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L'histoire de la Colombie du XVIe au XVIIIe siècle
La  Conquête, la Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade
Aperçu Les Chibchas* Du XVIe au XVIIIe s. 1809-1831 1831-1861 1861-1903
La conquête par les Espagnols

La région Nord-Ouest de l'Amérique du Sud, région septentrionale de la chaîne des Andes où s'est formée la république des Etats-Unis de Colombie, a une unité assez marquée pour avoir toujours été un groupement politique distinct compris entre l'Amazone au Sud et l'Orénoque à l'Est. Il a d'ailleurs à plusieurs reprises dépassé ses limites actuelles. Les premiers Européens qui parurent dans cette région furent, en 1499, Ojeda et Amerigo Vespucci. En 1501, Rodrigo de Bastidas longea toute la côte septentrionale depuis Rio Hacha jusqu'à l'isthme de Panama. En 1502, Christophe Colomb, qui avait peut-être aperçu dès 1498 le cap de la Vela, inaugura les explorations sérieuses du territoire qui, par une tardive justice, a reçu son nom. Il tenta de fonder à Veraguas, dans l'isthme de Panama, une colonie espagnole qui est la première établie sur le continent américain. Peu après d'autres furent créées par deux autres conquistadores qui en avaient obtenu l'autorisation, le privilège accordé à Colomb ayant été négligé par le gouvernement castillan. La zone de terre ferme connue de ce côté fut divisée pour eux en deux gouvernements : la Castille d'or et la Nouvelle-Andalousie. 

La Nouvelle-Andalousie s'étendait le long du rivage de l'Atlantique, du cap de la Vela au golfe d'Uraba; la Castille d'or du golfe d'Uraba au cap Gracias a Dios. On ne soupçonnait pas que derrière la première il y avait des milliers de kilomètres de terre et derrière l'autre une étroite bande, puis l'océan Pacifique. Néanmoins, une querelle éclata entre les deux concessionnaires, Nicuesa et Ojeda et c'est le pilote Juan de la Cosa, compagnon d'Ojeda, dans son premier voyage de 1499 qui les mit d'accord en fixant comme limite les bouches de l'Atrato. Ojeda fonda la colonie de San-Sebastian d'Uraba et Nicuesa celle de Nombre de Dios; puis Santa-Maria la Antigua, sur la côte de Darien, devint le premier évêché du continent américain. Aucune de ces colonies ne dura; l'évêché fut transféré à Panama qui peut ainsi prétendre au titre de cité la plus ancienne de Colombie. Ces côtes étaient peuplées par des populations du groupe caraïbe qui opposa aux envahisseurs une résistance opiniâtre. Ces luttes sauvages contribuèrent beaucoup à donner à la conquête espagnole le caractère de férocité qui l'a tristement illustrée.

Cependant les découvertes suivaient leurs cours. Vasco Nunez de Balboa découvrait la mer du Sud le 25 septembre 1512, jour de la Saint-Michel, il poussait son cheval dans les flots du Pacifique. En 1526, Pizarro et Almagro longaient la côte du Pacifique en se dirigeant vers le Sud à partir du golfe San-Miguel ou Saint-Michel. L'année précédente, Bastidas avait fondé la colonie de Santa-Maria, la seconde ville du continent par ordre d'ancienneté. Il essaya de la politique de conciliation avec les Indiens; mais ses soldats exaspérés le tuèrent; la guerre commença avec les Indiens et longtemps les colons furent tenus en échec. Pedro Vadillo ravagea la Ramada, région côtière à l'Est de Santa Marta; le rio Magdalena fut découvert par le Portugais Melo et remonté jusqu'au confluent du Cauca. En 1535, don Pedro Fernandez Lugo fut nommé gouverneur et capitaine général de la province. C'est lui qui fut le véritable organisateur de la domination espagnole dans cette contrée. En 1536, de la colonie de Santa Marta partit une expédition commandée par le légiste Gonzalo Jimenez de Quesada. Elle remonta le rio Magdalena. Des 820 hommes, au bout d'une année il n'en restait que 160 avec lesquels Quesada parvint à la haute plaine de Bogota appelée par les indigènes Cundinamarca. Là se trouvait la capitale des Indiens Chibchas ou Muyscas. 

