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Histoire de l'Europe > La France > Le XIXe siècle
L'histoire de Paris
La Commune de Paris de 1871
Première période : du 18 mars au 28 mars
Aperçu Du 18 mars au 28 mars Du 28 mars au 21 mai Du 21 mai au 28 mai
Une des clauses de l'armistice signé avec l'empereur d'Allemagne, à la fin du siège, stipulait que la garnison, en vue de l'entrée que l'armée allemande devait faire dans Paris, serait désarmée et ses armes livrées aux Allemands. Il n'était fait exception que pour dix mille hommes de l'armée régulière qu'on croyait indispensables au maintien de l'ordre intérieur, et pour la garde nationale afin d'éviter un mouvement populaire. En exécution de cette clause, on livra les canons des forts et on s'apprêtait à livrer ceux qui étaient sur les fortifications de la ville. Parmi ces pièces se trouvaient la plupart de celles qui appartenaient à l'artillerie de la garde nationale, commandée par le colonel Schoelcher. Là se trouvaient en outre des canons achetés au moyen de souscriptions ouvertes dans les bataillons de la garde nationale, ou avec le produit de fêtes organisées pendant l'investissement. 

Beaucoup d'habitants crurent que dans le désarroi et l'effarement qui régnait alors, on allait aussi livrer ces pièces aux Prussiens. Sans mot d'ordre, simultanément sur divers points de l'enceinte fortifiée, des gardes nationaux emmenèrent ces pièces et en formèrent des parcs d'artillerie à la place d'Italie dans le XIIIe arrondissement, à la place des Vosges, l'ancienne place Royale, au Marais, à Belleville, à la place Saint-Denis, sur le flanc de la butte Montmartre. Autour de ces parcs les gardes nationaux placèrent des postes qui fournissaient, nuit a jour, des factionnaires volontaires. Une certaine partie de la population parisienne voyait là une menace constante pour la tranquillité de la rue et sommait le gouvernement d'avoir à mettre fin à cette situation. Cette résolution, le gouvernement de Thiers, qui était alors chef du pouvoir exécutif, la prit le 17 mars, et il décida qu'elle serait exécutée la nuit prochaine. Dès le point du jour il fit afficher une proclamation, signée de lui et de tous les ministres, dans laquelle il déclarait qu'il allait reprendre ces canons et déférer aux tribunaux « ceux qui avaient prétendu instituer un gouvernement à eux ». Cela s'entendait des membres du Comité Central de la fédération des gardes nationales qui s'était formé au mois de février précédent au moyen de délégués de tous les bataillons, et dont les statuts avaient été adoptés le 4 mars, dans une grande réunion au Vaux-Hall

Ce Comité Central, distinct du Comité des vingt arrondissements et du Comité Fédéral de la Société internationale des Travailleurs, se trouvait mêlé depuis un mois à toutes les manifestations publiques, et on affirmait que beaucoup de bataillons de la garde nationale, ne reconnaissant plus l'autorité du général Clément Thomas, à qui on reprochait d'avoir fait massacrer les gardes nationaux à Montretout, ne recevaient plus le mot d'ordre que du Comité Central. En même temps que le gouvernement faisait afficher sa proclamation, il expédiait, vers deux heures du matin, quelques attelages d'artillerie pour enlever les pièces du parc de la place Saint-Pierre. Les attelages étaient escortés de gardiensde la paix, de troupes de ligne, de cavaliers et de gendarmes. 

Arrivés presque sans encombre sur la butte Montmartre, les artilleurs ne purent exécuter immédiatement les ordres qu'ils avaient reçus, car on avait omis d'apporter des traits pour atteler les chevaux aux affûts. De Ià des allées et venues qui amenèrent les gardes nationaux du quarter à sortir en armes. On ébaucha quelques barricades, et lorsque les troupes régulières voulurent donner l'assaut par la rue Lepic, il y eut une vive résistance. Un capitaine de chasseurs à cheval et un lieutenant de gendarmerie furent tués. Les femmes et les enfants s'étant mis dans les rangs des soldats d'infanterie, ceux-ci furent réduits à l'impuissance et ne tardèrent pas à mettre la crosse en l'air, principalement ceux du 88e de marche. Le général Lecomte, qui commandait l'expédition, et le général Clément Thomas, arrêtés par la foule, furent d'abord conduits au Château-Rouge, rue de Clignancourt, et de là sur la butte, rue des Rosiers où ils furent fusillés. Quoi qu'on en ait dit, il est certain que le meurtre n'eut pas lieu sur l'ordre du Comité Central. 
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Commune de Paris : Exécution de Clément Thomas et de Lecomte.
L'exécution de Clément Thomas et  du général Lecomte, le 18 mars 1871.

Le Comité Central n'en eut connaissance que dans la soirée, à la rue Basfroi, où il avait établi son siège. Une note à l'Officiel du 21 mars dit que le « Comité Central repousse toute responsabilité dans cette exécution ». La nouvelle des événements de Montmartre décida le gouvernement à quitter Paris. Thiers se dirigea vers Versailles, à trois heures de l'après-midi, avec l'escorte de commandant en chef. Le général Valentin, préfet de police depuis le 11 mars, abandonna la préfecture de police à sept heures du soir. Jules Ferry, qui était préfet de la Seine, resta à son poste à l'hôtel de ville jusqu'à neuf heures cinquante-cinq du soir, ayant deux fois refusé d'obéir à l'ordre d'évacuation qui lui avait été donné. Ce ne fut que dans la nuit du 18 au 19 mars que le Comité Central s'installa à l'hôtel de ville, et ce n'est réellement qu'à partir de ce moment que commence son action administrative. Disons, toutefois, que la préfecture de police était occupée depuis dix heures par Emile Duval qui s'en était emparé avec les gardes nationaux du XIIIe arrondissement.

