défendit avec une grande obstination; la ville fut
bombardée et prise d'assaut (5 octobre), elle fut livrée
au pillage et dut payer une somme de 4 millions de piastres. Anda y Salazar,
lieutenant-gouverneur, alla établir le siège du gouvernement
à Bacolor. Il soutint, durant quinze mois, la guerre e en province.
Au mois de mars 1763, après
la conclusion de la paix, les Anglais évacuèrent Manille.
Ce fut cette même année, que les Chinois, toujours hostiles,
et qui n'avaient que trop bien répondu aux instigations des Anglais,
furent exilés en masse ou massacrés.
Sous Ferdinand VII, éclatèrent
en Amérique ,
à partir de 1817, les révolutions
qui ont enlevé successivement à l'Espagne
toutes les colonies qu'elle possédait sur ce vaste continent. Le
Mexique devint définitivement indépendant en 1829.
Par suite de ces brusques crises, les Philippines furent privées
des ressources que leur procuraient les transports des métaux précieux
de la Nouvelle-Espagne par les galions de Manille. Les Espagnols dominaient
dans l'archipel, surtout grâce à la division des diverses
nations qui le peuplaient. Cependant, une d'elles constituait un péril
pour le commerce de l'intérieur et la sécurité de
tous. Au gouvernement de Manille revenait le rôle de soumettre ces
Mores et de faire cesser leurs pirateries. Sa première expédition
date de 1849. Puis, en 1876,
le sultan, de nouveau vaincu, dut céder l'occupation de la ville
de Soulou, sa capitale. La haine des Musulmans
s'y traduisait par les exploits de membres d'une association secrète,
les juramentados, qui pénètrent dans la ville pour
assassiner, sachant bien qu'ils périront avant d'en sortir.
La conquête n'était par encore
achevée, que déjà com mençaient, dans l'île
de Luçon, les soulèvements qui devaient entraîner pour
les Espagnols la perte des Philippines.
Ils furent conduits par les métis, jaloux de l'égalité
avec les blancs, et par les Tagals. L'oppression que l'Espagne faisait
peser sur la colonie paraissait intolérable. Les impôts pesaient
exclusivement sur les Philippins et les Chinois;
les métis comme les indigènes étaient systématiquement
écartés du pouvoir, mais, par-dessus tout, on avait à
se plaindre de l'oppression du haut clergé et des ordres monastiques.
Les Philippines nourrissaient le clergé le plus nombreux du monde;
les congrégations avaient dépouillé les habitants
de la plus grande partie du sol, prélevaient sur les cultivateurs
des redevances écrasantes, tandis qu'elles-mêmes échappaient
à l'impôt. Le haut clergé séculier et régulier
avait tout pouvoir, laissant l'exercice du culte à des prêtres
indigènes très misérables et qui souvent firent cause
commune avec le peuple. Ceux des Philippins qui avaient acquis de l'instruction
se trouvaient aux prises avec une censure qui perpétuait les vexations
de l'Inquisition
et s'exerçait non seulement sur les publications, mais sur la vie
privée. Ajoutez les malversations des fonctionnaires, les abus de
pouvoir, les dénis de justice. En 1872,
l'insurrection qui éclata exigea renvoi de troupes espagnoles qui,
seules, permirent de l'étouffer, car les troupes indigènes
n'étaient pas fidèles; et même les religieux, en lutte
avec l'autorité civile, durent être punis : trois moines compromis
furent fusillés. Sans doute, il était opportun, du point
de vue des colonisateurs, d'achever la conquête de Mindanao et de
Jolo; l'activité déployée en 1880
et les campagnes du général Torrero en 1887,
celles des généraux Weyler en 1891
et Blanco en 1894 semblaient établir
définitivement la domination de l'Espagne. Mais il eût été
mieux et plus urgent de prévenir les rebellions par des réformes
appropriées. Les déportés politiques envoyés
de Carthagène
aux Philippines enseignèrent aux indigènes les pratiques
de la franc-maçonnerie ,
et ceux-ci allèrent au delà de la pensée de leurs
initiateurs. Au fond, le mobile fut la haine de la tyrannie cléricale,
et le but, l'affranchissement du pays.
Ainsi éclata, au commencement d'août
1896,
la dernière et la plus grave insurrection : précisément
l'île de Luçon était dégarnie de troupes, occupées
à Jolo et à Mindanao. Le général Blanco, alors
gouverneur des Philippines, crut devoir ordonner des arrestations, qui
ne firent que précipiter l'explosion. Des métis accusés
simplement d'avoir diffamé le clergé sont fusillés
ou déportés. Les insurgés se livrent aux plus grandes
violences dans les provinces de Cavite et de Manille, et les troupes présentes
et fidèles sont insuffisantes. Cependant, les Espagnols,
maîtres de la mer, isolent, par des lignes fortifiées, du
reste de Luçon, les parties soulevées des provinces de Cavite,
de la Lagune et de Batangas; et le cours du Pasig est surveillé.