Ces Indiens avaient organisé au centre du massif des Andes un empire d'une civilisation presque aussi avancée que celle des Aztèques et des Incas. Répartis par villages, les Chibchas s'adonnaient à l'agriculture, tissaient le coton pour se vêtir. Le peuple des Chibchas, comptant environ1 200 000 personnes, dit-on, était le principal de ceux qui s'étendaient dans le territoire de la Colombie actuelle; au Sud se trouvaient les Panches et les Sutagaos; dans la haute vallée du Cauca vivait la tribu des Coconucos. Nous ne pouvons poursuivre, plus loin cette énumération où défileraient les noms de trente ou quarante populations indiennes. Le seul empire organisé était celui des Chibchas. Au moment où Quesada pénétrait dans la plaine de Bogota, deux autres expéditions espagnoles venant de I'Est et du Sud y pénétraient aussi. La première, dirigée par Federmann, venait du Venezuela à la recherche de l'Eldorado; la seconde, dirigée par Benalcazar, complétait au Nord les conquêtes de Pizarro. Un conflit faillit éclater; mais on remarqua que chacune des bandes comptait 160 hommes dont un moine et un prêtre. Frappés de cette coïncidence, les superstitieux Espagnols se mirent d'accord.

Quesada garda le pays, moyennant une indemnité payée aux deux autres. Il le baptisa Nouveau Royaume de Grenade. Vers 1540 tout le territoire de ce qui deviendrait la Colombie était exploré et à peu près soumis par les Espagnols. Partout se formaient dans la péninsule espagnole des associations pour l'exploitation du nouveau monde. Les soldats, les gentilshommes ruinés, les cadets de famille, les aventuriers de toute espèce qui les recrutaient, étaient violents et sans scrupules. 

« On nommait adelantado ou chef celui qui avait provision royale pour s'approprier les biens des peuples qu'il arrivait à conquérir, biens dont un cinquième était réservé au roi; mais le plus souvent le titre d'adelantado donné par la couronne n'avait aucune importance et c'était la bande des aventuriers elle-même qui le décernait au plus méritant ou au plus offrant. En général, chaque explorateur était accompagné d'un aumônier et d'un greffier, ce qui est un des traits les plus caractéristiques de la conquête. En fait d'instruments, rien n'était plus intéressant pour un adelantado, après la lance ou le mousquet, que d'avoir une balance pour peser l'or des butins. » (Pereira).
La conquête ne fut régulièrement organisée que plus tard, malheureusement pour les Indiens qui furent en butte à d'effroyables traitements de la part des bandes anarchiques, uniquement avides d'or. Si les Caraïbes de la côte avaient donné lieu à ces violences par leur résistance, les Indiens de la montagne, d'humeur douce et obéissante, en furent bien injustement victimes. Des huit millions de personnes qui vivaient alors sur le territoire colombien actuel, la grande majorité périt victime de la brutalité des conquérants. 

Voici quelques détails sur cette lamentable histoire. En 1510, les Turbacos défirent les troupes d'Ojeda, près de l'emplacement où s'éleva Carthagène. C'est le fondateur de cette ville, don Pedro de Hérédia qui, à partir de 1532, fit la conquête de la région avoisinante de Sinu. Ses soldats s'y enrichirent tellement que déduction faite du cinquième du butin réservé au roi, des parts de gouverneur, de l'hôpital, des capitaines, des malades, chaque soldat reçut 6000 ducats d'or. 

Revenons maintenant au récit de la grande expédition de Quesada, le conquérant de Bogota et le fondateur du royaume de Nouvelle-Grenade. Quesada et son frère, le cruel Hernan Perez, réussirent à s'emparer de la personne du roi des Chibchas, puis de la ville sacrée d'Iraca où ils brûlèrent le fameux temple du soleil; l'empereur ou Zipa et son puissant vassal et rival, le Zaque des Hunzas, furent successivement vaincus et mis à mort. Dans la vaste plaine de Bagata ou Bogota Quesada fonda, le 6 août 1538, la ville de Santa Fe (aujourd'hui appelée Bogota). Les vaincus furent réduits à une condition servile et distribués entre les conquérants. Un peu plus tard, Gonzalo Suarez Rondon fonda plus au Nord la ville de Tunja sur l'emplacement de l'ancienne capitale des Hunzas. Mais en dehors des terres froides d'autres tribus conservèrent leur indépendance, quelques-unes jusqu'au début du XXe siècle, les Panches, les Sutagaos et les Colimas jusqu'à la fin du XVIIe siècle

Ce n'est qu'à la même époque que les tribus du haut Magdalena, les Pijaos, purent être domptés (on les extermina, en fait). Plus au Nord les tribus qui habitaient la région d'Antioquia furent soumises en 1537 par Francisco Cesar, parti de San Sebastian d'Uraba. En 1541, Jorge Robledo fonda la ville d'Antioquia. Mais en 1546 il fut victime d'un conflit qui se produisit entre les conquérants venus de l'Atlantique et ceux qui, établis au Pérou, remontaient au Nord Sébastien de Benalcazar, lieutenant de Pizarro, après avoir conquis le pays de Quito, continuant sa marche, occupa la région des pastos ou pâturages; dans ces montagnes la lutte fut acharnée entre les Espagnols et les indigènes; mais ceux-ci, manquant de cohésion, succombèrent. Benalcazar créa à son profit la province de Popayan qui embrassa presque tout l'Equateur et les Etats actuels de Cauca, Tolima et Antioquia. En 1539 il découvrit les sources des rios Cauca et Magdalena. 

