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L'histoire de la Martinique
La Martinique a été découverte par Christophe Colomb en 1502. Elle a ensuite été occupée au nom de la France en 1635 par L'Olive et Duplessis; colonisée un mois après par D'Énambuc, gouverneur de Saint-Christophe. Les Hollandais l'attaquèrent vainement en 1674; les Anglais la prirent en 1762, 1802 et 1809, mais ils l'ont toujours rendue à la France. L'esclavage réglementé par l'édit de 1685 a été supprimé en 1848. Un évêché y a été créé en 1850. La départementalisation date de 1946.
L'histoire jusqu'en 1900.
La Martinique fut découverte le 15 juin 1502 par Christophe Colomb, lors de son quatrième voyage. Elle portait, d'après les naturels, le nom de Matinina ou Madiana, ou Mantinino, qui se serait modifié en celui de Martinique. En tout cas, ce dernier n'est pas dû à la fête de Saint-Martin. Colomb, débarqué au Carbet, ne fit aucun établissement dans l'île; et les indigènes en demeurèrent les seuls maîtres durant plus d'un siècle. Ce ne fut, en effet, qu'en 1635, le 25 juin, que de L'Olive et Duplessis débarquèrent au même endroit que Colomb, et prirent possession de l'île au nom de la Compagnie des Îles d'Amérique. Mais ils n'y restèrent pas; le 28 ils étaient à la Guadeloupe. Ils avaient devancé de peu et même supplanté le capitaine général de Saint-Christophe, Pierre Bélain, sieur d'Esnambuc. Celui-ci, dès 1625, parti de Dieppe, s'était emparé de cette dernière, et, dans un voyage en France, avait provoqué la création, par Richelieu, de la compagnie précédente (1626). Il était de retour, et il voulait aussi coloniser les îles voisines. Il recruta à Saint-Christophe 150 habitants, hommes déterminés, et il vint aborder à la Martinique le 1er septembre 1635, à quelques kilomètres plus au Nord que Colomb et de L'Olive. Il éleva un fortin en ce lieu, où fut bâtie plus tard la ville de Saint-Pierre. Le 17 septembre, il prit officiellement possession de la Martinique au nom du roi de France et de la Compagnie des Îles d'Amérique. 

Ce même jour, il investit du commandement de la nouvelle colonie, et sous son autorité, son lieutenant Dupont, puis il retourna à Saint-Christophe. Cependant, les Caraïbes, qui ne s'étaient pas opposés d'abord à l'établissement des Français, vinrent attaquer le fort, et Dupont eut à repousser cette agression. S'étant embarqué à son tour pour Saint-Christophe, il fut remplacé par un neveu de d'Esnamhuc, Dyel Duparquet (2 septembre 1637), d'abord gouverneur particulier, et, en 1643, sénéchal, et sous l'autorité, successivement, de d'Esnambuc, du commandeur de Poincy (1638), du chevalier de Toisy (16 novembre 1645), et, de nouveau, de Poincy, en 1647. A la suite de spéculations malheureuses, la Compagnie vendit les îles à des seigneurs. Duparquet acheta par contrat du 27 septembre 1650 la Martinique, avec Sainte-Lucie, la Grenade et les Grenadines, pour une somme de 60 000 livres, et il en devint (13 mars 1651) propriétaire et seigneur sous l'autorité souveraine du roi. Duparquet se montra un administrateur énergique. En 1638, on comptait 700 hommes combattants, pour tenir en respect les Indiens, hostiles : en 1641, la colonie naissante fut ouverte à toutes les nations; dès 1654, elle donnait asile à 300 juifs hollandais chassés du Brésil par les Portugais : ils y importèrent la culture de la canne, s'ajoutant aux cultures du pétun (tabac) et du coton, pratiquées dès le commencement, du rocou et de l'indigo, qui avaient suivi de près. 

Duparquet mourut en 1658, le 2 janvier; sa veuve lui succéda, le 6, en qualité de gouvernante pour ses enfants mineurs, sous l'autorité directe du roi; deux ans après, elle était remplacée (12 janvier 1660) par Dyel de Vaudrosque; puis à ce dernier succéda de Clermont, le 5 juin 1663. Déjà les Caraïbes, dès 1658, tués ou expulsés, laissaient les habitants jouir de quelque tranquillité; ils s'étaient d'abord retirés dans le Nord-Est de l'île, puis ils l'abandonnèrent pour se réfugier dans celles de Saint-Vincent et de la Dominique; il en restait à peine quelques-uns en 1663. A cette époque, vers 1660, fut entreprise la culture du cacaoyer, qui ne prit quelque développement qu'à partir de 1684. La cour ayant résolu d'enlever les îles à la domination des particuliers, Colbert, par un édit du mois de mai 1664, forma une nouvelle compagnie, dite des Indes occidentales, puis la couronne racheta les îles aux héritiers Duparquet, au prix de 240 000 livres, dont la moitié pour la Martinique, et céda ses droits à cette compagnie, privilégiée pour quarante ans. A cet effet, un membre du conseil privé, de Tracy, fut envoyé à la Martinique, où il arriva le 1er juin, en qualité de lieutenant général du roi dans les deux Amériques. Il eut sous son autorité de Clermont d'abord, alors en exercice, puis de Ciodoré (19 février 1665), colonel d'infanterie, gouverneur pour la Compagnie des Indes occidentales. 