Mais la politique espagnole dans l'archipel intervient, le parti du clergé
reproche au général son indulgence, et celui-ci est rappelé
pour être remplacé par le général Polavieja.
Les trois principaux centres des insurgés sont successivement attaqués
et pris, dans le Nord de la province de Cavite. Un nouveau gouverneur,
le général Primo de Rivera, prend possession de son commandement.
Les rebelles occupaient encore les parties Sud et Sud-Ouest de la province
de Cavite.
Dans une dernière campagne, les
insurgés sont encore vaincus et forcés de renoncer aux batailles
rangées pour se livrer à la campagne de guérillas.
Les combats, de part et d' autre, avaient été meurtriers
et s'étaient livrés avec une sauvage énergie. Du côté
des insurgés, le plus fameux chef était Emilio Aguinaldo,
né au village d'Imas en 1871,
il était affilié aux sociétés secrètes
philippines ou Catipunan; c'était un homme énergique et intelligent.
Il était évident que le rappel des ordres monastiques et
l'octroi de libertés locales était le seul moyen de sauver
la domination espagnole. Mais la crainte de mécontenter le pape
était un obstacle insurmontable. La lutte fut pourtant suspendue
par un compromis. Le président du Conseil, en Espagne ,
Canovas, avait préparé, au mois d'août 1897,
des réformes, mais elles étaient bien loin des desiderata
exposés par les Philippins révoltés. Après
l'assassinat de Canovas, son projet de réformes fut repris par Castellano,
et un décret fut signé par la régente le 12 septembre
1897.
Le 14 décembre Aguinaldo déposa les armes à Biagnabato,
en échange d'une promesse d'amnistie générale, de
la réforme des abus et de l'admission des indigènes aux emplois
publics. Lui-même se retirait à Hong-Kong, recevant sur-le-champ
400 000 pesos, plus 200 000 à verser après la remise des
armes. Une grande partie des insurgés les déposèrent
en effet, mais l'argent ne fut pas payé, et les améliorations
ne vinrent pas. L'ajournement des réformes promises exaspéra
les Philippins et détermina la ruine de la domination espagnole,
lorsque se produisit le conflit hispano-américain. En mai 1898,
les Etats-Unis
bloquèrent Manille d'une manière effective. L'escadre américaine
du Pacifique ,
commandée par l'amiral Dewey, venait de Hong-Kong, où elle
s'était concentrée et où le consul américain
de Manille, Williams, avait porté tous les renseignements désirables.
Ce fut dans la nuit du 30 avril au 1er
mai qu'elle entra dans la baie. L'escadre espagnole, que commandait l'amiral
Montojo, se trouvait mouillée près de la pointe de Cavite.
C'étaient des navires en bois, assez mal armés, qui furent
coulés en deux heures.
Le 19 mai, Aguinaldo revient de Hong-Kong.
Il est accueilli en allié par l'amiral Dewey : il a dû, à
Hong-Kong s'entendre avec les Américains. C'était un pacte
temporaire, contre l'ennemi commun, avec l'arrière pensée,
pour les uns, d'établir la république philippine, pour les
autres, d'installer leur domination. En joignant ses troupes à celles
des Américains, Aguinaldo contribua à la chute de la domination
espagnole. Les forts de Manille furent bombardés le 13 août,
la ville capitula. La veille avait été signé le protocole
préliminaire de la paix entre l'Espagne
et les Etats-Unis .
La question des Philippines était réservée, Le traité
de paix fut signé le 10 décembre 1898.
Avec Porto-Rico ,
les Antilles
espagnoles, ce traité céda aux Etats-Unis les Philippines
et l'île de Guam .
Les Philippins n'acceptèrent pas
cette solution, revendiquant Leur indépendance. Aguinaldo, en septembre
1898,
avait convoqué une assemblée nationale constituant un gouvernement
dont il fut le chef; puis, lorsqu'en vertu du traité de Paris ,
les Américains manifestèrent l'intention de garder les Philippines,
il protesta dans un manifeste, en janvier 1899,
proclamant la république à Malolos, et lança, le 7
février, une proclamation dans laquelle il déclara la guerre
aux Etats-Unis .
Malgré la brutalité et la cruauté avec laquelle les
Américains menèrent les hostilités, ils furent confinés
dans la banlieue de Manille. Leur général Otis ne put remporter
sur les Philippins aucun succès efficace. L'occupation de quelques
autres villes, telles qu'Ilo-Ilo, Galoacan, Malolos, Calambo, Pasig, et
la soumission nominale des îles Soulou et Mindanao étaient
encore bien loin d'assurer en 1899
la domination américaine sur l'archipel. (GE). |
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