 |
De 1796
à 1814,
l'Amérique
se trouva isolée de l'Espagne .
Les colonies constatèrent qu'elles pouvaient vivre par elles-mêmes.
Quelques idées révolutionnaires venues de France
y pénétrèrent. Aussi dès les premières
années du XIXe
siècle voit-on paraître au
Pérou les premiers promoteurs de l'indépendance : D. Torribio
Rodriguez de Mendoza, le Dr Chaves de la Rosa, Manuel Ubalde, José
Gabriel Aguilar, Pardo, Mateo Silva, José de la Riva Aguero, le
comte de Vista Florida. Le vice-roi Abascal chercha à enrayer le
mouvement. Ubalde et Aguilar furent condamnés à mort. D'autres
furent emprisonnés, relégués au loin. En 1812,
il y eut des émeutes à Tacna et à Huanaco. Le 3 septembre
1813,
quand on apprit à Lima la suppression de l'Inquisition ,
le peuple saccagea les bâtiments du Saint-Office. Le Chili
avait essayé de se rendre indépendant en 1810.
Buenos Aires
y réussit en 1813,
et le général argentin
Belgrano envoya des troupes dans le haut Pérou pour y susciter un
soulèvement. Le 3 août 1814,
l'indépendance fut proclamée à Cuzco .
Un vieux cacique, Mateo Garcia Pumacagua, se mit à la tête
du mouvement. Les insurgés occupèrent Puno, Arequipa. Le
général Ramirez les battit à Chillihua en décembre,
à Umachiri en mars 1815.
Pumacagua trahi fut pendu par les Espagnols. La révolte fut étouffée.
Un complot tramé à Lima en 1815
par Quiros, Pardo de Zéla, Manuel et Tomas Menendez, d'autres encore,
fut dénoncé et les conjurés jetés en prison.
Abascal remit le Pérou en apparence dompté à son avant-dernier
vice-roi, don Joachim de la Pezuela (7 juillet 1816).
Mais en 1817
un patriote argentin, né sur le territoire des Misiones, le général
José de San Martin, apparaissait au Chili avec une armée
remarquablement organisée. Le 3 avril 1818,
sa victoire de Maypu affranchissait le Chili. Il se prépara alors
à marcher sur Lima. Une flotte fut improvisée et confiée
à lord Cochrane pour appuyer les opérations par mer et couper
la route aux secours envoyés de la métropole. Pendant ce
temps, des complots se formaient à Lima en 1818,
en 1820,
inquiétant le vice-roi pour la sécurité intérieure.
San Martin avait
achevé ses préparatifs. Le 12 septembre 1820,
la flottille de lord Cochrane le débarquait près de Pisco,
avec 4500 hommes. Pezuela avait une armée de 23000 hommes, dispersée,
il est vrai, pour combattre l'insurrection imminente et ses auxiliaires.
A la fin d'octobre, San Martin fit passer ses troupes par mer au Nord de
Lima. En janvier 1821
une bataille semblait imminente lorsque les officiers espagnols déposèrent
Pezuela et lui substituèrent comme vice-roi don José de la
Serna. Peu après arrivait d'Espagne
un officier, don Manuel Abren, chargé de s'informer des réclamations
des patriotes. Il y eut un armistice. San Martin demanda l'indépendance
du Pérou avec un roi de la maison de Bourbon.
La Serna eût accepté. Ses officiers l'en empêchèrent
(mai 1821).
Le 9 juillet suivant, San Martin entrait à Lima, le 28 l'indépendance
était proclamée, le 3 août San Martin était
nommé protecteur du Pérou, le 28 la mitta était
abolie, le 21 septembre la forteresse du Callao
capitulait. Grâce à Cochrane et à Guise, les insurgés
restaient maîtres de la mer et l'armée espagnole se trouvait
rejetée dans l'intérieur. L'année suivante (1822),
la victoire de Pichincha libérait la province de Quito .
Les Colombiens envoyés par Simon Bolivar
avaient concouru à cette victoire de concert avec les troupes de
San Martin et les révoltés.
Le 20 septembre 1822,
le congrès constitutionnel convoqué à Lima fut réuni.