Dans cette année 1665, la guerre survenue entre la France et l'Angleterre fut l'occasion de plusieurs attaques contre la Martinique. Le courage des habitants sut faire face au danger. Une première fois, en 1666, lord Willoughby essaya de débarquer à la Grande-Anse du Carbet : il fut repoussé. L'année suivante, une flotte anglaise, sous le commandement de l'amiral Jones Harmant, échoua dans une tentative contre la ville de Saint-Pierre. Le traité de Breda (1667) fit cesser pour quelque temps les hostilités. Pendant la guerre de Hollande, ce fut le fameux Ruyter qui reçut l'ordre de s'emparer de la Martinique; il amenait avec sa flotte le comte de Stirum, déjà nommé gouverneur de la future conquête par les États généraux des Pays-Bas. Il arriva devant la rade de Fort-de-France, le 20 juillet1674. Après avoir débarqué 6000 hommes à la pointe Simon, et tenté de s'emparer du fort Saint-Louis, il fut contraint de s'éloigner précipitamment, laissant parmi les morts le comte de Stirum lui-même. 

C'est à cette époque que la Compagnie des Indes occidentales, qui avait encore devant elle trente années d'exploitation, se trouvant impuissante, au milieu de ces guerres, pour faire valoir des contrées lointaines, dut être révoquée, par un édit de décembre 1674. La propriété, la seigneurie et le domaine utile des colonies furent réunis à la couronne. Le lieutenant général de La Barre avait succédé à de Tracy (23 juin 1667), et il avait eu pour successeur le marquis de Baas, qui fut le premier gouverneur général (4 février 1669). Les colons de la Martinique formaient deux classes : la première se composait d'émigrants venus d'Europe à leurs frais : on les appelait habitants. L'autre classe se composait d'engagés, travailleurs recrutés principalement à Dieppe, au Havre et à Saint-Malo, qui louaient pour trois ans leurs services. L'introduction de Noirs d'Afrique par le moyen de la traite avait suivi de près l'occupation de l'île. Longtemps les engagés français et les Noirs travaillèrent côte à côte. La population noire augmenta tellement que Colbert fit régler par un code les droits et les devoirs des maîtres; « le Code noir » fut appliqué ici en 1685

En 1692, le comte de Blénac, gouverneur général, transporta le siège du gouvernement à la ville de Fort-de-France, qui sappelait alors Fort-Royal, et qui avait été fondée en 1638. Quoique imparfaitement défendue, elle avait résisté à Ruyter. D'ailleurs, ce ne fut pas en ce point que se dirigèrent cette fois les attaques de l'étranger. En 1693, les Anglais, au mépris du traité signé à Londres le 14 novembre 1686, firent une nouvelle expédition contre la Martinique. Ils opérèrent une descente entre Saint-Pierre et le Prêcheur, au Fonds-Canonville, avec 3000 hommes de troupe. Les milices et une troupe de Noirs les repoussèrent en leur faisant subir de grandes pertes. Pendant les préliminaires du traité de Ryswick, un corsaire anglais fit, en octobre 1697, deux descentes successives de nuit au Marigot et à Sainte-Marie; il fut repoussé dans ces attaques; les défenseurs, pour la seconde, étaient commandés par le Père Labat.

Durant ce XVIIe siècle, la colonie avait maintenu son territoire inviolé par l'étranger, après en avoir chassé l'ennemi intérieur autochtone. Par contre, elle avait fait peu de progrès dans l'accroissement de sa population et dans sa richesse. Le contraire va se présenter pour le XVIIIe siècle. Après le traité d'Utrecht (11 avril 1713), la sollicitude du gouvernement se porta particulièrement sur les Antilles. La Martinique, après l'affranchissement (1717) de droits excessifs, vit se développer son agriculture et son commerce. Puis, la sûreté de ses ports et sa situation la plus avancée vers l'Atlantique en firent la première escale et le marché général des Antilles. Cette prééminence devait durer plus d'un siècle. En 1723, le premier plant de caféier fut introduit par Desclieux, et la culture qui s'ensuivit remplaça alors celle du cacaoyer, dont le tremblement de terre de 1727 venait de détruire les plantations. 

