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La
conquête par les Espagnols
La région
Nord-Ouest de l'Amérique
du Sud, région septentrionale de la chaîne des Andes où
s'est formée la république des Etats-Unis de Colombie, a
une unité assez marquée pour avoir toujours été
un groupement politique distinct compris entre l'Amazone au Sud et l'Orénoque
à l'Est. Il a d'ailleurs à plusieurs reprises dépassé
ses limites actuelles. Les premiers Européens
qui parurent dans cette région furent, en 1499,
Ojeda
et Amerigo Vespucci. En 1501,
Rodrigo de Bastidas longea toute la côte septentrionale depuis Rio
Hacha jusqu'à l'isthme de Panama .
En 1502,
Christophe
Colomb, qui avait peut-être aperçu dès 1498
le cap de la Vela, inaugura les explorations sérieuses du territoire
qui, par une tardive justice, a reçu son nom. Il tenta de fonder
à Veraguas, dans l'isthme de Panama, une colonie espagnole qui est
la première établie sur le continent américain. Peu
après d'autres furent créées par deux autres conquistadores
qui en avaient obtenu l'autorisation, le privilège accordé
à Colomb ayant été négligé par le gouvernement
castillan. La zone de terre ferme connue de ce côté fut divisée
pour eux en deux gouvernements : la Castille d'or et la Nouvelle-Andalousie.
La Nouvelle-Andalousie
s'étendait le long du rivage de l'Atlantique ,
du cap de la Vela au golfe d'Uraba; la Castille d'or du golfe d'Uraba au
cap Gracias a Dios. On ne soupçonnait pas que derrière la
première il y avait des milliers de kilomètres de terre et
derrière l'autre une étroite bande, puis l'océan Pacifique .
Néanmoins, une querelle éclata entre les deux concessionnaires,
Nicuesa et Ojeda et c'est le pilote Juan
de la Cosa, compagnon d'Ojeda, dans son premier voyage de 1499
qui les mit d'accord en fixant comme limite les bouches de l'Atrato. Ojeda
fonda la colonie de San-Sebastian d'Uraba et Nicuesa celle de Nombre de
Dios; puis Santa-Maria la Antigua, sur la côte de Darien, devint
le premier évêché du continent américain. Aucune
de ces colonies ne dura; l'évêché fut transféré
à Panama qui peut ainsi prétendre au titre de cité
la plus ancienne de Colombie. Ces côtes étaient peuplées
par des populations du groupe caraïbe qui opposa aux envahisseurs
une résistance opiniâtre. Ces luttes sauvages contribuèrent
beaucoup à donner à la conquête espagnole le caractère
de férocité qui l'a tristement illustrée.
Cependant les découvertes
suivaient leurs cours. Vasco Nunez de Balboa découvrait
la mer du Sud le 25 septembre 1512,
jour de la Saint-Michel, il poussait son cheval dans les flots du Pacifique .
En 1526,
Pizarro
et Almagro longaient la côte du Pacifique
en se dirigeant vers le Sud à partir du golfe San-Miguel ou Saint-Michel.
L'année précédente, Bastidas avait fondé la
colonie de Santa-Maria, la seconde ville du continent par ordre d'ancienneté.
Il essaya de la politique de conciliation avec les Indiens; mais ses soldats
exaspérés le tuèrent; la guerre commença avec
les Indiens et longtemps les colons furent tenus en échec. Pedro
Vadillo ravagea la Ramada, région côtière à
l'Est de Santa Marta; le rio Magdalena fut découvert par le Portugais
Melo et remonté jusqu'au confluent du Cauca. En 1535,
don Pedro Fernandez Lugo fut nommé gouverneur et capitaine général
de la province. C'est lui qui fut le véritable organisateur de la
domination espagnole dans cette contrée. En 1536,
de la colonie de Santa Marta partit une expédition commandée
par le légiste Gonzalo Jimenez de Quesada.