San Martin résigna aussitôt ses pouvoirs et, sans ambition
personnelle, il rentra dans la vie privée et ne tarda pas à
quitter le Pérou. Le congrès commença par confier
la pouvoir exécutif à une junte composée du comte
de Vista Florida, du général Lamar et du général
Alvarado. Mais après un échec de ce dernier à Torata
(19 janvier 1823),
on jugea nécessaire plus d'unité dans la direction : D. José
de la Riva Aguero fut élu président de la République
(28 février). Avec l'aide de Santa Cruz, général en
chef, il mit rapidement sur pied une armée, qui marcha sur les Espagnols
concentrés à Cuzco .
Le 25 août, les patriotes furent vainqueurs dans une première
rencontre à Zepita, mais La Serna s'avança avec des forces
supérieures et les contraignit à une retraite désastreuse.
Pendant ce temps, Canterac et les Espagnols occupaient momentanément
Lima, malgré l'arrivée du général Sucre,
avec un secours de 3000 Colombiens. Une
partie du congrès, réfugiée au Callao ,
déposa Riva Aguero et nomma président le marquis de Torre
Tagle. Aguero ressaisit un moment le pouvoir, puis fut trahi, arrêté
et exilé. Le 1er septembre 1823,
Simon
Bolivar arriva au Callao. On était las de dissensions à
l'origine desquelles son lieutenant Sucre n'était sans doute pas
étranger. Le 10 février suivant, le congrès confia
à Bolivar des pouvoirs dictatoriaux.
Bolivar
débutait au Pérou sous de mauvais auspices. Trois jours avant,
la forteresse du Callao
était retombée aux mains des Espagnols.
Bolivar quitta Lima. En juillet il entra en campagne, le 6 août il
remportait une victoire à Junin. Le vice-roi La Serna avait son
quartier général à Cuzco .
Il prit l'initiative d'un mouvement offensif contre le général
Sucre. La rencontre eut lieu à Ayacucho le 9 décembre 1824.
L'action fut décisive en faveur des Péruviens. Les Espagnols
y firent des pertes irréparables. La Serna et ses généraux
se rendirent. Cuzco fut occupé par les patriotes. La guerre de l'Indépendance
était virtuellement achevée. Bolivar,
le 10 février 1825,
réunit un congrès qui lui renouvela ses pouvoirs dictatoriaux,
et le 1er mai une nouvelle assemblée
le nomma président à vie. Le 10 août de la même
année, le Libérateur créait une nouvelle nation indépendante,
en séparant à la fois des gouvernements de Buenos Aires
et de Lima, l'ancien gouvernement de Charcas ou Haut-Pérou, qui
devint la Bolivie .
La longue absence
de Bolivar avait été préjudiciable
à son autorité en Colombie .
Il voulut y retourner, quitta Lima le 3 septembre 1826
et rappela les troupes colombiennes le 26 janvier 1827.
Aussitôt il se déclara au Pérou une forte opposition
contre lui. Le congrès se réunit à Lima le 4 juin,
et le 25 août nomma président à sa place le général
D. José de Lamar y Cortazar. Lamar se hâta d'intervenir en
Bolivie
pour la soustraire à l'influence de Bolivar, qui y avait installé
Sucre
comme président à vie. Sucre fut en effet obligé de
se démettre en 1828.
Au même moment, Bolivar déclarait la guerre au Pérou
qui méconnaissait sa loi.
La campagne de 1829,
sur les frontières actuelles de la République, fut malheureuse
pour les Péruviens. Lamar battu dut signer une paix peu glorieuse,
fut déposé par le général Agustin Gamarra et
exilé. Après ce coup d'Etat, Gamarra se fit nommer président
et gouverna de la façon la plus arbitraire jusqu'en 1833.
Le 30 décembre de cette année, le congrès lui nomma
un successeur, don Luiz José Orbegoso. Au lieu de se soumettre,
Gamarra fit, au mois de janvier, un pronunciamiento à Lima en faveur
du général Bermudez. La lutte fut courte : après un
premier succès à Huaylacucho, Bermudez fut soudain abandonné
de ses troupes et dut s'enfuir. Une réconciliation solennelle entre
les deux armées eut lieu à Maquinhuayo, le 23 avirl 1834,
mais la tranquillité publique n'en fut pas assurée pour longtemps.
