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Chauvelin

La famille Chauvelin n'est pas très ancienne, puisqu'elle remonte à Toussaint Chauvelin, qui vivait en 1552 et fut procureur au parlement, puis procureur général de la reine Catherine de Médicis. Il se maria deux fois : 1° avec Geneviève de Brée; 2° avec Marie Malingre. De sa première femme il eut deux fils : François Chauvelin, qui était avocat au parlement de Paris en juin 1562, fut intendant de la reine Marie Stuart, maître des requêtes, puis procureur général de la reine Marie de Médicis et épousa Marie Charmolue; et Philibert Chauvelin, prêtre, mort en 1597. Sa seconde femme lui donna six enfants : trois fils, Jacques, qui fut la tige des seigneurs de Luzeret, Jean et Toussaint; et trois filles, Madeleine, Claude et Catherine. 

Parmi les descendants de François Chauvelin, nous citerons : Louis Chauvelin, né dans les dernières années du XVIe siècle, mort en 1651, seigneur de Crisenoy en Brie, receveur général des domaines et bois de la généralité de Paris, qui épousa Anne Robert et fut le grand-père de Louis Chauvelin (V. plus bas). Parmi les descendants de Jacques Chauvelin, seigneur de Luzeret, trésorier de France à Paris, puis de la marine du Ponant (1598) et des écuries du roi, qui épousa Cécile Boyer, nous citerons : 1

1°Jacques Chauvelin, fils aîné du précédent, seigneur de Luzeret et de Narbonne, abbé de Saint-Père de Melun, aumônier du roi, conseiller-clerc au parlement, qui épousa, en 1655, Edmée de Bridière, dont il eut quatre fils et cinq filles; 

2° Louis Chauvelin, frère du précédent, seigneur du Colombier, qui épousa Françoise Lucquin et eut pour fils Bernard Chauvelin, né en 1662, mort le 16 octobre 1735. Il était seigneur de Beauséjour et fut successivement : conseiller au parlement, maître des requêtes (28 février 1703), intendant à Tours, puis à Bordeaux (octobre 1747) et à Amiens, conseiller d'Etat et maitre des requêtes honoraire (1723), conseiller d'Etat ordinaire (1740). Il avait épousé Catherine Martin, dont il eut plusieurs enfants. (L. F.).

Louis de Chauvelin est un administrateur français, né en 1640, mort le 31 juillet 1719. Il était fils de Louis Chauvelin, mort le 8 novembre 1645, qui fut successivement conseiller au grand-conseil (6 mars 1634), procureur du roi au Châtelet, maître des requêtes (17 décembre 1643), intendant de l'armée d'Italie, et de Claudine Bonneau. Après avoir été conseiller au Châtelet (6 février 1666), puis au parlement de Paris (6 septembre 1691) et enfin maître des requêtes (21 mars 1681), il fut nommé intendant en Picardie, puis en Franche-Comté. A sa mort, il était conseiller d'État. Il avait épousé Marguerite Billard.
Germain-Louis Chauvelin, né en 1683, mort à Paris le 1er avril 1762 était président à mortier au parlement de Paris lorsqu'il fut nommé, en 1727, garde des sceaux et ministre secrétaire d'Etat au département des affaires étrangères, dans le ministère Fleury. II montra dans ces fonctions de grandes capacités, mais inspira de la jalousie au chef du cabinet et fut, en 1707, disgracié et exilé à Bourges, puis à Issoire. La mort du cardinal ne fit pas cesser sa disgrace; quelques années plus tard seulement, il put revenir dans sa terre de Grosbois, puis à Paris où il mourut.
Henri Philippe Chauvelin, fils de Bernard Chauvelin, abbé de Montieramey, chanoine de Notre-Dame et conseiller au parlement de Paris, né le 18 avril 1714, mort le 14 janvier 1770. En 1750, il s'était signalé dans l'affaire des immunités. Le clergé avait publié des extraits des procès-verbaux de ses assemblées pour prouver que les sommes payées par lui au roi avaient toujours été des dons gratuits; Chauvelin fit paraître des Observations sur ces extraits (1750, in-4). On lui attribue aussi : Examen impartial des immunités ecclésiastiques (Londres, 1751, in-12). En 1753, Chauvelin fit rendre, par la cour du parlement dont il faisait partie, un arrêté déclarant que la cour ne pouvait, sans manquer à son devoir, obtempérer à l'ordre du roi qui lui avait enjoint de suspendre toutes poursuites concernant le refus des sacrements; il fut arrêté ainsi que trois de ses collègues et enfermé au mont Saint-Michel. Ayant pu rentrer plus tard au parlement, il se rendit célèbre par ses attaques contre les jésuites