Elle remonta le rio Magdalena. Des 820 hommes, au bout d'une année
il n'en restait que 160 avec lesquels Quesada parvint à la haute
plaine de Bogota
appelée par les indigènes Cundinamarca. Là se trouvait
la capitale des Indiens Chibchas ou Muyscas.
Ces Indiens avaient
organisé au centre du massif des Andes un empire d'une civilisation
presque aussi avancée que celle des Aztèques et des Incas.
Répartis par villages, les Chibchas
s'adonnaient à l'agriculture, tissaient le coton pour se vêtir.
Le peuple des Chibchas, comptant environ1 200 000 personnes, dit-on, était
le principal de ceux qui s'étendaient dans le territoire de la Colombie
actuelle; au Sud se trouvaient les Panches et les Sutagaos; dans la haute
vallée du Cauca vivait la tribu des Coconucos. Nous ne pouvons poursuivre,
plus loin cette énumération où défileraient
les noms de trente ou quarante populations indiennes. Le seul empire organisé
était celui des Chibchas. Au moment où Quesada
pénétrait dans la plaine de Bogota ,
deux autres expéditions espagnoles venant de I'Est et du Sud y pénétraient
aussi. La première, dirigée par Federmann, venait du Venezuela
à la recherche de l'Eldorado ;
la seconde, dirigée par Benalcazar,
complétait au Nord les conquêtes de Pizarro.
Un conflit faillit éclater; mais on remarqua que chacune des bandes
comptait 160 hommes dont un moine et un prêtre. Frappés de
cette coïncidence, les superstitieux Espagnols
se mirent d'accord.
Quesada garda le
pays, moyennant une indemnité payée aux deux autres. Il le
baptisa Nouveau Royaume de Grenade. Vers 1540
tout le territoire de ce qui deviendrait la Colombie était exploré
et à peu près soumis par les Espagnols.
Partout se formaient dans la péninsule espagnole des associations
pour l'exploitation du nouveau monde. Les soldats, les gentilshommes ruinés,
les cadets de famille, les aventuriers de toute espèce qui les recrutaient,
étaient violents et sans scrupules.
«
On nommait adelantado ou chef celui qui avait provision royale pour s'approprier
les biens des peuples qu'il arrivait à conquérir, biens dont
un cinquième était réservé au roi; mais le
plus souvent le titre d'adelantado donné par la couronne n'avait
aucune importance et c'était la bande des aventuriers elle-même
qui le décernait au plus méritant ou au plus offrant. En
général, chaque explorateur était accompagné
d'un aumônier et d'un greffier, ce qui est un des traits les plus
caractéristiques de la conquête. En fait d'instruments, rien
n'était plus intéressant pour un adelantado, après
la lance ou le mousquet, que d'avoir une balance pour peser l'or des butins.
» (Pereira).
La conquête ne
fut régulièrement organisée que plus tard, malheureusement
pour les Indiens qui furent en butte à d'effroyables traitements
de la part des bandes anarchiques, uniquement avides d'or. Si les Caraïbes
de la côte avaient donné lieu à ces violences par leur
résistance, les Indiens de la montagne, d'humeur douce et obéissante,
en furent bien injustement victimes. Des huit millions de personnes qui
vivaient alors sur le territoire colombien actuel, la grande majorité
périt victime de la brutalité des conquérants.
Voici quelques détails
sur cette lamentable histoire. En 1510,
les Turbacos défirent les troupes d'Ojeda,
près de l'emplacement où s'éleva Carthagène .
C'est le fondateur de cette ville, don Pedro de Hérédia qui,
à partir de 1532,
fit la conquête de la région avoisinante de Sinu. Ses soldats
s'y enrichirent tellement que déduction faite du cinquième
du butin réservé au roi, des parts de gouverneur, de l'hôpital,
des capitaines, des malades, chaque soldat reçut 6000 ducats d'or.