Le nombre des travailleurs augmentait, mais on cessa de faire venir des engagés d'Europe, en 1738. C'est à l'Afrique, par la traite, qu'on avait recours. A cette date, il y avait 60  000 Noirs esclaves. Ce fut, pour les Blancs, une période de prospérité. Le dénombrement fait voir que dans les trente-huit premières années de ce siècle la population a triplé; de 24 000 elle a passé à 74 000. La guerre de 1744 arrêta cet élan. Les colons armèrent des corsaires au détriment de leur agriculture et de leur commerce. Le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) vint apporter la paix pour huit années qui furent insuffisantes à réparer les pertes. Une nouvelle guerre éclata en 1756; les corsaires firent un tort considérable au commerce anglais. En 1759, une flotte commandée par Hopson se présenta devant la Martinique, le 15 janvier, avec 6000 hommes de débarquement, qui firent une descente entre Case-Navire et la Pointe-des-Nègres; mais ils furent repoussés et s'embarquèrent le 18. En 1762, les Anglais revinrent avec une flotte commandée par Roney et des forces plus considérables. Malgré une défense opiniâtre, le gouverneur Levassor de Latouche dut signer la capitulation (13 février).

La colonie resta sous la domination anglaise jusqu'au traité de Paris (10 février 1763). Si, par ce traité, elle fut restituée à la France, son commerce eut à souffrir de la cession qui fut faite en même temps de la Dominique. Cette même année, on augmenta les défenses du chef-lieu par la construction du fort Bourbon, renommé ensuite fort Desaix. La colonie jouit alors d'une assez longue période de calme, qui permit aux cultures et au commerce de refleurir. La guerre de l'Indépendance américaine ne fit que lui donner plus d'importance, la baie de Fort-de-France étant devenue, en 1778, le centre des opérations des flottes françaises. Puis le traité de Versailles (1783) accrut encore sa prospérité. La Révolution de 1789, en apportant de grandes modifications dans la constitution coloniale, eut d'importantes répercussions à la Martinique. Dès 1790, la guerre civile y éclata. En 1792, le 28 mars, l'Assemblée législative décréta que les hommes de couleur et Noirs libres jouiraient de tous les droits politiques. 

En septembre, le gouverneur général de Béhague, qui avait été rappelé le 3 juillet, donna le signal de la contre-révolution, et le nouveau gouverneur, Rochambeau, fils du héros de l'Indépendance américaine, était repoussé. Puis une réaction s'opère, l'Assemblée coloniale le rappelle.  Mais, en avril 1793, le parti royaliste prend les armes et fait intervenir les Anglais qui, malgré la résistance héroïque de Rochambeau, s'emparent de la Martinique. Ils devaient la garder huit années, jusqu'à la paix d'Amiens. La colonie ne put donc, dans cet intervalle, profiter des institutions nouvelles, comme la Guadeloupe, à savoir : suppression de la traite, en 1793; abolition de l'esclavage (4 février 1794); assimilation des colonies aux départements du continent, en 1795. Il est vrai qu'elle échappa aux déchirements dont le rétablissement de l'esclavage fut le signal à la Guadeloupe en 1802.

Après la paix d'Amiens, les premières années du XIXe siècle furent encore marquées ici par les envahissements des Anglais. Ils se rendirent maîtres de la Martinique en 1809 et la gardèrent jusqu'au traité du 30 mai 1814; ils l'évacuèrent le 2 décembre. Ils revinrent pendant les Cent-Jours et occupèrent les forts à titre d'alliés. En 1822, un soulèvement des Noirs esclaves, qui sentaient leur force numérique, fut réprimé dès le début; en 1824, une conspiration pour l'expulsion des Blancs fut découverte et punie semblablement. On employa comme palliatif la mesure de nombreux affranchissements, en attendant que l'abolition de l'esclavage fût définitivement proclamée, à la révolution de 1848. L'immigration de travailleurs remplaça la traite, mais celle des Africains fut supprimée en 1860, et le recrutement indien lui-même a cessé, conformément aux décisions dernières du conseil général de la colonie. Il est vrai que la population y est alors assez dense pour pouvoir se passer de l'élément étranger. 

Un autre événement économique important fut l'abolition du pacte colonial par une loi du 3 avril 1864, qui accorda aux colonies la liberté du commerce et de la navigation. La guerre du Mexique (1862 - 1867), comme celle de l'indépendance américaine,  mi en évidence l'importance stratégique de l'île et la valeur du port de Fort-de-France, qui fut encore pour la flotte française un lieu de relâche et de ravitaillement. De plus, la colonie prit une part active à cette guerre; elle y envoya des marins recrutés par l'inscription maritime, dont les lois lui étaient appliquées depuis 1849, et surtout des volontaires qui se firent remarquer par leur bravoure. La révolution de 1870 a rétabli dans la colonie le suffrage universel, supprimé depuis 1852, et la représentation dans la législature métropolitaine.

La Martinique a été longtemps le siège du gouvernement général des Antilles françaises (de 1669 à 1854), qui s'en détachèrent successivement. La Martinique a vu naître, aux Trois-Ilets, Joséphine Tascher de La Pagerie, première femme de Napoléon (1763-1814).

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