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L'histoire de Lyon
jusqu'en 1900
[Lyon et ses monuments]
On a longuement disserté sur l'étymologie et l'origine de Lyon; on interprète son nom par « colline des corbeaux, clermont, colline des marais, colline du dieu Lug » et, se basant sur des mythes, on en fait une ville fondée par des chefs gaulois ou grecs. Le seul fait certain est qu'en 43 av. J.-C, Lucius Munatius Plancus, un des lieutenants de César, conduisit une colonie romaine sur le plateau de Fourvière, territoire des Ségusiaves, où il traça l'enceinte d'une nouvelle ville, en face de la colline Saint-Sébastien ou de la Croix-Rousse, au pied de laquelle était le confluent du Rhône et de la Saône. La nouvelle colonie devint rapidement prospère; les deux fleuves qui la desservaient facilitaient l'extension de son commerce; par sa position même, à l'extrémité des trois provinces d'Aquitaine, de Celtique (Lyonnaise) et de Belgique, elle était en fait la capitale des trois Gaules; de son milliaire doré partaient les grandes voies qui sillonnaient en tous sens la nouvelle conquête de César, et, cinquante-six ans après sa fondation, elle allait devenir de droit la capitale, par l'édification, en l'an 13 de notre ère, de l'autel de Rome et d'Auguste sur la colline Saint-Sébastien, où tous les ans, au mois d'août, devaient se réunir les députés des 64 peuples de la Gaule, pour traiter de leurs intérêts communs. Ce fut aussi, semble-t-il, un séjour aimé des empereurs; Auguste y résida près de trois ans; Germanicus, Claude y naquirent; Caligula vint y vendre à l'encan les meubles de la famille impériale, et, quand le terrible incendie dont parle Sénèque dans l'épître à Lucilius l'eut en une seule nuit réduite en cendres, Néron lui fit un don de 4 millions de sesterces pour aider à sa reconstruction (59). 
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Lyon : aqueduc romain.
Reste d'aqueduc romain, à Lyon.

Ni cet épouvantable sinistre, ni sa rivalité avec Vienne, qui autant par jalousie que par intérêt avait suivi le parti de Galba, ne purent enrayer cette prospérité toujours croissante. A Fourvière, la ville officielle, s'étageaient un forum digne de Rome, le palais des Césars, un amphithéâtre, un théâtre, un cirque, un hôtel des monnaies, des bains, auxquels, comme à toute la ville; fournissaient l'eau de longues lignes d'aqueducs dont de majestueux débris sont encore debout; dans la presqu'île, un territoire, que par politique on avait fait sacré, se dressaient sur les pentes de la colline les deux hautes colonnes de l'autel d'Auguste, surmontées de Victoires ailées, un temple, où se conservaient les fameuses tables de Claude, parvenues jusqu'à nous, un amphithéâtre, un hémicycle qui abritait 60 statues personnifiant les peuplades gauloises, et semées dans les jardins et le long des larges voies qui aboutissaient aux monuments d'autres statues des empereurs et de ceux que les députés des Gaules avaient jugés dignes de cet honneur; au bas, sur le terrain d'alluvions que les deux fleuves allongeaient de jour en jour, avaient leur siège de puissantes corporations : les nautes, les charpentiers, les marchands de vin, les drapiers, les brodeurs, les verriers, les libraires, les négociants cisalpins et transalpins qui portaient les marchandises et le nom de Lugdunum. jusqu'aux parties les plus reculées du monde antique. C'était sur ce territoire privilégié que se célébraient ces étranges fêtes de l'éloquence qui ont fait écrire à Juvénal les deux vers bien connus :

Palleat, ut nudis pressit qui calcibus anguem
Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram.
C'est là aussi que, sous le règne d'Antonin, saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, vint d'Asie prêcher le christianisme en Gaule, qu'il trouva surtout dans le monde des artisans, des pêcheurs et des esclaves les prosélytes qui bientôt, au nombre de 48 (dont la jeune esclave Blandine), l'an 177, allaient payer leur croyance de la vie, dans l'amphithéâtre au-dessous du forum. Ce sanglant événement, dont la relation nous a été conservée par Eusèbe de Césarée, semble ouvrir les pages sombres de l'histoire de la ville; vingt ans plus tard, le 19 février 197, les soldats de Septime Sévère, qui avaient vaincu à ses portes son compétiteur Albin, la mettaient au pillage; en 208, on procédait dans ses murs à un nouveau massacre des chrétiens, et la légende évalue le nombre des victimes à 19,000, parmi lesquelles saint Irénée (Les pesrsécutions des Chrétiens). La malheureuse ville, qui paraît avoir été à la tête d'un mouvement séparatiste, fut à nouveau mise au pillage par les troupes d'Aurélien et perdit son titre de métropole transféré à Trèves; Magnence s'y donna la mort; Gratien y fut assassiné, et, en 458, Majorien l'enleva de vive force et l'écrasa d'une rançon énorme; ce n'est qu'aux supplications de Sidoine Apollinaire qu'elle dut de ne pas être mise à sac; enfin, en 461, le Burgonde Gundicaire s'en emparait et Lugdunum allait devenir avec Gondebaud la capitale du premier royaume de Bourgogne.

