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Georges
Ier.
De la paix d'Utrecht
aux traités de Vienne ,
l'Angleterre poursuit avec une invincible
opiniâtreté le même plan et la même idée.
Elle veut conquérir la mer, elle y parvient. Soumise à la
direction d'une aristocratie active, éclairée, dure, la politique
anglaise excelle dans l'art de susciter des guerres continentales à
ses rivaux maritimes, de les surprendre, de les devancer et enfin de les
réduire. Elle se distingue par un manque absolu d'humanité
et de justice dans les relations extérieures.
«
Nous cesserions d'exister, dit le plus grand orateur anglais de ce siècle,
si nous étions justes un seul jour. »
Par la paix d'Utrecht,
l'Angleterre obtient pratiquement le monopole de la traite des esclaves
de l'Afrique
vers les colonies d'Amérique .
Bristol et Liverpool s'enrichissent par cet odieux trafic. Stanhope et
Walpole,
les ministres de Georges Ier
(1714-1727),
qui a succédé à la reine Anne,
affermissent la maison de Hanovre
en réprimant la révolte jacobite d'Ecosse
(1715)
et en contractant une alliance avec le régent de France .
La marine d'Espagne
est écrasée par Byng sur les côtes de Sicile
dans un véritable guet-apens, les arsenaux du nord de l'Espagne
sont réduits en cendres. Malgré les désastres causés
par la ruine de la compagnie de la mer du Sud, les Anglais s'affermissent
dans les Indes; à l'intérieur le système de corruption
mis en pratique par Walpole a du moins l'avantage de donner à la
nation l'habitude et le respect de la légalité.
-
Scène
de la vie publique à Londres au XVIIIe siècle. - Réception
du lord-maire
en
1747 (gravure de W. Hogarth).
Georges II.
Georges
Il (1727-1760)
est un prince économe mais aussi attaché que son père
à son électorat de Hanovre .
Ses ministres entraînés par l'opinion publique l'obligent
à déclarer la guerre à l'Espagne ,
indignée de la contrebande britannique; mais il impose sa volonté
dans les affaires de la succession d'Autriche
et par le traité de Worms s'engage à payer des subsides à
Marie-Thérèse et au duc de Savoie .
La France
riposte vigoureusement et la guerre s'étend à l'Ecosse
où le prétendant Charles-Edouard est proclamé roi,
et compromet un instant la sécurité même de Londres ,
à l'Inde
où Dupleix s'empare de Madras, à
l'Amérique
où les colons français du Canada ,
malgré la perte de Louisbourg, tiennent tête aux Anglais renforcés
par les Américains. Mais tandis que la France se lasse des questions
coloniales, abandonne Dupleix et néglige le Canada, les Anglais
portent sur mer toutes leurs forces. Jaloux des progrès de la marine
française, ils forcent par leurs pirateries les timides ministres
de Louis XV, à leur déclarer la
guerre. Des subsides sont votés au roi de Prusse
et la France commet la faute de devenir un des acteurs essentiels de la
guerre de Sept ans. La France perdra toutes ses colonies. Le procès
de Byng, fils du vainqueur de 1718,
montra aux amiraux anglais qu'ils devaient vaincre sous peine de mort.
En 1758
l'Angleterre s'empare de Fort Duquesne qui devient Pittsburgh; l'année
suivante elle prend la Guadeloupe
et Québec ,
Montréal
en 1760,
l'année de l'accession au trône de Georges
III.
Georges III.
La Nouvelle-France
est morte, la plus Grande-Bretagne (Greater Britain) a pris sa place
dans le monde (1763).
Le traité de Paris
fut suivi de la chute des whigs. Les ministres de Georges
III, lord Bute à leur tête, sont attaqués avec
véhémence par Wilkes, et l'Angleterre se débat dans
de misérables querelles, tandis que lord Clive poursuit la conquête
de l'Inde
et que lord North, par sa politique imprévoyante, provoque le mécontentement
des colonies d'Amérique .
-
Pitt
soutenant l'équilibre budgétaire de l'Angleterre avec une
loterie.
(Caricature
française de l'époque).
La guerre d'indépendance
de ces colonies (1776-1783)
( L'histoire des Etats-Unis )
met en question l'existence même de l'empire britannique. Toute l'Europe
conspire avec la France
et l'Espagne
pour faire respecter les droits des neutres et la liberté des mers.
L'Irlande
revendique un gouvernement indépendant et un gouvernement national.
Cette dure leçon ne fut pas perdue. L'indépendance des colonies
est reconnue et la France recouvre quelques débris de ses anciennes
possessions. Le ministère du duc de Portland, entraîné
par les éloquentes invectives de Burke,
fait de louables tentatives pour adoucir le sort de l'Inde .
