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Histoire de l'Europe > La France
Histoire de la France
La France au XVIIe siècle
L'établissement de la monarchie absolue 
Henri IV, Louis XIII et Louis XIV 
Les règnes de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV forment pour ainsi dire la période classique de l'Ancien régime. Ce qui fait l'unité de cet âge fameux, ce n'est pas le progrès réel des institutions, car Louis XIII, Louis XIV et beaucoup de leurs grands ministres ont eu peu de souci d'améliorer la condition des sujets; ce n'est pas la politique extérieure dont la continuité a été souvent rompue et dont la grandeur a subi des éclipses; ce n'est même pas l'éclat des lettres et des arts, qui ne présente pas les mêmes caractères au début du siècle et pendant le règne de Louis XIV; c'est le mouvement qui emporte la monarchie vers l'absolutisme

Les forces d'opposition étaient encore nombreuses et considérables au temps de Henri IV. La noblesse, grossière et turbulente, avait dans toute la France des châteaux fortifiés, où elle menait grand train de vie; elle occupait des charges importantes, telles que la fonction de connétable et les places de gouverneurs; elle respectait la personne du roi, mais elle ne voulait pas obéir à ses agents. La noblesse de robe avait un tout autre caractère, mais non moins de prétentions; le Parlement, sorti de la curia regis du Moyen âge, n'avait jamais été réduit au râle précis et unique de simple organe judiciaire et avait gardé des visées politiques qui se traduisaient par les remontrances. Le tiers état lui-même n'aimait guère les ministres. Le clergé n'était pas entièrement gallican. Enfin la royauté eut à combattre les dissidents, jansénistes et protestants.

Henri IV n'eut pas le temps ni peut-être la volonté d'asservir la noblesse. Il ôta les gouvernements aux chefs de la Ligue, tels que les Guise, pour placer dans les provinces des nobles moins suspects et des intendants d'armée; il maintint l'ordre dans son royaume. Mais il eut à réprimer plusieurs complots. Quand il mourut en 1640, son fils Louis XIII avait neuf ans. Pendant la régence de l'incapable Marie de Médicis, les princes du sang et les familles d'anciens favoris ou de ligueurs, les Condé, les d'Epernon, les Guise, cherchèrent et réussirent à se « faire valoir ». Les Etats de 1614, les derniers de l'Ancien régime, ne servirent qu'à faire éclater les haines qui séparaient les trois ordres et n'arrêtèrent ni le gaspillage du trésor ni les guerres civiles. Le ministre Concini fut assassiné en 1617 au moment où il allait entamer une lutte sérieuse contre la noblesse. Sous le ministère du connétable de Luynes, les mécontents se groupèrent autour de Marie de Médicis dépossédée du pouvoir. Richelieu, qui arriva au pouvoir en 1624, soutint un combat acharné contre les nobles. Il était aristocrate dans l'âme; il aurait voulu rendre à la noblesse son ancienne utilité et son prestige, faire d'elle une classe militaire. Il réussit seulement à se maintenir au pouvoir par des mesures violentes : la destruction des châteaux forts, l'édit sur le duel, l'exécution de plusieurs conspirateurs. Sur son lit d'agonisant, en 1642, il donnait encore des ordres de mort. 

Richelieu eut pour successeur Mazarin, habile politique, souple, patelin et ambitieux. Dès 1643 eut lieu une cabale de jeunes seigneurs « importants », dont Mazarin vint facilement à bout. La Fronde, qui dura cinq ans (1648-1653), fut provoquée par la mauvaise administration financière de Particelli d'Emeri, qui ne touchait guère les privilégiés, et fut d'abord un mouvement parlementaire et populaire. Mais la noblesse y prit vite sa part. Les brouillons et les orgueilleux comme Gaston d'Orléans, le grand Condé, Longueville, La Rochefoucauld, Retz, s'engagèrent dans une guerre frivole où les « héroïnes » jouèrent souvent le premier rôle. L'importance prise alors par les femmes marque la transformation qui s'était opérée déjà dans les moeurs de la noblesse; ces hommes, qui jadis vivaient dans leurs châteaux et ne songeaient qu'à boire et à se battre, s'étaient mis peu à peu, depuis le temps de la minorité de Louis XIII, à fréquenter les salons parisiens, tels que celui de Mme de Rambouillet; ils s'étaient habitués à causer; ils étaient devenus les « précieux » et les « alcôvistes ». Lorsque Mazarin rentra en maitre dans la capitale, le rôle politique de la noblesse française était terminé; elle était toute prête à devenir une noblesse de cour, et n'allait plus s'occuper que de donner à l'Europe un modèle inimitable de politesse raffinée.