Dès lors, l'histoire de Lyon, dont le déclin est complet et qu'éclipsent Arles et Vienne, devient, pour ainsi dire, celle des Mérovingiens et des Carolingiens. De la domination de Sigismond, roi de Bourgogne, il passa sous celle de Childebert, roi de Paris, qui fonda, sur la rive droite de la Saône, l'hôpital Notre-Dame, le plus ancien des hôpitaux de France, et sous celle de tous les rois fainéants auxquels l'ancienne Bourgogne échut en partage. En 725, il fut ravagé, dit-on, par les Sarrasins et délivré par les troupes de Charles-Martel, aussi barbares que les hordes de l'envahisseur. De l'antique cité il ne restait que des ruines qui furent relevées par Charlemagne et les archevêques Leydrade et Agobard. Après Charlemagne et Louis le Pieux, Lyon passa à Lothaire, à Charles le Chauve, à Boson, qui rétablit le second royaume de Bourgogne, à Louis l'Aveugle, à Rodolphe II, à Conrad le Pacifique, à Rodolphe III le Fainéant qui céda ses Etats à Conrad le Salique, empereur d'Allemagne (1032). Mais la domination de ces rois et empereurs n'était guère que nominale. 

Lyon était en réalité au pouvoir de ses comtes qui s'étaient rendus héréditaires, pouvoir partagé en quelque sorte avec l'archevêque et le chapitre métropolitain qui luttaient contre eux pour leur indépendance, avec l'appui de la cité. Déjà l'archevêque Burchard, du vivant de son frère Rodolphe IlI, avait fait ouvertement acte de souverain, et les comtes avaient été repoussés en Forez et en Roannais; vers la fin du XIe siècle, le pape Grégoire VII ajouta encore à l'autorité morale de l'archevêque en confirmant son titre de primat des Gaules, et, en 1157, Frédéric Barberousse lui reconnaissait les droits souverains sur ses terres. Aussitôt reprise, la lutte, qui força même un instant l'archevêque à se réfugier à la chartreuse de Portes en Bugey, se continua jusqu'en 1167, date à laquelle intervint one transaction, ménagée par le pape, qui assurait la jouissance en commun des droits régaliens à l'Eglise et au comte. Avec une pareille transaction, des conflits étaient inévitables et ils ne prirent fin que par le traité de 1173 qui délimita les possessions du comte et de l'Eglise, et sépara le Lyonnais du Forez.

Le pouvoir de l'Eglise était définitivement constitué, pouvoir étendu s'il en fut, la justice dans sa plénitude, le droit de battre monnaie, lever des troupes, indépendance complète de tout lien féodal, sauf la suzeraineté nominale de l'Empire; mais, partagé également entre l'archevêque-comte et les chanoines-comtes, il ne pouvait être exercé sans des contestations d'attributions dont la ville de Lyon était la première à souffrir. Le grand mouvement d'émancipation communale qui faisait s'insurger les villes du Nord et du Midi ne devait pas à Lyon rester sans écho. Le nouveau pouvoir n'eut à réprimer d'abord que les troubles causés par les Vaudois, les Pauvres de Lyon, dont l'agitation n'était peut-être que religieuse; mais l'avènement de la commune était déjà préparé par de puissantes corporations qui avaient gardé le souvenir des traditions de l'époque romaine, des corporations qui, tous les ans, pouvaient compter leurs adhérents dans leur grande fête du mois de juin, dite des Merveilles. 

Elles étaient appuyées par les confréries des métiers et des confréries générales, comme celle du Saint-Esprit, auxquelles se rattachaient probablement et des membres des ordres mendiants et les frères pontifes qui construisaient alors le pont du Rhône, sur lequel allaient passer les troupes de la croisade (1190). Dès 1193, les citoyens obtenaient des garanties; néanmoins, en 1207, la révolution éclata et l'archevêque et le chapitre durent s'engager à respecter la bonne liberté de la ville et ses bonnes coutumes écrites ou non écrites, à charge par les citoyens de ne pas porter atteinte à leur pouvoir et de jurer de ne plus faire de serment de commune ou de consulat. C'était là une paix bien précaire qui sembla pourtant devoir être consolidée par le séjour de sept années que fit à Lyon le pape Innocent IV, à l'occasion du concile de 1245, dans lequel fut excommunié et déposé l'empereur d'Allemagne Frédéric Il. En 1269, à la suite de l'arrestation d'un bourgeois par les chanoines les hostilités furent reprises, et les chanoines, assiégés dans leur cloître de Saint-Jean, durent se réfugier dans l'enceinte fortifiée de Saint-Just. 
 

