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Le Brésil au XIXe siècle
Le règne de l'empereur Pedro Il
Aperçu Le début de la colonisation Les XVIIe et  XVIIIe siècles
Le règne de Pedro I Le règne de Pedro II L'émancipation des esclaves
Dom Pedro II, successeur  de Pedro I sur le trône du Brésil, était âgé de cinq ans. Une régence gouverna l'empire jusqu'en 1840; elle se composa d'abord de trois membres : le marquis de Caravellas, Vergueiro et le général F. de Lima e Silva, formèrent la régence provisoire jusqu'au 17 juin 1831; ce dernier avec Costa Carvalho et Braulio Muniz, la régence définitive qui gouverna jusqu'au 12 octobre 1835. Après l'Acte additionnel, il n'y eut plus qu'un régent unique (1835-1840). Ce fut une époque de troubles. Les partisans du fédéralisme agitèrent les provinces, comme ils l'avaient fait en 1824; le parti qui demandait le retour de D. Pedro Ier, comme régent de l'empire, tenta plusieurs fois, jusqu'à l'année 1834, de renverser le gouvernement de la régence. La guerre civile ensanglanta la Ceará (1831-1832), Pernambuco (1832-1833), le Parà (1831-1833, 1835-1837), qui fut enfin pacifié par le général Andrea, baron de Caçapava, la province de Bahia (1837-1838) jusqu'à la prise de la ville par le général Callado, le Maranhão (1838-1841) que pacifia le général Lima, depuis duc de Caxias, le Rio Grande do Sul (1833-1845). Le parti libéral monarchiste (Liberal Moderado), dont Evaristo da Veiga et Vasconcellos devinrent les chefs, garda le pouvoir depuis 1831 jusqu'en 1837, et eut à lutter contre les fédéralistes, qui étaient presque tous républicains (parti Liberal exaltado), et les réactionnaires (parti Restaurador ou Caramuru) dont les frères d'Andrada, rentrés de l'exil en 1828, et reconciliés avec D. Pedro Ier, devinrent les principaux conseillers. Ce dernier parti demandait le retour de dom Pedro Ier comme régent; mais l'ex-empereur, sollicité par Antonio Carlos d'Andrada en 1833, refusa. Le député Feijò, devenu ministre le 4 juillet 1831, étouffa énergiquement toutes les révoltes suscitées à Rio par les réactionnaires et les républicains, et aux troupes indisci plinées qui avaient profité des mauvais exemples de quelques-uns de leurs chefs et que ceux-ci ne pouvaient plus contenir, il opposa la garde nationale créée par la loi du 18 août 1831. Aux clubs fédéralistes, Evaristo da Veiga opposa la « Société des défenseurs de la liberté et de l'indépentance nationale-» (Sociedade defensora), vaste organisation qui a eu une bien grande influence dans la marche des événements politiques du Brésil. C'est à cette époque (1832), qu'Auguste de Saint-Hilaire traçait un sombre tableau des maux que les discordes produisaient sur les bords de l'Uruguay :
« C'était naguère une des plus belles contrées de l'Amérique méridionale. Ses habitants voulurent se fédérer et commencèrent par se désunir; chaque village, chaque hameau prétendit faire sa patrie à part; d'ignobles chefs s'armèrent de tous côtés; la population fut dispersée ou anéantie [...]. » 
Et, à propos du Brésil qu'il « aimait presque à l'égal de son pays », et qu'il comparait aux Etats-Unis, prospérant sous le régime fédéral, il écrivait : 
« Les Brésiliens, au contraire, ne sauraient établir chez eux le système fédéral sans commencer par rompre les faibles liens qui les unissent encore. Impatients de toute supériorité, plusieurs des chefs hautains de ces patriarchies aristocratiques dont le Brésil est couvert, appellent sans doute le fédéralisme de tous leurs voeux; mais que les Brésiliens se tiennent en garde contre une déception qui les conduirait à l'anarchie et aux vexations d'une foule de petits tyrans mille fois plus insupportables que ne l'est un seul despote. » 
Pour donner satisfaction aux libéraux monarchistes, partisans de l'autonomie provinciale, des réformes constitutionnelles (Acte additionnel) furent votées en 1834. Les fédéralistes demandèrent alors que les présidents de province fussent électifs ou choisis par le gouvernement central sur des listes présentées par les assemblées provinciales; mais la majorité eut la sagesse de repousser ces propositions, qui auraient brisé l'unité nationale et seraient devenues la cause de luttes semblables à celles qui ont entravé les progrès de plusieurs Etats hispano-américains.