Le Parlement avait eu à régler la question de la régence en 1610; il essaya en vain de reprendre l'oeuvre des Etats de 1614 et opposa aux volontés de Richelieu une résistance stérile; mais, en 1648, il montra un véritable esprit politique et proposa des réformes dont la réalisation  aurait donné à la France une sorte de régime parlementaire analogue à celui d'outre-Manche (arrêt d'union et déclaration des 27 articles). Pendant les troubles qui suivirent, il se montra relativement modéré et refusa de pactiser avec les envoyés de l'Espagne. Jamais cependant Louis XIV n'oublia les humiliations subies par sa mère et son ministre; il y a du vrai dans la légende qui montre le jeune roi entrant tout botté au Parlement et défendant aux vieux magistrats de se mêler désormais de ses affaires; en effet, ils ne s'en mêlèrent plus. Quant aux paysans et aux artisans, ils se soulevèrent à plusieurs reprises au temps de Richelieu et pendant la Fronde; sous l'administration plus douce de Colbert, il y eut encore de fréquentes révoltes locales; mais c'était là des effets de l'oppression fiscale, et non pas des manifestations d'aspirations politiques précises; il n'y eut jamais au XVIIe siècle de mouvement démocratique général.

Henri IV ne fut jamais accepté comme roi par les ultramontains, et l'on a peut-être eu raison de croire le crime de Ravaillac inspiré par les jésuites, que l'auteur de l'édit de Nantes avait un instant chassés de France. Les « catholiques à gros grains » et le parti espagnol prirent pendant la minorité de Louis XIII une revanche qui dura peu; Richelieu détruisit leur influence et faillit même se brouiller avec le pape. Sous Louis XIV, la querelle éternelle recommença entre les ultramontains et la monarchie; le clergé gallican affirma l'indépendance du roi à l'égard du Saint-siège et la supériorité des conciles sur le pape dans la fameuse déclaration de 1682, qui régla à peu près définitivement la question jusqu'en 1789. Du reste, Louis XIV finit par se réconcilier avec le pape pour poursuivre les jansénistes. Jansénius avait publié son Augustinus en 1640; mais plusieurs années auparavant les doctrines de l'évêque d'Ypres avaient été répandues à Paris par l'abbé de Saint-Cyran et avaient trouvé accueil à l'abbaye de Port-Royal. Richelieu, Mazarin et Louis XIV s'acharnèrent à détruire le jansénisme qu'ils considéraient comme un foyer d'opposition à l'esprit d'autorité. Port-Royal fut anéanti en 1709, mais les idées des Arnauld et des Pascal survécurent, et le débat devait continuer jusqu'à la fin de l'Ancien régime. 

Quant aux protestants, leurs libertés politiques, leurs nombreuses places de sûreté, leurs assemblées constituèrent un véritable danger pour l'unité française lorsque Henri IV eut disparu. Les Rohan et les Soubise voulurent fonder une « république protestante »; de Luynes mourut en commençant la lutte; son oeuvre fut achevée par Richelieu, qui ôta aux protestants tout moyen d'être dangereux. Mais dès lors ils devinrent incapables de se défendre contre les persécutions, qui commençèrent dès 1661, Louis XIV et son entourage ayant l'esprit fermé aux idées de tolérance. Après vingt-quatre ans de tracasseries et de rigueurs sans nom, l'édit de Nantes fut révoqué (1685). La persécution, qui un temps prit le nom de dragonnades, continua jusqu'à la mort de Louis XIV; les insurrections des Camisards furent impitoyablement réprimées; au moins 250 ou 300,000 réformés, mais sans doute bien davantage, presque tous gens de mérite, émigrèrent à l'étranger.
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Les dragonnades