Conciles généraux de Lyon.

1245. Après sa rupture avec l'empereur Frédéric II, le pape lnnocent IV prétendant n'être plus en sûreté en Italie avait demandé aux rois de France, d'Angleterre et d'Aragon, un asile dans leurs royaumes. Finalement, il estima plus habile de se retirer dans la ville de Lyon, alors indépendante (avril 1245). Il y convoqua un concile qui devait se réunir le 24 juin suivant. 140 évêques s'y rendirent, parmi lesquels 5 seulement appartenaient à l'Allemagne. L'assemblée comprenait en outre les trois patriarches latins de Constantinople, d'Antioche et d'Aquilée ou Venise, beaucoup d'abbés et plusieurs procureurs de prélats, les ambassadeurs de Frédéric, du roi de France, du roi d'Angleterre et de quelques autres princes. Baudoin, empereur latin de Constantinople, et le comte de Toulouse y assistèrent en personne. Dans la première session (28 juin), le pape prononça un sermon dans lequel il exposait ses cinq douleurs, qu'il comparait aux cinq plaies de Jésus : le dérèglement du clergé et des peuples; - l'insolence des Sarrasins; - le schisme des Grecs; - la cruauté des Tatares; - la persécution de Frédéric; et il insista véhémentement sur ce dernier point. Thadée de Suessa, député de Frédéric, plaida avez énergie et avec habileté la défense de l'empereur; et il demanda, pour que celui-ci pût se présenter, un sursis que le pape refusa. Néanmoins, dans la seconde session (5 juillet), sur les remontrances des envoyés de France et d'Angleterre, un délai fut accordé jusqu'au 17 juillet, pour attendre l'arrivée de l'empereur. Frédéric se rendit à Turin, mais ne poussa pas plus loin. La troisième et dernière session se tint au jour indiqué. Thadée, sachant qu'on allait condamner son maître, déclara que, sale pape procédait contre l'empereur, il en appelait au pape futur et à un concile vraiment général. Innocent rejeta cet appel, prétendant que le concile était général, et que c'était la faute de Frédéric si les prélats de son obédience n'y assistaient pas, puis il condamna ce prince à la déposition, pour crimes de parjure, de sacrilège, d'hérésie et de félonie, délia ses sujets de leurs devoirs de fidélité, ordonna une nouvelle élection, et reprit comme fief de Saint-Pierre le royaume de Sicile. Ensuite on procéda à la proclamation de cette sentence, le pape et les prélats tenant un cierge allumé. Dans le préambule, il était dit que le pape prononçait en présence du concile, tandis que, dans les autres décrets, il déclarait statuer avec l'approbation du concile. En effet, Innocent prétendait à un droit propre pour agir ainsi, considérant l'empereur comme lié, par des serments de fidélité et de soumission, envers le saint siège, de qui il avait reçu l'Empire et la couronne. - Les principales ordonnances édictées par le pape, avec approbation du concile, consistent en dix-sept décrets, dont la plupart concernent la procédure judiciaire, et ont été insérés dans le Sexte. Les quatre derniers se rapportent aux événements contemporains. Le XIVe et le XVe, motivés par le péril de l'empire latin de Constantinople, extrêmement pressé par les Grecs, affectent à sa défense, durant trois ans, la moitié des revenus de tous les bénéfices, où les titulaires ne résidaient point en personne au moins pendant six mois, et ils accordent l'indulgence de Terre sainte à tous ceux qui porteront secours à cet empire. Pour arrêter l'invasion des Tatares, qui menaçaient la Hongrie et la Pologne, le XVIe prescrit l'établissement de murailles, de fossés et d'ouvrages adaptés à la nature des lieux, promettant de contribuer aux dépenses et d'y faire contribuer tous les pays chrétiens. Le XVIIe est relatif à la croisade en Terre sainte. Ce fut en ce concile, selon Nicolas de Curbion (Vita Innoc. IV, c. 21), qu'il fut réglé que les cardinaux porteraient le chapeau rouge.