Revenons maintenant
au récit de la grande expédition de Quesada,
le conquérant de Bogota
et le fondateur du royaume de Nouvelle-Grenade. Quesada et son frère,
le cruel Hernan Perez, réussirent à s'emparer de la personne
du roi des Chibchas, puis de la ville
sacrée d'Iraca où ils brûlèrent le fameux temple
du soleil; l'empereur ou Zipa et son puissant vassal et rival, le Zaque
des Hunzas, furent successivement vaincus et mis à mort. Dans la
vaste plaine de Bagata ou Bogota Quesada fonda, le 6 août 1538,
la ville de Santa Fe (aujourd'hui appelée Bogota). Les vaincus furent
réduits à une condition servile et distribués entre
les conquérants. Un peu plus tard, Gonzalo Suarez Rondon fonda plus
au Nord la ville de Tunja sur l'emplacement de l'ancienne capitale des
Hunzas. Mais en dehors des terres froides d'autres tribus conservèrent
leur indépendance, quelques-unes jusqu'au début du XXe
siècle, les Panches, les Sutagaos
et les Colimas jusqu'à la fin du XVIIe
siècle.
Ce n'est qu'à
la même époque que les tribus du haut Magdalena, les Pijaos,
purent être domptés (on les extermina, en fait). Plus au Nord
les tribus qui habitaient la région d'Antioquia furent soumises
en 1537
par Francisco Cesar, parti de San Sebastian d'Uraba. En 1541,
Jorge Robledo fonda la ville d'Antioquia. Mais en 1546
il fut victime d'un conflit qui se produisit entre les conquérants
venus de l'Atlantique
et ceux qui, établis au Pérou ,
remontaient au Nord Sébastien de Benalcazar,
lieutenant de Pizarro, après avoir conquis
le pays de Quito ,
continuant sa marche, occupa la région des pastos ou pâturages;
dans ces montagnes la lutte fut acharnée entre les Espagnols
et les indigènes; mais ceux-ci, manquant de cohésion, succombèrent.
Benalcazar créa à son profit la province de Popayan qui embrassa
presque tout l'Equateur
et les Etats actuels de Cauca, Tolima et Antioquia. En 1539
il découvrit les sources des rios Cauca et Magdalena.
En 1546,
il vainquit et fit périr Jorge Robledo qui lui disputait Antioquia.
Une querelle analogue mit aux prises le gouvernement de Santa-Marta et
les bandes amenées dans l'intérieur par Quesada.
En 1540
Jeronimo Lebron voulut prendre possession de ces territoires ; il remonta
le Magdalena avec 300 hommes, amenant avec lui les premières femmes
espagnoles qui se soient établies dans l'intérieur de la
Colombie et les premiers esclaves noirs. Il ne réussit pas à
se faire reconnaître; le royaume de Nouvelle-Grenade était
déjà trop important pour se soumettre au gouverneur de Santa
Marta. Celui-ci put se faire reconnaître à Veley (Etat de
Santander) mais non à Tunja et Bogota .
C'est cette dernière ville qui devint le centre des colonies espagnoles
de ce côté de l'Amérique .
Avant d'entamer le récit, quelque peu monotone, de l'administration
espagnole dans la Nouvelle-Grenade, nous placerons ici quelques détails
sur la colonisation, empruntés à l'excellent ouvrage de Ricardo
S. Pereira (Les Etats-Unis de Colombie, Paris, 1883, résumé
composé à l'occasion du congrès international de géographie
de Venise )
:
«
Ce qu'on appelait la fondation d'une ville n'était, la plupart du
temps, que le partage d'une population indigène que les conquérants
se distribuaient entre eux, hommes et biens. Les terres étaient
adjugées sous certaines réserves, en toute propriété,
aux colons, et les habitants leur étaient confiés pour un
certain temps. De là le titre d'encomendero donné aux Espagnols
qui devenaient, par acte authentique, les propriétaires d'une certaine
étendue de territoire et des Indiens qui l'habitaient ou qui voulaient
s'y établir par la suite. Les Indiens devenaient ainsi de vrais
serfs de la glèbe, de sorte que, quoique les lois espagnoles défendissent
sous des peines sévères l'esclavage des indigènes,
elles autorisaient d'autre part le servage, ce qui n'était guère
plus humain.