En 1546, il vainquit et fit périr Jorge Robledo qui lui disputait Antioquia. Une querelle analogue mit aux prises le gouvernement de Santa-Marta et les bandes amenées dans l'intérieur par Quesada. En 1540 Jeronimo Lebron voulut prendre possession de ces territoires ; il remonta le Magdalena avec 300 hommes, amenant avec lui les premières femmes espagnoles qui se soient établies dans l'intérieur de la Colombie et les premiers esclaves noirs. Il ne réussit pas à se faire reconnaître; le royaume de Nouvelle-Grenade était déjà trop important pour se soumettre au gouverneur de Santa Marta. Celui-ci put se faire reconnaître à Veley (Etat de Santander) mais non à Tunja et Bogota. C'est cette dernière ville qui devint le centre des colonies espagnoles de ce côté de l'Amérique. Avant d'entamer le récit, quelque peu monotone, de l'administration espagnole dans la Nouvelle-Grenade, nous placerons ici quelques détails sur la colonisation, empruntés à l'excellent ouvrage de Ricardo S. Pereira (Les Etats-Unis de Colombie, Paris, 1883, résumé composé à l'occasion du congrès international de géographie de Venise) :

 « Ce qu'on appelait la fondation d'une ville n'était, la plupart du temps, que le partage d'une population indigène que les conquérants se distribuaient entre eux, hommes et biens. Les terres étaient adjugées sous certaines réserves, en toute propriété, aux colons, et les habitants leur étaient confiés pour un certain temps. De là le titre d'encomendero donné aux Espagnols qui devenaient, par acte authentique, les propriétaires d'une certaine étendue de territoire et des Indiens qui l'habitaient ou qui voulaient s'y établir par la suite. Les Indiens devenaient ainsi de vrais serfs de la glèbe, de sorte que, quoique les lois espagnoles défendissent sous des peines sévères l'esclavage des indigènes, elles autorisaient d'autre part le servage, ce qui n'était guère plus humain. 

Du reste, les monarques castillans avaient beau faire des lois pour éviter la destruction des Indiens, elles restaient toujours lettre morte, car, à l'exception de quelques missionnaires, personne ne songeait dans les colonies à en demander l'application. Une fois la distribution des terres terminée, on bâtissait en commun une chaumière plus grande que les autres, destinée au culte, et qui occupait toujours le côté oriental de la place publique ou plaza Mayor de la future ville.

A côté de l'église s'élevait la maison du curé; puis, sur le côté gauche de la place, l'hôtel de ville, et enfin tout autour, formant des rues coupées à angle droit, toutes les autres habitations. Du reste, tout cela était prévu et arrangé par une loi spéciale qui déterminait jusqu'à la largeur des rues, suivant les climats. Ainsi furent fondées successivement Panama, Santa Marta, Carthagène, Cali, Bogota et les autres villes de la Nouvelle-Grenade. Les souvenirs tout récents des guerres des communes de Castille et d'Aragon, l'amour de leurs fueros ou franchises municipales, qu'emportaient avec eux les conquérants, leur firent donner à leurs premiers établissements une organisation assez démocratique. 

Ainsi le gouvernement de la colonie était confié à un magistrat portant le titre d'alguazil mayor, et qui était assisté dans ses fonctions par les regidores, membre du Cabildo ou conseil municipal, élus par le peuple. Mais cette organisation primitive, qui aurait pu porter les nouvelles colonies à un degré de développement fort considérable et leur donner de très bonne heure des velléités d'indépendance, ne pouvait pas convenir à des monarques absolus, qui ne voyaient pas d'un bon oeil l'instruction ni les progrès de leurs peuples, pas plus en Espagne qu'en Amérique. Ils en voulaient faire des troupeaux dociles, et il est certain que, grâce à l'Inquisition et à la formidable centralisation établie par Philippe II, ils n'y réussirent malheureusement que trop. »