1274, concile convoqué et présidé par Grégoire X. Assistants : les patriarches latins de Constantinople et d'Antioche, 15 cardinaux, 70 archevêques, 500 évêques environ, 1000 autres ecclésiastiques, tant abbés que docteurs et députés des chapitres, les grands maîtres des ordres des templiers et des hospitaliers. C'est la plus grande assemblée synodale qui ait été formée en I'Eglise. Les ambassadeurs de Michel Paléologue, empereur de Constantinople, des rois de France, d'Allemagne et de Sicile s'y rendirent. Il s'y trouva aussi 16 Géorgiens, qui se disaient députés par Abaga, grand khan des Tatares, à qui le pape avait adressé une invitation, ainsi qu'au roi d'Arménie. - Ce concile, tint six sessions. La première eut lieu le 7 mai; elle fut employée à entendre le sermon du pape, exposant les raisons qui lui avaient fait convoquer Ie concile : secours de la Terre sainte, réunion des Grecs, correction des abus, réformation des moeurs. Dans la IIe session (18 mai), on publia une constitution (De Summa Trinitate et fide catholica) déclarant que la Sainte Eglise Romaine, mère et maîtresse des fidèles, a toujours enseigné que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d'un seul principe et par une seule inspiration; en conséquence, anathème est prononcé contre ceux qui témérairement osent dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme de deux principes. - Après la Ille session (7 juin), dans laquelle on avait adopté douze décrets sur les élections et les pouvoirs des élus, les travaux furent suspendus, pour attendre les Grecs. Quand ils arrivèrent, les prélats et leur suite sortirent de la ville pour les recevoir, et les conduisirent auprès du pape. Les principaux députés de l'Eglise d'Orient étaient Germain, ancien patriarche de Constantinople; Théophane, métropolitain de Nicée; Georges Acropolyte. grand logothète. Ils apportaient deux lettres : l'une de Michel, dans laquelle cet empereur donnait au pape le titre de premier et souverain pontife, de pape oecuménique, et de père commun de tous les chrétiens. Elle contenait, transcrite littéralement, une confession de foi envoyée en 1267 à Michel par le pape Clément IV; elle finissait en priant le pape de permettre à l'Eglise grecque de dire le symbole, comme elle le disait avant le schisme, sans l'addition de Filioque. L'autre lettre était écrite au nom de la plupart des prélats soumis au siège de Constantinople; elle tendait à la même fin que celle de l'empereur, mais elle ne donnait au pape que le titre de grand et excellent pontife du siège apostolique. Ces lettres furent lues dans la IVe session (6 juillet). Après la lecture, le grand logothète fit, au nom de l'empereur, un serment abjurant le schisme, acceptant la profession de foi de l'Église romaine, et reconnaissant sa primauté. Alors le pape entonna le Te Deum, pendant lequel il resté debout et sans mitre. On descendit ensuite dans la nef de l'église métropolitaine de Saint-Jean, où le concile tenait ses séances. Le pape prononça le symbole en latin; quand il eut achevé, le patriarche Germain le prononça en grec, et on chanta deux fois les mots : Qui procède du Père et du fils. - Au début de la Ve session (16 juillet), on procéda au baptême de trois des députés du grand khan des Tatares, puis on publia quatorze constitutions, dont la plus remarquable institue le conclave pour l'élection des papes. Elle porte en substance :

« Après la mort du pape, les cardinaux s'assembleront dans le palais où il logeait, se contentant chacun d'un seul serviteur; ils séjourneront tous dans la même chambre, sans aucune séparation de murailles ou de rideaux, sans aucune autre issue que pour les latrines. Cette chambre aura toutefois une fenêtre, pour qu'on puisse servir commodément aux cardinaux la nourriture nécessaire, mais sans qu'on puisse entrer par cette fenêtre. Si, à Dieu ne plaise, trois jours après leur entrée en conclave, ils n'ont point encore élu de pape, ils devront, les cinq jours suivants, se contenter d'un seul plat, tant à diner qu'à souper. Après ces cinq jours, on ne leur donnera plus que du pain, du vin et de l'eau. Pendant le conclave, ils ne recevront rien de la Chambre apostolique, ni des autres revenus de l'Eglise romaine. Ils ne se mêleront d'aucune affaire autre que l'élection, sinon en cas de péril ou d'autres nécessités manifestes. Ils ne feront entre eux aucun pacte, ni serment; mais ils procéderont à l'élection de bonne foi, n'ayant en vue que l'utilité de l'Eglise. »
Naturellement, cette discipline déplut aux cardinaux; ils en contestèrent la convenance. Une autre constitution défend, sous peine d'excommunication, à toute personne, de quelque dignité que ce soit, d'usurper de nouveau sur les églises le droit de régale ou d'avouerie. Quant à ceux qui sont en possession de ces droits, par la fondation des églises ou par ancienne coutume, ils sont exhortés à n'en pas abuser, soit en étendant leur jouissance au delà des fruits, soit en détériorant les fonds. C'est la première constitution qui ait reconnu, du moins implicitement, le droit de régale. - La VIe et dernière session fut tenue le lendemain (17 juillet). On y lut deux constitutions, dont la première avait pour objet de restreindre la multitude des ordres religieux et de supprimer tous les ordres mendiants qui n'avaient point été spécialement autorisés. La seconde n'a pas été conservée; on ne la trouve plus. Le pape parla ensuite de la réformation des moeurs, reprochant aux évêques d'être « la cause de la chute du monde entier» ; il les exhorta à se corriger, et leur déclara que, s'ils ne le faisaient, il agirait lui-même avec sévérité. Des décimes furent imposés pendant six ans, sur tous les bénéfices, pour le secours de la Terre sainte. (E.-H. Vollet).