William
Pitt devient premier ministre et gouverne pendant huit ans avec une
autorité et une habileté incontestées. Cette brillante
période du XVIIIe
siècle qui précède
l'explosion de la Révolution française a un éclat
merveilleux en Angleterre.
La tribune politique
où
Fox, Burke et W.
Pitt se donnent la réplique est dans toute sa splendeur. Des
lois humaines sont adoptées; la dette publique créée
par les grandes guerres maritimes décroît avec une étonnante
rapidité. Les découvertes industrielles transforment l'Angleterre
en un immense atelier. C'est pendant ces années fécondes
que ce pays amasse les ressources grâce auxquelles il pourra faire
face aux dépenses de la Coalition. Pitt avait hérité
de son père la haine aveugle du nom français. Il fut soupçonné
d'avoir soudoyé plusieurs des émeutes par lesquelles débute
la Révolution française; néanmoins en présence
des troubles causés en Angleterre par la folie de Georges
III, le procès de Warren Hastings,
les débats avec l'Espagne
sur la question du Nootka-Sund. Pitt refusa de se joindre à la Prusse
et à l'Autriche
dans la première année de la guerre. Mais dès que
les Français eurent envahi les Pays-Bas ,
l'Angleterre se joignit aux ennemis de la France .
-
"Il
est bien tems, Mons Pitt de pleurer quand Fox rit :
Lorsque
Ies Français de toi seront en face,
Bon
Dieu! quelle grimace
Feras-lit
donc alors? Quell sera trop dépit!
Trompé
dans ton attente,
Pour
ton pays qu'en résultera-t-il?
Une
descente.
Ainsi
soit-il."
Gravure
satirique d'Adam, destinée à Londres.
Le
début du XIXe
siècle.
Sauf le court intervalle
qui sépare la paix d'Amiens
de la rupture de 1803,
l'Angleterre a été le plus implacable et le plus constant
des ennemis de la France pendant les grandes guerres de la Révolution.
Ses armées ne jouèrent pas, il est vrai, tout d'abord un
rôle très brillant. Mal commandées par le duc d'York,
elles ont été chassées à deux reprises de Belgique
et de Hollande, mais ses flottes et sa diplomatie firent beaucoup
de mal aux Français. Ce qui excite, il faut bien le dire, l'étonnement
de l'historien pendant cette longue guerre, c'est moins encore les victoires
de Nelson, les manoeuvres de Collingwood et la
ténacité de Wellington que l'attitude
de la nation elle-même. En même temps qu'un travail de concentration
s'opère dans la métropole par l'acte d'Union (1800),
Pitt
projette de relever les catholiques de
leur oppression séculaire, le roi refuse de laisser présenter
ce projet et Pitt donne sa démission (1801).
Addington lui succède, mais il appartient au même parti. Il
parvient à chasser les Français
d'Egypte ,
il signe la paix d'Amiens et tombe quand la guerre recommence.
La seconde période
de la guerre est le duel de l'Angleterre et de Napoléon,
guerre implacable où les deux partis foulèrent presque également
aux pieds les droits de l'humanité et montrèrent une égale
insouciance du droit des gens. C'est pendant cette seconde partie de la
grande guerre que la marine anglaise, victorieuse sur toutes les mers,
enlève à la France
et à ses alliés presque toutes leurs colonies. Les souffrances
causées par le blocus continental sont presque aussi atroces dans
la Grande-Bretagne que sur le continent. Les mesures de représailles
ordonnées par le gouvernement anglais et en particulier les ordres
du Conseil (Orders in council) relatifs au droit de visite et à
la presse des matelots suscitèrent une guerre avec l'Amérique
(1832-1814),
qui se termina par le traité de Gand .
L'âpreté et l'énergie de ce peuple de marchands, comme
disait dédaigneusement Napoléon, les énormes sacrifices
consentis par toutes les classes, sont un des plus grands exemples que
puisse montrer l'histoire politique. L'Angleterre eut la part du lion dans
le partage des dépouilles. Elle garda les colonies hollandaises
de peuplement et en outre l'lle Maurice
et la Trinidad .
Son empire colonial allait surtout gagner en importance relative par suite
de la révolte des colonies espagnoles dans l'Amérique du
Sud. L'empire des mers lui est assuré. Déjà elle a
pris l'initiative de la suppression du plus odieux crime commis par l'humanité.
Wilberforce et ses amis ont créé la ligue pour l'abolition
de l'esclavage. Ce fait est peut-être plus important, dans l'histoire
du monde, que les victoires de Wellington. (Louis Bougier). |
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