Les dragonnades sont les persécutions dirigées par Louis XIV, avant et après octobre 1685, à l'époque de la révocation de l'Edit de Nantes, contre les villages ou petites villes où dominait la religion réformée. Ce furent d'abord de simples logements imposés de soldats et particulièrement de dragons; puis, ce furent toutes les vexations et cruautés de ces missionnaires bottés de Louvois, sur lesquelles l'Eglise et l'Etat fermèrent les yeux, et que les intendants, les commandants pour le roi encouragèrent. Lamoignon de Basville présida, en Poitou, aux premières dragonnades et fut aussitôt (13 août 1685) envoyé en Languedoc, afin de stimuler le duc de Noailles, lieutenant du roi. L'intendant Foucault en Béarn, le marquis de Boufflers en Guyenne, imitèrent son zèle atroce, sans le dépasser. La Normandie, la Champagne; la Bourgogne eurent aussi leurs dragons. Mais les grandes villes et les pays luthériens n'eurent pas à en souffrir. Sous le ministre de la guerre Chamillart, on donna aux dragonnades le nom de chamillardes, que Voltaire a recueilli dans son Siècle de Louis XIVe; le duc de Bourbon, premier ministre de Louis XV, les renouvela. (H. Monin).

Des fautes si préjudiciables à l'honneur et aux intérêts du pays étaient la condamnation du régime. Jamais cependant, plus qu'à l'heure où on les commettait, la royauté ne fut respectée et servilement adulée. La vieille doctrine du caractère divin des rois, trouva sa parfaite expression sous la plume de Bossuet. La vie de cour, encore gaie et familière au temps de Louis XIII, devint solennelle et régulière sous Louis XIV; à cet égard, nul document ne vaut une visite à Versailles. L'étiquette de l'Espagne envahit les palais des  rois de France à la fin du siècle, comme sa littérature envahit les salons des précieuses au temps de Corneille. Les Bourbons ne pouvaient plus vivre comme de simples mortels, puisqu'ils se croyaient des dieux et avaient réussi à le faire admettre. Reste à chercher s'ils surent gouverner.

Les luttes religieuses avaient ruiné la France. Avec le rétablissement de l'ordre, la prospérité renaquit; Sully protégea l'agriculture avec une prédilection qui eût été excessive, si son maître Henri IV, d'esprit plus large, n'avait favorisé lui-même l'industrie, et particulièrement les industries de luxe; de nouvelles voies de communication permirent le développement du commerce. Les finances furent remises en état par la seule force de la bonne administration et de l'économie. Les premières années du XVIIe siècle marquent l'apogée de l'ancien régime; alors la royauté justifiait son omnipotence par les services rendus. Mais aucune institution n'existait qui luit remédier à la disparition de Henri IV et à l'incapacité ou à l'insouciance de ses successeurs.

Richelieu ne s'occupa pas de débrouiller la confusion administrative; il augmenta seulement la centralisation, surtout en développant l'institution des intendants, qui avaient pour ancêtres les maîtres des requêtes envoyés en tournées au XVIe siècle et les intendants d'armée de Henri IV. Il comprit, ainsi que Fouquet, l'importance des questions économiques et coloniales, mais les bonnes intentions de ces deux ministres ne passaient pas toujours en acte. Quant à la situation financière, depuis la mort de Henri IV jusqu'au ministère de Colbert, elle fut lamentable. Les gouvernants se soucièrent seulement d'avoir de l'argent par n'importe quels moyens. Au temps de la Fronde, la misère du peuple devint effroyable.

Le plus grand des ministres de Louis XIV, Colbert (1661-1683), rétablit pendant quelques années la prospérité. Depuis le moment où il fit arrêter le surintendant Fouquet et le remplaça avec le simple titre le contrôleur général, jusqu'à l'époque de la guerre de Hollande, l'administration financière fut régulière et peu oppressive. Les sources de la richesse publique, l'industrie surtout, furent développées. La condition des paysans s'améliora quelque peu. Mais Colbert mourut dans la douleur de voir son prodigieux labeur rendu stérile par le faste excessif et la politique ruineuse de son maître. De 1683 à 1715, la détresse financière et la misère augmentèrent sans cesse; l'habile Desmarets réussit à peine à épargner au vieux Louis XIV la honte d'une banqueroute.