On demanda la médiation du pape et du roi de France, et le résultat des négociations fut, en 1272, d'attribuer à l'archevêque seul, au détriment du chapitre, l'exercice du pouvoir temporel. Par ce seul fait, trois partis au lieu de deux se trouvaient en présence, l'archevêque qui entendait maintenir les droits qu'il avait acquis à charge d'hommage au roi, le chapitre, qui voulait reconquérir son pouvoir, et les citoyens qui n'avaient obtenu qu'une satisfaction illusoire. En 1274, le pape Grégoire X, venu à Lyon pour y tenir un concile, reconnut que la juridiction temporelle appartenait en commun au chapitre et à l'archevêque, mais que ce dernier seul devait en avoir l'exercice; quant aux citoyens, il leur interdit toute tentative d'organisation et les condamna à 7000 livres d'indemnité envers l'Eglise. C'était, comme en 1272, laisser deux partis mécontents; aussi, en 1290, les chanoines ayant repris une partie de leur juridiction, les citoyens se révoltèrent à nouveau et en appelèrent encore au pape et au roi. Philippe le Bel s'empressa de leur accorder des lettres de sauvegarde (4 mars 1292) et de leur donner un gardiateur qui fit sa résidence dans la ville. Dès ce jour on pouvait considérer les hostilités comme terminées, mais la lutte se prolongea pourtant et ne prit fin qu'en 1310, date à laquelle Louis le Hutin vint mettre le siège devant la cité qui lui ouvrit ses portes; enfin, le traité du 10 avril 1312 réunit définitivement Lyon et le Lyonnais à la France.

C'était un beau fleuron que Philippe le Bel ajoutait à sa couronne; Lyon était, il est vrai, enserré dans une véritable ceinture d'établissements ecclésiastiques, sur la rive droite de la Saône, le château de Pierre-Seize, résidence ordinaire des archevêques, en défendait l'entrée, le cloître de Saint-Paul, l'enceinte de Saint-Just, le cloître de Saint-Jean; dans la presqu'île, les abbayes d'Ainay et de Saint-Pierre, la maison des Templiers, le prieuré de la Platière, le couvent des Jacobins ne laissaient qu'un espace assez restreint à la ville proprement dite, espace diminué encore par des hôpitaux pour les hommes, des hôpitaux pour les femmes, des maladreries, des léproseries, un hôtel-dieu à l'extrémité du pont du Rhône; les rues étaient si étroites qu'il était interdit d'y passer avec une charrette; miais il y régnait une activité merveilleuse. 

Les deux grands conciles qui s'y étaient tenus lui avaient donné une importance presque égale à celle qu'il avait dans l'Antiquité; le passage des croisés à la fin du XIIe siècle avait donné une nouvelle extension à son commerce; les Italiens réfugiés y avaient apporté leur industrie et leur habileté en affaires, les marchands de Lyon allaient négocier, des Flandres en Espagne, et leur nom, comme à l'époque romaine, n'était pas ignoré en Orient. Aussi la charte de Lyon, concédée en 1320, rappelle tout d'abord que les Lyonnais jouissaient du droit italique; elle leur reconnaît le droit d'élire des consuls, de déléguer des procureurs, d'avoir des archives, de s'imposer dans l'intérêt commun, de lever des troupes pour organiser la milice qui devait garder les portes et la ville, et enfin, elle les exempte de toute imposition à l'égard du seigneur. 

Déjà, avant la révolte de 1269, l'administration communale était organisée; elle se composait de 12 conseillers, les consuls échevins, tous égaux, qui avaient remplacé l'ancien conseil, dit de la cinquantaine, organisateur de la première révolution. Démocratique au début, cette institution ne tarda pas à devenir oligarchique, ce qui motiva des émeutes en 1400 et 1436, émeutes qui n'eurent pour résultat que de fortifier cette oligarchie. Pour être élu consul, il fallut en effet justifier d'une résidence de douze années, et d'une fortune d'au moins 10,000 livres; l'élection, au lieu d'être faite par l'ensemble des habitants, ne le fut que par les 144 maîtres des 72 métiers, auxquels on adjoignait des terriers, propriétaires fonciers, et le mandat fut donné pour deux ans au lieu d'un. 