Les lois spéciales appliquées au gouvernement des Indes espagnoles par le conseil des Indes, l'étaient en premier ressort par les audiences royales, sortes de conseils politiques et judiciaires, à attributions vagues mais considérables. Sur le territoire actuel de la Colombie furent établies celles de Panama et de Santa-Fé, relevant du secrétariat de la Nouvelle Espagne. De même celle de Quito (Équateur) dont l'autorité s'étendait sur le Sud de la Colombie actuelle. Lorsque l'Inquisition eut été introduite en Amérique (1571), un de ses trois tribunaux siégea à Carthagène. L'audience royale de Santa-Fé de Bogota fut établie le 7 avril 1550, les colons la souhaitaient vivement pour avoir enfin un gouvernement régulier, bientôt ils s'en plaignirent et en 1564 fut organisée la présidence. Le premier président, D. André Venero de Leyva, se fit apprécier de ses administrés (1564-1575). Après un intérim vinrent D. Lope Diez Aux de Armendaris (1578-1580), Monzon Orosco, successivement destitués à raison de leurs abus. Pendant ce temps, les corsaires anglais pillaient et rançonnaient les villes de la côte : Drake et Robert Baal sont les plus célèbres. Le premier gouverneur de cape et d'épée fut D. Antonio Gonzalez (1590-1597), puis vinrent D. Francisco de Sande (1597-1603) et D. Juan de Bosja (1605-1628). Ceux-ci luttèrent à l'intérieur contre les Indiens Pijeios qu'ils finirent par écraser. 

Ils virent s'établir et prospérer les missions des jésuites qui parvinrent notamment dans la région de Tunja (Etat de Boyaca) à une richesse légendaire et développèrent beaucoup l'agriculture. Boja favorisa l'instruction et fit rédiger une grammaire de la langue muysca ou chibia. Les gouverneurs D. Sancho Giron (1630) et D. Martin de Saavedra y Guzman n'eurent guère d'autre souci que l'exploitation de la colonie à leur profit personnel. Vinrent ensuite : D. Juan Fernandez Cordova y Coalla (1645), D. Dioniso Perez Manrique (1654), D. Diego Egues de Beaumont (1662), D. Diego del Corro y Carracal (1666); D. Diego de Villalba y Toledo (1667), l'évêque de Popayan D. Melchior Linan y Cisneros (1671). Plusieurs de ces gouverneurs furent suspendus ou destitués par un Visitador chargé de les surveiller. Les derniers eurent à lutter contre les célèbres boucaniers de l'île de la Tortue, Moyan surtout, qui saccagèrent toutes les villes du littoral, même la forte place de Panama fut prise en 1671.

Les concussions des gouverneurs et des auditeurs, qui firent l'intérim de 1674 à 1679, pesaient lourdement sur les colons. Puis éclata un conflit entre les autorités civiles et religieuses, sous le gouverneur D. Francisco del Castillo y Concha (1679-1686). Le suivant, D Gil de Cabrera y Danalos (1687-1703), eut à combattre les marins français en 1697. Pointis s'empara de Carthagène et y fit un butin de quarante millions de francs. En 1698 les Ecossais tentèrent de fonder dans le Darien une colonie, ils furent expulsés. Après D. Diego Cordova Lasso de la Vega (1703-1711), le pouvoir revint aux auditeurs qui surent se défaire de son successeur, D. Francisco Meneses de Bravo y Saravia; après D. Nicolas Infante de Venegas (1715-1718), D. Antonio de Pedroza y Guerrero fit ériger la présidence en vice-royauté dont il fut le premier titulaire (1718). En 1724, elle redevint présidence sous D. Jorge Villalonga. Les présidents suivants furent D. Antonio Manso Maldonado (1725-1731), D. Rafael Eslabà (1733-1737), D. Antonio Gonzalez Manrique (1737), D. Francisco Gonzalez Manrique (1738), puis la colonie fut définitivement érigée en vice-royauté le 20 août 1739.

La Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade

La vice-royauté du nouveau royaume de Grenade comprit les provinces des anciennes audiences de Panama, Santa-Fe et Quito, c.-à-d. celles de Terre-Ferme (Etat de Panama), de Carthagène (Etat de Bolivar), de Santa-Marta, Rio Hacha (Etat de Magdalena), de Maracaïbo, Caracas, Cumana, Guyane (république du Venezuela), d'Antioquia (Etat d'Antioquia), de Pamplona, Soccoro (État de Santander), de Tunja (Etat de Boyaca), de Santa Fé (Etat de Cundinamarca), de Neiva, Mariquita (Etat du Tolima), de Popayan, Pasto (Etat du Cauca), de Quito, Cuenca, Guayaquil (république de l'Équateur). Les vice-rois furent en général très supérieurs aux présidents et plusieurs rendirent à la colonie de signalés services. Le premier, D. Sebastian de Eslaba, se fixa à Carthagène. Malgré une grande infériorité numérique, il repoussa avec des pertes énormes l'attaque de l'amiral anglais Vernon. D. José Alphonso Pizarro, qui établit le monopole de l'eau-de-vie (Estanco), D. José Solis Folch de Cordova (1753-1761) furent d'excellents administrateurs qui donnèrent leur attention aux travaux publics. D. Pedro Mesia de la Cerda, marquis de la Vega de Armijo (1761-1773), réorganisa les finances; c'est à ce moment qu'eut lieu l'expulsion des jésuites. En 1773 fut nommé vice-roi D. Manuel de Guircoi; en 1777 on détacha les provinces orientales (Maracaïbo, Casacas, Cumana, Guyane) pour constituer la capitainerie générale du Venezuela confiée au vice-roi D. Manuel Antonio de Florez. Les théories libérales de ce dernier effrayèrent la cour d'Espagne qui le transféra à Carthagène et expédia un commissaire royal, Gutierrez de Pineres, pour le contrôler. Les agissements de Gutierrez provoquèrent une insurrection qui a été considérée depuis comme le prologue de celle qui aboutit à la proclamation de l'indépendance des colonies espagnoles. 

Le 16 mars 1781, jour de marché, dans la ville de Soccoro, une femme du peuple, Maria Antonia Vargas, abattit l'écusson aux armes d'Espagne qui ornait l'hôtel de ville, arracha les édits royaux promulguant de nouveaux impôts. La révolte devint générale dans la province et dans celles d'alentour. Près de vingt mille insurgés s'assemblèrent et marchèrent sur Santa Fe de Bogota. Les pouvoirs constitués, incapables de résister, négocièrent. A Zypapiora, à 40 kilomètres au Nord de la capitale, fut conclu un pacte, par l'entremise de l'archevêque de Santa Fé; entre lui et les délégués de l'audience d'une part, les chefs des insurgés de l'autre furent convenue et jurée sur les évangiles une amnistie générale et l'abolition des nouveaux impôts. Dès qu'arrivèrent les renforts appelés de Carthagène cette convention fut annulée, les chefs des Comuneros saisis et cruellement suppliciés. Ils ont depuis été considérés comme martyrs et les noms de José Antonio Galan, de Lorenzo Alcantuz, de Isidro Molina et de Manuel Ortiz furent honorés par les républicains colombiens. Après D. Juan de Torrezal Diaz Pimenta, la vice-royauté fut confiée à l'archevêque de Santa Fé de Bogota, D. Antonio Caballero y Gongora (1782-1789). Il fit presque oublier par son administration son odieuse conduite vis-à-vis des Comuneros. Il s'intéressa vivement aux sciences naturelles et fit préparer une Flore équinoxale; il appela des ingénieurs pour relever l'industrie minière. 

Après le court gouvernement de D. Francisco Gil de Lemos, vint D. Jose de Ezpeleta (1789-1797), le meilleur peut-être des vice-rois espagnols, en tout cas le plus libéral. Bogota eut un journal (1791), un théâtre (1793). Les idées de la Révolution française se répandaient dans l'Amérique du Sud; à Bogota, Nariño traduisit la Déclaration des Droits de l'homme, et la répandit. Une conspiration se noua, le vice-roi l'étouffa sans effusion de sang; les plus compromis furent transportés en Espagne où on les envoya aux galères. Sous le vice-roi D. Pedro Mendinneta y Musquiz (1797-1803) eut lieu un recensement qui accusa deux millions d'habitants dans la Nouvelle-Grenade (y compris l'Equateur). En 1801 eut lieu la visite célèbre d'Alexandre de Humboldt. D. Antonio Amar y Borbon (1803) fut le dernier vice-roi espagnol reconnu par les colons. La chute de la monarchie bourbonienne en Espagne prépara l'indépendance des colonies. Napoléon chercha à faire accepter par les colonies espagnoles son autorité établie dans la métropole. Quelques-uns des gouverneurs à qui il promettait de les maintenir dans leurs charges et dignités eussent voulu accepter; mais la population était opposée et chassa les agents de Napoléon, manifestant son hostilité contre les Français. Elle voulait rester fidèle à ses anciens souverains. Les deux juntes qui s'étaient constituées en Espagne pour résister à Napoléon envoyèrent chacune un agent à la Nouvelle-Grenade; mais ceux-ci entrèrent en rivalité; on ne sut à qui obéir. (GE).

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