Du
reste, les monarques castillans avaient beau faire des lois pour éviter
la destruction des Indiens, elles restaient toujours lettre morte, car,
à l'exception de quelques missionnaires, personne ne songeait dans
les colonies à en demander l'application. Une fois la distribution
des terres terminée, on bâtissait en commun une chaumière
plus grande que les autres, destinée au culte, et qui occupait toujours
le côté oriental de la place publique ou plaza Mayor de la
future ville.
A côté
de l'église s'élevait la maison du curé; puis, sur
le côté gauche de la place, l'hôtel de ville, et enfin
tout autour, formant des rues coupées à angle droit, toutes
les autres habitations. Du reste, tout cela était prévu et
arrangé par une loi spéciale qui déterminait jusqu'à
la largeur des rues, suivant les climats. Ainsi furent fondées successivement
Panama, Santa Marta, Carthagène, Cali, Bogota et les autres villes
de la Nouvelle-Grenade. Les souvenirs tout récents des guerres des
communes de Castille et d'Aragon, l'amour de leurs fueros ou franchises
municipales, qu'emportaient avec eux les conquérants, leur firent
donner à leurs premiers établissements une organisation assez
démocratique.
Ainsi
le gouvernement de la colonie était confié à un magistrat
portant le titre d'alguazil mayor, et qui était assisté dans
ses fonctions par les regidores, membre du Cabildo ou conseil municipal,
élus par le peuple. Mais cette organisation primitive, qui aurait
pu porter les nouvelles colonies à un degré de développement
fort considérable et leur donner de très bonne heure des
velléités d'indépendance, ne pouvait pas convenir
à des monarques absolus, qui ne voyaient pas d'un bon oeil l'instruction
ni les progrès de leurs peuples, pas plus en Espagne qu'en Amérique.
Ils en voulaient faire des troupeaux dociles, et il est certain que, grâce
à l'Inquisition et à la formidable centralisation établie
par Philippe II, ils n'y réussirent malheureusement que trop. »
Les lois spéciales
appliquées au gouvernement des Indes espagnoles par le conseil des
Indes, l'étaient en premier ressort par les audiences royales, sortes
de conseils politiques et judiciaires, à attributions vagues mais
considérables. Sur le territoire actuel de la Colombie furent établies
celles de Panama
et de Santa-Fé ,
relevant du secrétariat de la Nouvelle Espagne. De même celle
de Quito
(Équateur )
dont l'autorité s'étendait sur le Sud de la Colombie actuelle.
Lorsque l'Inquisition
eut été introduite en Amérique (1571),
un de ses trois tribunaux siégea à Carthagène .
L'audience royale de Santa-Fé de Bogota fut établie le 7
avril 1550,
les colons la souhaitaient vivement pour avoir enfin un gouvernement régulier,
bientôt ils s'en plaignirent et en 1564
fut organisée la présidence. Le premier président,
D. André Venero de Leyva, se fit apprécier de ses administrés
(1564-1575).
Après un intérim vinrent D. Lope Diez Aux de Armendaris (1578-1580),
Monzon Orosco, successivement destitués à raison de leurs
abus. Pendant ce temps, les corsaires anglais pillaient et rançonnaient
les villes de la côte : Drake et Robert Baal
sont les plus célèbres. Le premier gouverneur de cape et
d'épée fut D. Antonio Gonzalez (1590-1597),
puis vinrent D. Francisco de Sande (1597-1603)
et D. Juan de Bosja (1605-1628).
Ceux-ci luttèrent à l'intérieur contre les Indiens
Pijeios qu'ils finirent par écraser.