Immédiatement le Comité Central, tout en organisant la défense contre un retour offensif possible des troupes de Versailles, songea à faire procéder à des élections générales pour la nomination du conseil municipal de Paris. Des pourparlers eurent lieu dans ce but avec la réunion des maires et adjoints de Paris, élus au mois de novembre 1870, à qui le ministre de l'intérieur, Ernest Picard, venait, par un arrêté en date du 19 mars, de déléguer, l'administration provisoire de la ville de Paris, et à laquelle il avait fait tenir 50,000 F pour subvenir aux premières dépenses. Des pourparlers furent entamés aussi avec les députés de la Seine qui voulurent bien se rendre aux convocations. Pour remplacer le général d'Aurelles de Paladines dont la nomination comme commandant supérieur des gardes nationales était mal accueillie par la population, Thiers avait confié ce poste à l'amiral Saisset autour duquel se réunirent tous ceux qui voulaient résister par la force au Comité Central.

Les pourparlers furent longs et difficiles, plusieurs fois interrompus, notamment à cause de la manifestation dite de la paix sur la place Vendôme, le 22 mars. Il fut d'abord décidé que les élections qui devaient se faire au scrutin de liste par arrondissement avec 1 conseiller pour 20,000 habitants, soit 90 conseillers, se feraient le jeudi 23 mars. Elles furent remises au dimanche 26, et eurent lieu à cette date. Le scrutin dura de huit heures du matin à minuit. On avait procédé aux élections à la suite de l'affichage de deux proclamations, une où il était dit :

« Le Comité Central de la garde nationale auquel se sont ralliés les députés, les maires et adjoints... convoque les électeurs pour demain dimanche »; et une autre disant : « Les députés de Paris, les maires et les adjoints élus, réintégrés dans les mairies et leur arrondissement, et les membres du Comité Central fédéral de la garde nationale [...] convoquent les électeurs pour demain dimanche, etc. ».
Les deux proclamations portaient les signatures suivantes : 
Les maires et adjoints de Paris : ler arrondissement, Ad. Adam, Méline, adjoints; IIe, Emile Brelay, Loiseau-Pinson, adjoints; Ille, Bonvalet, maire; Ch. Murat, adjoint ; IVe, Vautram, maire; de Chatillon, Loiseau, adjoints; Ve, Jourdan, Collin, adjoints; Vle, A. Leroy, adjoint; IXe, Desmarets, maire; E. Ferry, André, Nast, adjoints; Xe, A. Murat, adjoint; XIe, Mottu, maire; Blanchon, Poirier, Tolain, adjoints; XIIe, Grivot, maire; Denizot, Dumas, Turillon, adjoints; XIIIe, Combes, Leo Melliet, adjoints; XVe, Jobbé-Duval, Sextius Michel, adjoints; XVIe, Chaudet, Sevestre, adjoints; XVIIe, Fr. Favre, maire; Malon, Villeneuve, Cacheux, adjoints; XVIIIe, Clemenceau, maire; J.-A. Lafont, Dereure, V. Ja clard, adjoints; XIXe, Deveaux, Satory, adjoints.

Les représentants de la Seine, présents à Paris : Lockroy, Floquet, Tolain, Clémenceau, Schoelcher, Greppo.

Le Comité Central de la garde nationale : Avoine fils, Ant. Arnauld, G. Arnold, Assi, Andignoux, Bouit, Jules Bergeret, Babick, Baron, Billioray, Blanchet, L. Boursier, Castioni, Chouteau, C. Dupont, Fabre, Ferrat, Henri Fortuné, Fleury, Fougeret, Gaudier, Gouhier, Geresme, Grélier, Grolard, Jourde, Josselin, Lavalette, Lisbonne, Maljournal, Edouard Moreau, Mortier, Prudhomme, Rousseau, Ranvier, Varlin. 

Il fut décidé que par application de la loi de 1849, il suffisait d'avoir la majorité relative et au moins le huitième des électeurs inscrits. La Commune, lors de la vérification des pouvoirs, ne tint pas compte de ces conditions et proclama valablement élus des candidats qui n'avaient pas réuni le huitième des voix des inscrits. Les électeurs votèrent sur la présentation de la carte qui leur avait été délivrée pour l'élection des députés à l'Assemblée nationale le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux. Pendant cette période, les maires et adjoints élus en novembre continuèrent à administrer leurs arrondissements, à exercer les fonctions d'officiers de l'état civil et les actes de cette nature accomplis par eux pendant cette période ont été déclarés valables lorsqu'on annula les actes de l'état civil auxquels avaient procédé les membres de la Commune. Plus de 220,000 citoyens prirent part aux élections. 

Le Comité Central fit occuper tous les ministères par des délégués, mais il ne rendit que très peu de décrets et tous étaient à titre provisoire, en attendant la constitution du conseil communal. Il décida d'abord que la vente des objets engagés au Mont-de-Piété serait suspendue, que l'échéance des effets de commerce serait prorogée d'un mois, et que, jusqu'à nouvel ordre, les propriétaires et maîtres d'hôtel ne pourraient congédier leurs locataires. Charles Lullier fut le premier commandant en chef des forces qui reconnaissaient l'autorité du Comité Central; puis le pouvoir militaire fut transmis à Duval, Bergeret et Eudes qui eurent le titre de généraux. La préfecture de police était administrée par un délégué militaire, le général Duval, et par un délégué civil, Raoul Rigault. (Louis Lucipia).

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