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En 1853,
année où fut définitivement acceptée par l'Espagne
l'indépendance du Pérou, le nouveau président vit
son administration attaquée par le congrès qui l'accusa de
dilapidations. Un civil, don Domingo Elias, se leva contre lui, et Castilla
finit par faire cause commune avec Elias. Les troupes d'Echenique attaquèrent
vainement Arequipa. Echenique lui-même, refoulé par Castilla,
fut battu près de Lima, à La Palma, le 5 janvier 1855,
et s'exila. Castilla fut réélu président le 14 juillet.
Pendant cette dernière campagne, il avait aboli le tribut payé
par les Indiens et décrété l'affranchissement de tous
les esclaves noirs. Sous sa seconde présidence, de décembre
1856
à mars 1858,
Castilla eut à lutter contre une nouvelle révolte de Vivanco
à Arequipa, révolte soutenue par une mutinerie d'une partie
de la flotte, mais qui ne trouva pas d'appui dans le pays. En 1860,
la constitution fut modifiée. Désormais le président
ne fut plus nommé que pour quatre ans, par un vote populaire, et
une commission permanente dut siéger entre les sessions du congrès.
Le 24 octobre 1862,
le maréchal don Miguel San Roman remplaça Castilla à
la présidence; il mourut avant l'expiration de son mandat, et le
premier vice-président Pezet exerça ses fonctions à
partir d'août 1863.
L'intervention de la flotte espagnole en 1864
pour soutenir les plaintes de sujets du roi
d'Espagne, la saisie par l'amiral Pinzon des îles Chincha forcèrent
Pezet à accepter en 1865
un arrangement qui souleva contre lui une partie de la nation, et à
sa tête le colonel Prado et le second vice-président Canseco.
Pour éviter une guerre civile, Pezet se retira en Angleterre .
Prado se fit donner le commandement en chef et s'allia aussitôt avec
le Chili ,
en ce moment en lutte avec la flotte espagnole. Le résultat de cette
alliance fut qu'après avoir bombardé Valparaiso la flotte
espagnole vint bombarder le Callao
(2 mai 1866),
mais assez éprouvée au cours de cette action, elle retourna
en Europe .
La paix définitive entre le Pérou et l'Espagne ne fut signée
que treize ans plus tard.
Le danger passé,
la situation illégale de Prado devint difficile. II se fit un mouvement
insurrectionnel contre lui en 1867
et, au commencement de l'année suivante, après un échec,
devant Chiclayo, Prado se retira. Le 2 août, son compétiteur,
le colonel don José Balta, fut légalement élu président.
Sous son gouvernement, une sorte de fièvre commerciale et industrielle
s'empara du Pérou. De grands travaux publics, chemins de fer, ports,
furent entrepris. Ce mouvement se continua après que Balta, assassiné
par des émeutiers presque au terme de sa présidence, le 26
juillet 1872,
eut été régulièrement remplacé par un
civil, don Manuel Pardo, le 2 août. Le pays, entraîné
à des dépenses exagérées, n'en put supporter
le poids. En 1872,
le Pérou cessa de payer les intérêts de sa dette extérieure.
La présidence de Pardo avait été assez paisible, à
part un soulèvement, rapidement réprimé, de Pierola
en 1874.
Le 2 août 1876,
le colonel don Mariano Ignacio Prado fut élu pour succéder
à Pardo. Des difficultés graves ne tardèrent pas à
surgir. Le Pérou et la Bolivie
avaient au Sud un voisin moins riche et plus actif, le Chili ,
qui convoitait les districts d'Atacama et de Tarapaca, ou se trouvaient
des gisements de nitrate. En 1873,
un traité avait été signé entre les deux gouvernements
péruvien et bolivien par lequel ils se garantissaient mutuellement
l'intégrité de leurs territoires. Le Chili demanda subitement
à la Bolivie une rectification de frontières très
importante, et, sur son refus, occupa tous ses ports en 1879.
Le Pérou, sommé d'abandonner la défense de la Bolivie,
contrairement au traité de 1873,
repoussa l'ultimatum des Chiliens, qui lui déclarèrent la
guerre le 5 avril 1879.
Dans les précédentes années, le Pérou avait
eu l'imprudence de réduire considérablement son armée;
sa flotte, vieillie, effectivement réduite à deux unités,
était loin de valoir celle du Chili. Pour attaquer le Pérou
avec chance de succès, il faut être maître de la mer.
Les Chiliens le savaient et s'étaient préparés en
conséquence. En mai, le navire péruvien Huascar s'empara
devant Iquique de la corvette chilienne Esrneralda, mais ce succès
ne compensa pas la perte de l'Independencia qui s'échoua.
Le 8 octobre, au large de la pointe d'Angamos, le Huascar, commandé
par Michel Grau, fut contraint à un combat inégal et, après
une belle défense, fut forcé de se rendre.