En février 1835,
le général don Felipe Santiago de Salaverry et le général
La Fuente faisaient un coup d'Etat au Callao; le 25, Salaverry se décernait
le pouvoir suprême. Orbegoso était dans le sud, à Arequipa.
Le président de la Bolivie ,
Santa Cruz, entra au Pérou pour le soutenir et battit à Yanacocha,
le 13 août, les partisans de Salaverry. Celui-ci, pour faire diversion,
alla occuper Arequipa, mais, pendant ce temps, Orbegoso revint occuper
Lima et le Callao ;
son allié Santa Cruz marcha sur Arequipa, finit par s'emparer de
Salaverry, le fit condamner à mort par une cour martiale et exécuter
le 18 février 1836.
En intervenant au Pérou, Santa Cruz avait le projet de former une
confédération entre cet Etat et la Bolivie. Sa victoire lui
permit de mettre ce plan à exécution. Le Pérou fut
séparé en deux Etats, le Nord sous la présidence d'Orbegoso,
le Sud sous celle du général Herrera.
La confédération
des trois Etats fut proclamée à Lima le 22 octobre 1836,
et Santa Cruz en fut nommé le protecteur. L'établissement
de cette confédération inquiéta le Chili .
II mit en avant de vains prétextes, s'empara par surprise de la
flotte péruvienne le 21 août 1836
et déclara la guerre le 11 novembre. La première campagne
des Chiliens, avec Arequipa, comme objectif, fut malheureuse. Leur armée
dut capituler. Mais en 1837,
soutenus par les anciens partisans de Salaverry exilés, les Chiliens
occupèrent Lima, et, provisoirement, Gamarra prit le titre de président
du Pérou. Au Nord, Orbegoso, sans s'allier aux agresseurs dit dehors,
se déclarait contre Santa Cruz. Ce dernier réussit à
reprendre Lima, mais, en janvier 1839,
il fut complètement battu au « Pan de Azucar ». II se
réfugia à Guyaquil, puis en Europe .
La confédération fut dissoute le 20 février. Les Chiliens
satisfaits se retirèrent, et le Pérou réuni en un
seul Etat se donna une constitution au Congrès de Huancayo (10 novembre
1839).
La république devait être gouvernée par un président
élu pour six ans, par un sénat et une chambre des députés.
Gamarra resta au pouvoir avec le titre de « Restaurateur du Pérou
». En janvier 1841,
un « régénérateur », le colonel Vivanco,
se prononça contre lui, mais fut facilement vaincu. L'intervention
et les procédés cruels de Santa Cruz et des Boliviens avaient
laissé un souvenir odieux au Pérou, surtout parmi les amis
de Salaverry. Gamarra, pour en tirer vengeance, déclara la guerre
à la Bolivie ,
où pourtant le parti de Santa Cruz n'était plus au pouvoir.
Cette agression fut suivie d'un échec terrible pour les Péruviens,
à Yngavi, le 20 novembre 1841.
Gamarra fut tué, le Pérou menacé d'invasion, et les
Boliviens ne s'arrêtèrent que devant la prise d'armes générale
des Péruviens (Paix d'Acora, 7 juin 1842).
II s'ensuivit une anarchie complète. Don Manuel Menendez, chargé
des fonctions de président, ne fut pas reconnu par les chefs militaires
qui firent choix successivement du général Francisco Vidal,
puis du général Vivanco.
Ce fut un autre général,
don Ramon Castilla, qui rétablit la situation. Il prit parti pour
le président légal Menendez, déjoua par son audace
une attaque imminente du général Guarda (octobre 1843)
et finit par battre complètement Vivanco à Carmen Alto, le
17 juilet 1844.
Menendez fut rétabli dans ses fonctions et convoqua un congrès
qui, conformément à la Constitution, élut Castilla
président pour six ans le 20 avril 1845.
Castilla donna pendant ses six années la tranquillité et
avec elle la prospérité au Pérou. Il se retira lorsqu'eut
été nommé son successeur José Rufino Echenique,
le 20 avril 1851.
En 1853,
l'Espagne
reconnut l'indépendance du Pérou. (H.
Léonardon). |
|