De l'ancienne constitution on ne semble avoir gardé que le syndicat, une sorte de mandat impératif, et la proclamation des nouveaux consuls, le jour de la Saint-Thomas, dans l'église Saint-Nizier, où un orateur prononçait un discours, l'oraison doctorale, sur un sujet choisi par lui. Cette nouvelle assemblée renouvelable annuellement par moitié s'adjoignit un procureur de la commune, un secrétaire, un receveur, un voyer; c'est elle qui administra Lyon jusqu'en 1575, date à laquelle Henri IV réduisit le nombre des conseillers à quatre et mit à leur tête un prévôt des marchands.

Dans toute cette période, l'histoire de Lyon est des plus mouvementées. Les papes Clément V (1305) et Jean XXII (1310) s'y firent couronner; au XIVe siècle, il eut à supporter les charges écrasantes de la guerre de Cent ans; le contre-coup de la déroute de Brignais (6 avril 1362), l'horrenda cassatio, comme disent les actes capitulaires de l'Eglise métropolitaine, et de la victoire d'Anton (11 juin 1430); les révoltes de 1400, 1436 et celle de 1529, la grande rebeyne, causée par la misère et qui semble avoir été fomentée par quelque société secrète; les guerres de religion pendant lesquelles il tomba aux mains du baron des Adrets, dont les troupes mutilèrent ses monuments; la réaction catholique qui occasionna le 31 août 1572, huit jours après la Saint-Barthélemy, le massacre dit des Vêpres lyonnaises; la Ligue, pour laquelle il prit parti, et enfin de nombreuses difficultés avec l'archevêque dont les droits de juridiction allaient être encore réduits par l'établissement de la sénéchaussée royale dans la ville même, avec le bailli de Mâcon, sénéchal de Lyon, avec les intendants, avec ses gouverneurs, avec le roi lui-même qui l'accablait d'impôts et parles voyages duquel, à l'occasion des guerres d'Italie, il fallait préparer des entrées solennelles. Mais les grandes foires créées en 1419, dont en 1462 le nombre avait été porté à quatre : aux Rois, à Pâques, au mois d'août, à la Toussaint, avaient fait de Lyon une sorte de marché européen, dont les immenses affaires avaient nécessité, à cette même date de 1462, la création d'une juridiction spéciale, le tribunal de la Conservation, le plus ancien des tribunaux de commerce.

L'imprimerie importée peut-être dès avant 1472, illustrée par les Guillaume Rouville, Étienne Dolet et d'autres, y prit une telle extension qu'il se fonda de véritables dynasties d'imprimeurs célèbres, comme celles des de Tournes, des Gryphius, des Bardou. C'est à Lyon que Rabelais, médecin de l'Hôtel-Dieu, fit paraître ses almanachs si recherchés aujourd'hui et qu'il publia les premiers chapitres de son immortel livre. Les fréquents séjours de la cour, le faste des entrées solennelles développaient l'ingéniosité des artistes et des lettrés, d'artistes tels que Jean Perréal, Tortorel et Perrissin, Philibert de L'Orme, des lettrés comme Pierre Sala, Maurice Sève, Louise Labé, Pernette du Guillet, Paradin, le premier historien de Lyon. 

La peste qui sévissait en permanence provoqua le développement des services hospitaliers et la constitution d'un corps de médecins et chirurgiens lettrés, dont un des plus brillants représentants est Symphorien Champier. La médecine lyonnaise pouvait se recommander d'ailleurs d'un illustre ancêtre, le célèbre Guy de Chauliac, qui avait été chanoine de Saint-Just. Pour réprimer la mendicité et secourir les nombreux malheureux auxquels ne pouvaient suffire les aumônes, que quelques confréries pieuses faisaient distribuer sur les places publiques, on constitua l'aumône générale ou hôpital de la Charité, le prototype de tous les établissements de ce genre. Comme pendant tout le Moyen âge, les grandes confréries, qui, à côté de l'administration consulaire avaient gardé une certaine initiative, contribuèrent à la richesse et aux embellissements de la ville; l'une d'elles, celle de la Trinité, fonda le collège (lycée par la suite) de ce nom, dès le début du XVIe siècle. C'est aussi à cette époque (1536), qu'Etienne Turquet et Barthélemy Nariz apportèrent d'Italie l'industrie de la soie qui allait lui faire une réputation universelle.