Les côtes du
Pérou étaient dès lors d'un accès facile. L'armée
chilienne était, en nombre et en organisation, bien supérieure
à celle de ses adversaires. Le premier débarquement eut lieu
à Pisagua le 2 novembre. Le 18, les troupes péruviennes et
boliviennes étaient battues à San Francisco; un succès
aux gorges de Tarapaca n'empêcha pas la perte de la province du même
nom. Le président Prado perdit la tête et s'enfuit (18 décembre),
sous prétexte d'aller en Europe
chercher des armes. Le Dr don Nicolas de Pierola en profita pour s'emparer
à main armée du gouvernement et se donna le titre de Jefe
supremo de la Republica (23 décembre). En 1880,
Arica et le Callao furent bloqués et bombardés par la flotte
chilienne. En une seconde campagne, l'armée du Chili ,
débarquée à Ylo et à Pacocha, battit les Péruviens
à Tacna et s'empara d'Arica. En même temps, avec l'aide de
la flotte, la colonne légère de Lynch ravageait les ports
péruviens au-dessus de Lima. En 1881,
la capitale était menacée et occupée le 27 février
après les défaites de Chorillos (23 janvier) et de Miraflores
(15 février). Pierola s'enfuit à Ayacucho, mais son autorité
usurpée ne tarda pas à être méconnue. Les Chiliens
laissèrent un simulacre de gouvernement s'installer à Magdalena,
en mars, sous la présidence du Dr Francisco Garcia Calderon, puis
le supprimèrent en septembre. En 1882-1883;
les Chiliens continuèrent à s'avancer dans l'intérieur
du Pérou. Caceres les repoussa hors de la vallée de Xauxa
en 1882,
mais fut battu à Ayacucho
le 10 juillet 1883.
La discorde affaiblissait
la résistance. Le vice-président, l'amiral Montero, avait
convoqué à Arequipa, en mars 1883,
un congrès, qui avait réélu Calderon président,
Montero et Caceres, vice-présidents. Mais dès l'année
précédente, le général Iglesias, menacé
par les Chiliens débarqués à Trujillo, avait commencé
à négocier séparément. Montero, sans moyens
de résistance, fut chassé d'Arequipa par les Chiliens et
se réfugia en Bolivie .
lglesias finit par signer, au nom du Pérou, le 8 mars 1884,
le désastreux traité d'Aneon, qui cédait- au Chili
le département de Tarapaca définitivement, les territoires
de Tacna et Arica provisoirement pour dix ans, sous réserve d'un
plébiscite devant décider plus tard à quel pays se
rattacheraient ces territoires. Le Pérou perdait du coup les plus
riches de ses gisements de nitrate, qui avaient servi de gages a ses créanciers
étrangers. Il fut forcé de donner en échange à
ceux-ci, en 1888,
par convention passée en leur nom par M. Michael Grace, l'exploitation
de ses chemins de fer pendant soixante-six ans, des quais de plusieurs
de ses ports, enfin de la navigation du lac Titicaca. Le traité
d'Ancon signé, Lima évacuée (23 octobre 1883),
les discordes civiles ne tardèrent pas à renaître.
Les pouvoirs d'Iglesias étaient irréguliers. Le général
Caceres se prononça contre lui au nom de la constitution. En août
1884,
il essaya de se saisir de Lima. Il échoua, mais en mars 1885 il
se souleva de nouveau à Arequipa, occupa Ayacucho ,
Trujillo, Xauxa, entraîna les troupes d'Iglesias loin de la capitale,
puis, par une marche rapide, arriva devant Lima dégarnie et y entra
le 1er décembre. Iglesias se démit.
Un congrès fut convoqué pour le 30 mai 1886
et nomma Caceres à la présidence.
Au cours de la dernière
guerre, les Chiliens avaient ravagé méthodiquement les richesses
privées et publiques du pays, et dans cette âpre lutte, bien
des faits contraires au droit des gens ont été signalés.
Les mesures financières prises par l'administration de Caceres donnèrent
satisfaction aux créanciers extérieurs et intérieurs.
La situation s'améliorait déjà lorsqu'il remit la
présidence à son successeur, le colonel don Remigio Morales
Bermudez, le 10 août 1890.
Celui-ci put continuer son oeuvre réparatrice. Il mourut avant l'expiration
de ses pouvoirs le 1er mai 1894.
Le second vice-président, le colonel Justiniano Borgoño,
usurpa les fonctions présidentielles qui revenaient à son
collègue, le premier vice-président, le Dr P.-A. del Solar,
et chercha à se faire donner le pouvoir par le congrès; mais
l'Assemblée le confia de nouveau, le 4 août 1894,
à Caceres. Celui-ci ne le conserva pas longtemps. Le Dr don Nicolas
de Pierola, soutenu par le parti conservateur, l'en déposséda
en 1895
et se fait nommer président.
Pierola - le dictateur
de 1880
- tendait depuis trente ans à être à la tête
de l'État; c'était en réalité le seul article
du programme de ce dernier des caudillos américains; il avait été
quinze ans auparavant l'homme de la lutte à outrance, il se donnait
maintenant comme le chef d'un parti nouveau, le parti démocrate,
qui devait étendre au Pérou les bienfaits du progrès
moderne, et qui se proposait d'abord d'arracher la masse de la population
à la misérable condition où elle était confinée
depuis des siècles. En pratique, ce « Protecteur de la Race
Indigène », - il s'était donné ce titre, - fit
assez peu de chose pour ses protégés; le monopole du sel,
charge très lourde pour les Indiens, fut même établi
pendant sa présidence. L'exercice de la dictature lui était
d'ailleurs rendu difficile par les conditions de son élection, et
la collaboration nécessaire avec les partis, qui ne l'avaient accepté
qu'à la condition d'une collaboration constante avec les Chambres;
désormais, c'était bien l'union de ces partis, l'ancien parti
militariste de Caceres, devenu le parti constitutionnaliste, et le parti
civiliste, jadis fondé par Pardo, qui était maîtresse
du gouvernement; c'était elle qui aux élections faisait passer
ses candidats, en 1899
Lopez de Remaña, en 1903
Manuel Candamo (suppléé à sa mort par Serapio Calderon)
et en 1907
José Pardo (le fils de l'ancien Président). Le régime
civil était établi au Pérou. (H. Léonardon). |
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