Ils virent s'établir
et prospérer les missions des jésuites
qui parvinrent notamment dans la région de Tunja (Etat de Boyaca)
à une richesse légendaire et développèrent
beaucoup l'agriculture. Boja favorisa l'instruction et fit rédiger
une grammaire
de la langue muysca ou chibia. Les gouverneurs D. Sancho Giron (1630)
et D. Martin de Saavedra y Guzman n'eurent guère d'autre souci que
l'exploitation de la colonie à leur profit personnel. Vinrent ensuite
: D. Juan Fernandez Cordova y Coalla (1645),
D. Dioniso Perez Manrique (1654),
D. Diego Egues de Beaumont (1662),
D. Diego del Corro y Carracal (1666);
D. Diego de Villalba y Toledo (1667),
l'évêque de Popayan D. Melchior Linan y Cisneros (1671).
Plusieurs de ces gouverneurs furent suspendus ou destitués par un
Visitador chargé de les surveiller. Les derniers eurent à
lutter contre les célèbres boucaniers
de l'île de la Tortue, Moyan surtout, qui saccagèrent toutes
les villes du littoral, même la forte place de Panama
fut prise en 1671.
Les concussions des
gouverneurs et des auditeurs, qui firent l'intérim de 1674
à 1679,
pesaient lourdement sur les colons. Puis éclata un conflit entre
les autorités civiles et religieuses, sous le gouverneur D. Francisco
del Castillo y Concha (1679-1686).
Le suivant, D Gil de Cabrera y Danalos (1687-1703),
eut à combattre les marins français en 1697.
Pointis s'empara de Carthagène
et y fit un butin de quarante millions de francs. En 1698
les Ecossais tentèrent de fonder
dans le Darien une colonie, ils furent expulsés. Après D.
Diego Cordova Lasso de la Vega (1703-1711),
le pouvoir revint aux auditeurs qui surent se défaire de son successeur,
D. Francisco Meneses de Bravo y Saravia; après D. Nicolas Infante
de Venegas (1715-1718),
D. Antonio de Pedroza y Guerrero fit ériger la présidence
en vice-royauté dont il fut le premier titulaire (1718).
En 1724,
elle redevint présidence sous D. Jorge Villalonga. Les présidents
suivants furent D. Antonio Manso Maldonado (1725-1731),
D. Rafael Eslabà (1733-1737),
D. Antonio Gonzalez Manrique (1737),
D. Francisco Gonzalez Manrique (1738),
puis la colonie fut définitivement érigée en vice-royauté
le 20 août 1739.
La
Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade
La vice-royauté
du nouveau royaume de Grenade comprit les provinces des anciennes audiences
de Panama, Santa-Fe
et Quito ,
c.-à-d. celles de Terre-Ferme (Etat de Panama ),
de Carthagène
(Etat de Bolivar), de Santa-Marta, Rio Hacha (Etat de Magdalena), de Maracaïbo,
Caracas, Cumana, Guyane (république du Venezuela ),
d'Antioquia (Etat d'Antioquia), de Pamplona, Soccoro (État de Santander),
de Tunja (Etat de Boyaca), de Santa Fé (Etat de Cundinamarca), de
Neiva, Mariquita (Etat du Tolima), de Popayan, Pasto (Etat du Cauca), de
Quito, Cuenca, Guayaquil (république de l'Équateur ).
Les vice-rois furent en général très supérieurs
aux présidents et plusieurs rendirent à la colonie de signalés
services. Le premier, D. Sebastian de Eslaba, se fixa à Carthagène.
Malgré une grande infériorité numérique, il
repoussa avec des pertes énormes l'attaque de l'amiral anglais Vernon.