Le XVIIe siècle s'ouvre à Lyon par le mariage de Henri IV qui fut célébré dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, le 9 décembre 1600, et par le traité du 17 janvier 1601, qui donnait à la France la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex. Dès lors, à part l'exécution de Cinq-Mars et de Thou, décapités sur la place des Terreaux le 22 septembre 1642, l'histoire de Lyon est celle de toutes les grandes villes de France. Son administration municipale eut à se débattre au milieu d'inextricables difficultés financières que venaient augmenter les charges imposées par la royauté et le coûteux honneur d'avoir comme gouverneurs des membres de la famille de Neuville-Villeroy. Pour faire face à des dépenses énormes, on emprunta, et les emprunts, grâce à la vieille réputation de la ville, furent couverts, et rien qu'avec les noms des rentiers de l'hôtel de ville on pourrait établir une liste curieuse des illustrations du XVIIe et du XVIIIe, siècle; mais, pour amortir la dette, on emprunta tellement qu'en 1789 on était à la veille de la banqueroute. 

Par contre, ce fut à cette époque qu'on commença les quais du Rhône, que Perrache entreprit les longues digues qui allaient repousser le confluent et permettre de créer le nouveau quartier qui porte son nom; qu'on bâtit le monastère de Saint-Pierre, aujourd'hui palais Saint-Pierre ou des Arts (musée); le monumental Hôtel-Dieu couronné des dômes de Soufflot; l'hôtel de ville, élevé sur les plans de Simon Maupin et sous la direction de Désargues, monuments ornés par des peintres tels que Blanchet, Panthot, Stella, des sculpteurs comme Hendricy, Mimerel, Coysevox et les Coustou. A côté de ces artistes, on compte des graveurs comme les Audran, les Drevet, J.-J. de Boissieu, de savants historiens, Ménestrier, Colonia, Le Laboureur, Jacob Spon; des mathématiciens et des botanistes, Barrème et les Jussieu. C'est à Lyon qu'à la fin du XVIIIe siècle fut faite une des premières expériences de navigation à vapeur, par le marquis de Jouffroy, et une des premières ascensions aérostatiques par Montgolfier et Pilâtre de Rozier. Il s'y fondait une académie des sciences et belles-lettres (1700), un cercle littéraire, un nouveau collège, petit collège dit de Notre-Dame, une école de dessin (1756), une école vétérinaire, dont le premier maître fut Claude Bourgelat (1762).

La Révolution subordonna au conseil général de Rhône-et-Loire et aux conseils de districts la municipalité de Lyon, plus importante à elle seule que ces corps réunis; aussi des conflits d'attributions furent fréquemment soulevés et difficilement apaisés. Le conseil général, quoique partisan des réformes au début et plus tard franchement républicain, était, par suite des opinions de quelques-uns de ses membres, suspect de modérantisme et de royalisme. Cette réputation fut soigneusement entretenue par la municipalité, affiliée aux clubs parisiens, soutenue par le ministre Roland et dirigée par le démocrate Chalier. C'était aux partisans de Chalier que déjà on attribuait le massacre des prisonniers qui eut lieu au mois de septembre 1792. En février 1793, les royalistes suscitèrent des troubles; coalisés avec les Girondins, ils prirent prétexte d'une proposition d'installer la guillotine en permanence pour se soulever; les sections prirent les armes, s'emparèrent de l'hôtel de ville (29 mai); la municipalité patriote fut renversée, Chalier emprisonné. La Convention fit de vains efforts pour la conciliation. 

Les insurgés guillotinèrent Chalier. Les représentants en mission, Nioche et Gauthier, avaient suspendu la municipalité; mais, à l'annonce de l'arrestation des Girondins, le conseil général refusa de recevoir les délégués de la Convention, constitua une municipalité provisoire, et fit procéder à l'élection de députés cantonaux qui se constituèrent en assemblée sous le titre de commission populaire et républicaine de salut public, prirent en mains les affaires du département et de la ville, et répondirent aux décrets de la Convention par la levée d'une armée départementale, sous les ordres de Précy. On prétendait, il est vrai, que le mouvement lyonnais n'était pas royaliste et peut-être n'était-il pas plus fédéraliste; la ville affirmait bien haut qu'elle se soulevait pour combattre l'anarchie, et ses corps administratifs inscrivaient en tête de leurs délibérations les mots de représentation nationale libre et entière. Quoiqu'il en fût de la cause du soulèvement, la Convention ne pouvait pas ne pas la réprimer rigoureusement, alors surtout que l'ennemi était aux frontières et que Lyon pouvait devenir un centre de ralliement pour les émigrés. Les contre-révolutionnaires projetaient d'y masser une armée de 100,000 hommes pour marcher sur Paris. Précy s'entendait avec les émigrés et appelait le roi de Sardaigne.