Après la réforme constitutionnelle, Feijo fut élu régent de l'empire, qu'il gouverna depuis le 12 octobre 1835. Il réussit à rétablir l'ordre dans le Pernambuco et dans le Parà; mais la guerre civile commença dans le Rio Grande do Sul, et le fédéralisme y dégénéra en guerre séparatiste.

A la mort de l'ex-empereur (1834), la plus grande partie des réactionnaires se réunirent à l'opposition parlementaire qui s'était formée en 1836 dans les rangs du parti libéral monarchiste, et qui avait pour chefs Araujo Lima (marquis d'Olinda) et Bernard de Vasconcellos. Cette fusion donna naissance au parti qui depuis lors prit le nom de conservateur; et qui triompha aux élections de 1836. Le 19 septembre 1837, Feijo démissionna et confia la régence au chef de l'opposition, Araujo Lima, que les électeurs, quelques mois après, confirmèrent dans ce poste. La révolution séparatiste, qui éclata la même année dans la ville de Bahia, fut étouffée et l'ordre fut plus ou moins assuré partout, excepté dans le Rio Grande do Sul. 

A partir de 1836, toute l'histoire politique du Brésil se résume dans la lutte des deux partis constitutionnels, le conservateur et le libéral; la Chambre des députés, conformément à la doctrine défendue par Vasconcellos depuis 1836, devint prépondérante. En 1840, l'opposition libérale commença à demander la déclaration de la majorité du jeune empereur, qui n'avait alors que quinze ans. Hollanda Cavalcanti (vicomte d'Albuquerque) et les Andradas se mirent à la tête de cette agitation; plusieurs conservateurs, comme le marquis de Paranaguà (Villela Barbosa), se rallièrent à cette opinion et l'empereur fut déclaré majeur le 23 juillet (1840). 

Don Pedro II commença son gouvernement avec les libéraux (Hollanda Cavalcanti) : puis, du 23 mars 1841 au 2 février 1844, il gouverna avec des ministères conservateurs (marquis de Paranagué, 23 mars 1841; Carneiro Leão, devenu ensuite marquis de Pavané, 20 février 1843). Le Maranhão fat pacifié par le général Lima, créé baron, puis duc de Caxias, mais une révolution éclata dans le São Paulo et le Minas; où l'ordre fut rétabli par le même général. après la bataille de Santa Luzia (1842). Pendant le gouvernement des libéraux (vicomte de Macahé, 2 février 1844; Fernandes Torres, 2 mai 1846; vicomte de Caravellas, 22 mai 1847; vicomte de Macahé, 8 mars 1848; Paula e Souza, 31 mai 1848), la guerre civile du Rio Grande do Sul, qui avait duré dix ans, fut terminée (1er mars 1845) par le général de Caxias. C'est aussi à cette époque que commencèrent les démêlés du Brésil avec l'Angleterre au sujet du bill Aberdeen (1845) dont nous parlons plus loin. Le 29 septembre 1848, les conservateurs revinrent aux affaires avec le ministère du marquis de Olinda. Une révolution éclata à Pernambuco. 

Peu de mois après, le président Tosta, appuyé de la garde nationale et de quelques troupes, sous le commandement du général Coelho, rétablissait l'ordre (1849). Pendant le règne de dom Pedro Il, la répression de toutes les révoltes a été suivie d'une amnistie. En 1851-1852, le Brésil appuya de son escadre et de son armée les gouvernements de Montevideo, de l'Entre-Rios et de Corrientes contre le dictateur argentin Rosas, qui fut chassé de la Plata après la bataille de Caseros. Le marquis d'Olinda, en divergence avec ses collègues au sujet de la politique à suivre avec la Plata, avait été remplacé dans la présidence du conseil (8 octobre 1849), par le marquis de Monte Alegre (Costa Carvalho). Ce fut après ce changement dans la présidence du conseil que le ministre des affaires étrangères, Paulino de Souza (vicomte d'Uruguay), célébra l'alliance de 1851, qui assura la victoire des libéraux des républiques de Ia Plata, la liberté de la navigation dans les affluents de ce fleuve et l'indépendance de l'Uruguay.