D. José Alphonso Pizarro, qui établit le monopole de l'eau-de-vie
(Estanco), D. José Solis Folch de Cordova (1753-1761)
furent d'excellents administrateurs qui donnèrent leur attention
aux travaux publics. D. Pedro Mesia de la Cerda, marquis de la Vega de
Armijo (1761-1773),
réorganisa les finances; c'est à ce moment qu'eut lieu l'expulsion
des jésuites. En 1773
fut nommé vice-roi D. Manuel de Guircoi; en 1777
on détacha les provinces orientales (Maracaïbo, Casacas, Cumana,
Guyane) pour constituer la capitainerie générale du Venezuela
confiée au vice-roi D. Manuel Antonio de Florez. Les théories
libérales de ce dernier effrayèrent la cour d'Espagne
qui le transféra à Carthagène et expédia un
commissaire royal, Gutierrez de Pineres, pour le contrôler. Les agissements
de Gutierrez provoquèrent une insurrection qui a été
considérée depuis comme le prologue de celle qui aboutit
à la proclamation de l'indépendance des colonies espagnoles.
Le 16 mars 1781,
jour de marché, dans la ville de Soccoro, une femme du peuple, Maria
Antonia Vargas, abattit l'écusson aux armes d'Espagne
qui ornait l'hôtel de ville, arracha les édits royaux promulguant
de nouveaux impôts. La révolte devint générale
dans la province et dans celles d'alentour. Près de vingt mille
insurgés s'assemblèrent et marchèrent sur Santa Fe
de Bogota .
Les pouvoirs constitués, incapables de résister, négocièrent.
A Zypapiora, à 40 kilomètres au Nord de la capitale, fut
conclu un pacte, par l'entremise de l'archevêque de Santa Fé;
entre lui et les délégués de l'audience d'une part,
les chefs des insurgés de l'autre furent convenue et jurée
sur les évangiles une amnistie générale et l'abolition
des nouveaux impôts. Dès qu'arrivèrent les renforts
appelés de Carthagène
cette convention fut annulée, les chefs des Comuneros saisis et
cruellement suppliciés. Ils ont depuis été considérés
comme martyrs et les noms de José Antonio Galan, de Lorenzo Alcantuz,
de Isidro Molina et de Manuel Ortiz furent honorés par les républicains
colombiens. Après D. Juan de Torrezal Diaz Pimenta, la vice-royauté
fut confiée à l'archevêque de Santa Fé de Bogota,
D. Antonio Caballero y Gongora (1782-1789).
Il fit presque oublier par son administration son odieuse conduite vis-à-vis
des Comuneros. Il s'intéressa vivement aux sciences naturelles et
fit préparer une Flore équinoxale; il appela des ingénieurs
pour relever l'industrie minière.
Après le court
gouvernement de D. Francisco Gil de Lemos, vint D. Jose de Ezpeleta (1789-1797),
le meilleur peut-être des vice-rois espagnols, en tout cas le plus
libéral. Bogota
eut un journal (1791),
un théâtre (1793).
Les idées de la Révolution française se répandaient
dans l'Amérique
du Sud; à Bogota, Nariño traduisit la Déclaration
des Droits de l'homme ,
et la répandit. Une conspiration se noua, le vice-roi l'étouffa
sans effusion de sang; les plus compromis furent transportés en
Espagne
où on les envoya aux galères. Sous le vice-roi D. Pedro Mendinneta
y Musquiz (1797-1803)
eut lieu un recensement qui accusa deux millions d'habitants dans la Nouvelle-Grenade
(y compris l'Equateur ).
En 1801
eut lieu la visite célèbre d'Alexandre
de Humboldt. D. Antonio Amar y Borbon (1803)
fut le dernier vice-roi espagnol reconnu par les colons. La chute de la
monarchie bourbonienne en Espagne prépara l'indépendance
des colonies. Napoléon chercha à
faire accepter par les colonies espagnoles son autorité établie
dans la métropole. Quelques-uns des gouverneurs à qui il
promettait de les maintenir dans leurs charges et dignités eussent
voulu accepter; mais la population était opposée et chassa
les agents de Napoléon, manifestant son hostilité contre
les Français. Elle voulait rester
fidèle à ses anciens souverains. Les deux juntes qui s'étaient
constituées en Espagne pour résister à Napoléon
envoyèrent chacune un agent à la Nouvelle-Grenade; mais ceux-ci
entrèrent en rivalité; on ne sut à qui obéir.
(GE). |
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