La Convention agit vigoureusement. Une armée de 60,000 hommes, sous la direction de Dubois-Crancé et de Gauthier, et le commandement de Kellermann, vint assiéger Lyon (8 août). L'armée piémontaise de secours fut battue par Kellermann. Couthon et Javogues amenèrent les levées en masse de l'Auvergne et du Forez; Doppet prit le commandement du siège; Précy, jugeant la situation désespérée, se fit jour à travers les lignes des assiégeants (9 octobre); le lendemain, l'armée française entra dans la ville. La répression fut terrible. Un décret du 12 octobre ordonna l'application de la loi martiale aux contre-révolutionnaires, la démolition des maisons des riches; la ville prendrait le nom de Commune-Afranchie; un monument serait élevé avec cette inscription : 

« Lyon a fait la guerre à la liberté; Lyon n'est plus. » 
Collot d'Herbois, Fouché et Montaut furent chargés de l'exécution du décret. On commença la démolition de la place et et du quartier Bellecour; on y fit jouer la mine; des exécutions en masse eurent lien dans la plaine des Brotteaux; sur 3528 accusés, 1684 furent relâchés, 162 condamnés à la détention, 1682 condamnés à mort et exécutés. Pour diminuer la ville, ses faubourgs de Vaise, de la Guillotière, de la Croix-Rousse furent constitués en communes; le département dont elle était le chef-lieu fut scindé en deux pour former ceux du Rhône et de la Loire. L'année suivante, la Convention rendit à la ville son nom de Lyon (6 octobre 1794). Les réactionnaires y reprirent le dessus et le parti royaliste persécuta de nouveau les républicains.

Précy rentra dans la ville, se reforma un état-major d'émigrés et terrorisa les Mathevons. Ou sait la sinistre réputation de la compagnie de Jéhu ou de Jésus. Le calme ne fut rétabli que sous le Consulat. 

L'invention du métier Jacquard donna un nouvel essor à l'industrie, Napoléon rebâtit la place Bellecour, fonda des écoles de dessin, établit le pont de Tilsitt (auj. pont Bonaparte). Le 21 mars 1814, Lyon fut occupé par les Autrichiens; Napoléon y passa aux Cent-Jours, et le gouverneur, le général Mouton-Duvernet, se rallia à lui, ce qui lui coûta plus tard la vie; il fut fusillé en 1816. Le 17 juillet 1815, la ville avait été réoccupée par les Autrichiens. Les violences des royalistes achevèrent de les rendre impopulaires. En 1829, ouvriers et bourgeois firent une ovation à Lafayette.

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Lyon : la place Bellecour.
Une ancienne vue de la place Bellecour.

La révolution de 1830 fut bien accueillie, mais la réaction entreprise par Casimir Périer provoqua une sanglante insurrection. Des délégués élus par les patrons et les ouvriers avaient élaboré un tarif des façons voté à l'unanimité et promulgué par le préfet. Quelques fabricants se plaignirent an gouvernement, et Casimir Périer annula le tarif. Les ouvriers prirent les armes (21 novembre 1831), arborant le drapeau noir avec l'inscription : 

« Vivre en travaillant ou mourir en combattant. » 
Après trois jours de combats, les canuts de la Croix-Rousse étaient maîtres des ponts et de la ville entière (23 novembre) que la garnison dut évacuer et où l'ordre fut maintenu. Le préfet Bouvier-Dumolard s'interposait en médiateur. Il fut de nouveau désavoué par le ministre. Le duc d'Orléans et le maréchal Soult, ministre de la guerre, amenèrent une grosse armée devant la ville qui se soumit sans coup férir le 3 décembre. Le tarif fut supprimé, la population désarmée, la garde nationale licenciée, le préfet destitué; il n'y eut pas de répression rétroactive. En avril 1834, une insurrection politique déchaîna une bataille de quatre jours (9-12 avril), terminée par la victoire des troupes. On hâta la construction des forts destinés à tenir la ville en bride. La révolution de Février fut accueillie avec enthousiasme. La société des Voraces fut quelques mois prépotente. La réaction provoqua en juin 1849 une émeute à la Croix Rousse. En août 1851 eut lieu le procès des Montagnards lyonnais qui furent condamnés pour conspiration à la déportation ou à la prison. L'ordre ne fut pas troublé sous l'Empire où de grands travaux transfigurèrent la ville. La démocratie socialiste, qui accueillit avec enthousiaste la proclamation de la République, se manifesta de nouveau en 1870; durant plusieurs mois le drapeau rouge flotta sur l'hôtel de ville; deux soulèvements eurent lieu le 28 septembre 1870 et le 30 avril 1871. Ce fut à Lyon que se forma une des armées qui tentèrent la marche sur Belfort

La ville fut en 1873 soumise à l'oppression dictatoriale du préfet Ducrot qui persécuta les enterrements civils. Après le retour au droit commun, la vie de Lyon, au XIXe siècle ne fut plus troublée. es principaux incidents ont été les expositions internationales de 1872 et 1894. La seconde fut attristée par l'assassinat du président de la République Carnot, tué d'un coup de poignard par l'anarchiste italien Caserio (24 juin 1894). (G. Guigue).

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