Ce ministère, dont Eusebio de Queiroz était membre, fut fortement appuyé par l'empereur et les Chambres, pour la suppression de la traite des Noirs qui se faisait par contrebande, et qui cessa complètement. Du 3 septembre 1853 au 12 décembre 1858, la politique de conciliation des ministères du marquis de Paranà, du maréchal de Caxias et du marquis d'Olinda, apaisa les inimitiés politiques, et les deux partis, conservateur et libéral, se trouvèrent presque confondus. C'est d'ailleurs de 1850, fin de la période des guerres civiles, que datent véritablement les progrès réalisés par le Brésil. La séparation se fit de nouveau en 1858 avec l'opposition des chefs du parti conservateur au ministère Olinda. Du 12 décembre 1858 au 24 mai 1862, trois cabinets conservateurs se succédèrent: Abaeti (12 décembre), renversé dans les discussions de la réforme des banques, Ferraz (10 août 1859), et Caxias (2 mai 1861). Pendant ce dernier cabinet un grand nombre de conservateurs (Zacarias de Vasconcellos, Olinda, Nabuco, etc.), s'allièrent  à l'opposition et assurèrent l'avènement des libéraux, qui occupèrent le pouvoir sous les ministères de Zacarias de Vasconcelos (24 mai 1862), d'Olinda (30 mai 1861), de Zacarias (15 janvier 1864), de Furtado (31 août 1864), d'Olinda (12 mai 1865), de Zacarias (31 août 1866), jusqu'au retour des conservateurs en 1868. Cette période est signalée par la guerre du Paraguay et par les luttes entre les deux fractions du nouveau parti libéral, c.-à-d. entre les libéraux historiques dirigés par Theophilo Ottoni et leurs nouveaux alliés. 

En 1864, le Brésil, ayant déclaré la guerre à la République de l'Uruguay, prit Paysandu (généraux Menna Barreto et Flores) bloqua (amiral Tamandaré) et assiégea la ville de Montevideo (Menna Barreto et Flores), qui fut forcée de capituler (20 février 1865); mais Lopez, dictateur du Paraguay, ayant envahi le Matto Grosso (novembre 1864), puis la province argentine de Corrientes (avril 1865), une triple alliance fût signée entre le Brésil, la République Argentine et l'Uruguay (1er mai), et les trois Etats entreprirent une guerre longue et difficile, dont, en fait, le Brésil supporta presque tout le poids.

Les Brésiliens débutèrent par la victoire navale de Riachuelo, remportée par l'amiral Barroso sur l'escadre paraguayenne. Une division paraguayenne qui s'avançait sur la rive droite de l'Uruguay fut anéantie à Yatay, par les alliés, sous la conduite de Flores, président de la République Orientale. Un autre corps d'armée, qui avait pénétré dans la province brésilienne de Rio Grande do Sul, fut assiégé à Uruguayana et obligé de mettre bas les armes. L'empereur D. Pedro II se trouvait alors à la tête des alliés, et ce fut dans ce campement qu'il reçut le ministre Thornton, envoyé par l'Angleterre pour lui demander le renouvellement des relations diplomatiques avec le Brésil, rompues dès 1863. Lopez abandonna le Corrientes pour attendre ses ennemis sur le territoire du Paraguay, derrière la ligne du Paranà. En 1866, les alliés réussirent à traverser ce fleuve et à s'emparer des premières positions, après les batailles de Confluencia (Ozorio, général brésilien), d'Estero Bellaco (Flores, général oriental, et Ozorio), et de Tuyuty (Mitre, général argentin, Ozorio et Flores); mais ils durent rester inactifs, en attendant des renforts, devant les retranchements ennemis; cependant au mois de juillet, ils essayèrent, mais sans succès, une attaque du côté de Sauce. Les premiers renforts arrivés, le général brésilien Porto Alegre s'empara de Curuzu; mais, quelques jours après, le même général et le président Mitre échouèrent à l'assaut de Curopaïti (22 septembre 1866). Ce fut alors que le Brésil concentra le commandement de ses armées de terre et de mer entre les mains du maréchal de Caxias, et que presque toute l'armée argentine se retira pour aller réprimer des révoltes et des résistances de gouverneurs de province. 