La gloire achetée si cher était, il faut le reconnaître, grande et ineffaçable. Le XVIIe siècle est rempli presque tout entier du nom de la France, du bruit de sa lutte victorieuse contre la maison d'Autriche. Henri IV avait repris la politique de Henri Il; il s'était fait l'allié des ennemis de l'Espagne, c.-à-d. de la reine Elisabeth Ire et des Hollandais; par l'annexion de la Bresse, du Bugey et du Valromey, il avait séparé la Savoie de la Franche-Comté espagnole. Il avait formé la plus redoutable des armées européennes, et, si son fameux projet est une invention de Sully, du moins voulait-il assurément enlever à l'Espagne le Roussillon, la Franche-Comté, l'Artois, la Flandre, et avait-il des vues sur toute la rive gauche du Rhin. Son oeuvre fut reprise par Richelieu et Mazarin qui intervinrent dans la guerre de Trente ans pour soutenir les protestants d'Allemagne et même certains princes catholiques, menacés dans leur indépendance par les Habsbourg; les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1658) donnèrent à la France l'Alsace sauf Strasbourg, la plus grande partie de l'Artois, le Roussillon et quelques autres territoires.

La situation était merveilleuse pour la France en 1660. Sans parler de la Suisse et de la Pologne, qui ne comptaient plus, de la Prusse et de la Russie qui ne comptaient pas encore, l'Allemagne et l'Italie étaient des pays morcelés et passifs; l'Angleterre était annulée par l'étrange politique du roi Charles II, l'Espagne par les fautes accumulées de Philippe Il et de ses successeurs, l'Autriche par le danger turc. La Suède, grande puissance militaire depuis Gustave-Adolphe, était l'alliée subventionnée des Bourbons. Les Provinces-Unies ne semblaient pas à craindre. Dès le début du règne de Louis XIV, Colbert se mit à organiser la marine, Louvois l'armée, Vauban la défense des frontières.

Louis XIV avait épousé l'infante Marie-Thérèse, et l'annexion de l'héritage espagnol fut son idée fixe. Après de vaines négociations, il se décida à la guerre dès 1667; la paix d'Aix-la-Chapelle lui donna seulement une série de places fortes en Flandre, les Provinces-Unies ayant organisé une coalition pour empêcher des conquêtes plus sérieuses. Alors Louis XIV s'occupa d'anéantir la coalition. Tel fut le but principal de la guerre de Hollande. La paix se fit en 1678, à Nimègue, aux dépens de l'Espagne, qui dut céder à la France la Flandre et la Franche-Comté. L'équilibre était rompu en faveur de la France. Pendant sept ans, l'Europe assista impuissante aux « conquêtes en pleine paix » opérées par Louis XIV, qui annexa sur la frontière de l'Est une vingtaine de villes, entre autres Strasbourg, Luxembourg, Landau, Casal. Mais la révocation de l'édit de Nantes, qui était une menace pour les Etats protestants, fut le signal d'une progressive décadence.

Dès 1686 se forma contre Louis XIV la ligne d'Augsbourg, dont Guillaume d'Orange était l'âme. En voulant intervenir dans les affaires d'Allemagne et d'Angleterre (affaires de Cologne et du Palatinat, révolution de 1688), Louis XIV mit le feu aux poudres. Il dut signer, en 1698, la paix de Ryswick qui le laissa ruiné en hommes et en argent. Trois ans après éclata la guerre de la succession d'Espagne. On sait après quelles dramatiques péripéties cette lutte se termina par une série de traités (1713-1715) qui assuraient l'Espagne au petit-fils de Louis XIV, mais changeaient l'organisation de l'Europe. L'Autriche s'était agrandie; l'Angleterre se préparait à régner sur la mer. A l'orient de l'Europe, la Suède déclinait, mais la Prusse et la Russie comptaient déjà parmi les grandes puissances. 

La suprématie politique de la France était détruite. Sa domination intellectuelle allait subsister. Depuis la fin du XVIe siècle jusque vers 1660, un admirable mouvement d'idées s'était produit en Europe; la France y avait contribué, mais seulement contribué; Cervantes, Shakespeare, Milton, Velasquez, Rembrandt sont aussi grands que Corneille et Poussin, et Spinoza vaut peut-être son maître Descartes. A partir du règne de Louis XIV, au contraire, la science seule reste internationale; en littérature et en art, l'esprit classique français, qui s'ordonne majestueusement, prédomine dans tout l'Occident, qui n'a personne à opposer à Molière, à Racine, à Bossuet, à Lebrun même. Au XVIIIe siècle, la France va rester l'école de l'Europe; mais le temps de la rhétorique est passée ; celui de la « philosophie » est venu. (Ch. Petit-Dutaillis).

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