En 1867, après plusieurs mois d'inaction forcée (le choléra avait ravagé les campements), Caxias commença ses opérations contre les fortifications d'Humaïta. Les cuirassés brésiliens (amiral Inhauma) forcèrent le passage de Curupaïti (1867), ensuite celui d'Humaïta (1868, commodore Delphim de Carvalho). La même année Caxias s'empara de toutes les défenses élevées de ce côté, de celles du Tebicuari et marcha vers le Nord pour attaquer celles d'Angostura et du Pekisiry qui couvraient la route de la capitale. Il y remporta au mois de décembre 1868, les victoires d'Itororo, d'Avahy et de Louras Valentinas qui assurèrent aux alliés Ia possession de toute la ligne du Paraguay. Mais Lopez était allé se fortifier dans l'intérieur du pays, sur la Cordillère d'Ascurra. La dernière campagne fut dirigée par le comte d'Eu (1869-1870), qui prit d'assaut la ville de Piribibuy, écrasa la majeure partie de l'armée de Lopez, conduite par Caballero, à la bataille de Campo Grande, et, fit poursuivre les vaincus dans toutes les directions, au milieu des déserts et des forêts de l'Est et du Nord du Paraguay. Après plusieurs engagements partiels, le général Camara parvint à surprendre, le 1er mars 1870, le campement de Lopez à Cerro Corà. Le dictateur fut tué et la guerre terminée. Le traité, signé en 1872, fixa la frontière, sans que le Brésil ait demandé d'agrandissement de territoire.

La liberté de la navigation sur le Paraguay, interrompue par les hostilités, avait été obtenue par le Brésil dès l'année 1858. En 1867, le Brésil avait ouvert au commerce étranger l'Amazone et une partie de ses affluents. Une série de ministères conservateurs commença en 1868 vicomte d'Itaborahy (16 juillet), qui a terminé la guerre du Paraguay; marquis de São Vicente (29 septembre 1870), vicomte de Rio Branco (7 mars 1871), qui, entre autres réformes, a fait voter la première loi pour l'émancipation graduelle des esclaves; duc de Caxias (25 juin 1875), qui est parvenu à rétablir l'union des conservateurs divisés à la suite de cette réforme. Les libéraux ont ensuite pris la direction des affaires : Cansansão de Sinimbu (5 janvier 1878), Saraiva (28 mars 1880), qui, avec l'appui du chef des conservateurs, baron de Cotegipe, a réalisé la réforme électorale (élection directe), Martinho Campos (21 janvier 1882), Paranaguâ (3 juillet), Lafayette Pereira (24 mai 1883), Dantos (6 juin 1884), qui a été renversé pour avoir présenté un projet abolitionniste, et Saraiva (4 avril 1885), qui, avec l'appui des conservateurs, a fait triompher dans la Chambre des députés plusieurs idées de son prédécesseur. En 1885 les conservateurs rentrèrent aux affaires (20 août 1885) : baron de Cotegipe, qui a obtenu du Sénat l'adoption de la seconde loi d'émancipation votée par la Chambre, et qui a fait la conversion de la dette intérieure, et Correa d'Oliveira (10 mars 1888), qui a réalisé la grande réforme dont nous allons nous occuper. 

Pendant ce règne, la princesse impériale Dona Izabel a eu trois fois la régence de l'empire : du 25 mai 1871 au 30 mars 1872, du 26 mars 1876 au 26 septembre 1877, et du 30 juin 1887 an 22 août 1888

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le Brésil, pacifié à l'intérieur, a fait de grands efforts, sous la direction de l'empereur D. Pedro II, pour répandre l'instruction, pour mettre son sol en valeur par des défrichements, par la fondation de colonies agricoles, par la construction de voies ferrées et par l'établissement de lignes télégraphiques. Ces efforts ont pu commencer avec le ministère conciliateur du marquis de Paranà (1853-1856), qui assura une trêve de cinq ans entre les libéraux et les conservateurs, efforts devenus plus efficaces depuis la fin de la guerre du Paraguay. (Rio Branco).

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