Le 17 avril 1761, il prononça un discours dans lequel il dénonçait, le premier, l'institut des jésuites comme ennemi de l'Etat : Compte rendu par un de Messieurs sur les constitutions des jésuites. Le 8 juillet, il fit un second discours : Compte rendu par un de Messieurs sur la doctrine des jésuites. Enfin, le 29 avril 1767, Chauvelin prononça au parlement un nouveau discours au sujet de la Sanction-pragmatique du roi d'Espagne, concernant les jésuites. Le 9 mai suivant, l'ordre était banni. Ce succès valut pendant un certain temps à Chauvelin une grande popularité. A cette époque, il cessa d'être membre actif du parlement dont il faisait partie depuis 1738 et il fut nommé conseiller d'honneur. On lui attribue un volume intitulé Tradition des faits qui manifestent le système d'indépendance que les évêques ont opposé, dans les différents siècles, aux principes invariables de la justice. souveraine du roi sur tous ses sujets (1753, in-4 et in-12). Enfin, à ses discours contre les jésuites, il faut ajouter des Répliques aux apologies des jésuites (1762), qui furent attaquées par un anonyme et dont Voltaire prit la défense.  (G. Regelsperger). 

Bernard-Louis, marquis de Chauvelin est un homme de guerre et diplomate français, frère du précédent, né à Paris le 1er mars 1716, mort subitement à Versailles le 24 novembre 1773. Connu d'abord sous le nom de chevalier de Chauvelin, il obtint, le 16 juillet 1732, une lieutenance au régiment d'infanterie du roi. En octobre 1733, il passa en Italie où il assista aux sièges de Guerra, d'Adda, de Pizzighettone et du château de Milan et, en 1734, à ceux de Tortone et de Novare, à la bataille de Guastalla et au siège de la Mirandole. Nommé capitaine le 1er avril et aide-major du régiment le 1er août de la même année, il se trouva en 1735 à la prise de Reggiolo et de Revere. Fait aide-major général de l'armée d'Allemagne le 1er juin 1735, il assista à l'affaire de Clausen et reçut, le 26 novembre, une commission lui donnant rang de colonel d'infanterie. Il occupa les fonctions d'aide-major général de l'infanterie dans l'armée de Maillebois (1er août 1741), resta à l'armée de Westphalie en 1742, puis alla en 1745 remplir les mêmes fonctions à l'armée de Haute-Alsace commandée par Coigny. 

Major général de l'infanterie de l'armée d'Italie sous le prince de Conti en 1744 et brigadier le 2 mai de la même année, il contribua à la conquête du comté de Nice et fut blessé à la bataille de la Madona del Ulmo (30 septembre). L'année suivante, il occupa le même poste à l'armée du Bas-Rhin et contribua ensuite au siège de Mons dont il vint annoncer la prise au roi. Créé maréchal de camp en récompense (12 juillet 1745), il servit ensuite dans l'armée du roi, se trouva à la prise de Namur et à la bataille de Raucoux. En 1747, il était dans Gênes qu'il défendit jusqu'à la paix et il y resta ensuite comme ministre plénipotentiaire avec M. de Guymond jusqu'en 1751. 

Fait commandeur de l'ordre de Saint-Louis le 6 mai de cette même année, il fut envoyé comme ambassadeur à Turin en mars 1753. Il resta dans ce poste jusqu'en 1764, ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé successivement grand-croix de Saint-Louis (9 janvier 1756) et maître de la garde-robe du roi (26 janvier 1760). Il avait été fait noble génois le 6 mai 1753. Il prit aussi part à l'expédition en Corse qui assura l'annexion définitive de l'île à la France. Débarqué en Corse après la signature du traité du 15 mai 1768, il fut battu après un léger succès, et rejeté par Pascal Paoli sous les murs de Bastia.

Il tournait assez bien des vers faciles et agréables, parmi lesquels nous citerons les Sept péchés mortels, impromptu. (Louis Farges).

Bernard-François, marquis de Chauvelin est un administrateur et homme politique français, né à Paris le 29 novembre 1766, mort à Paris le 9 avril 1832. Fils du précédent, il lui succéda dans sa charge de maître de la garde-robe du roi. Il servait en outre dans l'armée en 1792, comme capitaine de hussards. Elevé dans des idées fort libérales, il applaudit à la Révolution, fut quelque temps aide de camp de Rochambeau à l'armée du Nord et, en février 1792, reçut du ministère, qu'inspirait alors Dumouriez, la mission d'aller négocier à Londres pour assurer à la France, qui allait entrer en guerre contre la coalition, la neutralité de l'Angleterre. Il ne fut guère, il est vrai, dans cette légation qu'un prête-nom. Talleyrand qui, pour diverses raisons, ne pouvait à cette époque être officiellement chargé de représenter la France, l'accompagna comme un mentor et fut, en somme, le véritable ambassadeur.

La révolution du 10 août et la chute de la royauté n'empêchèrent pas Chauvelin de demeurer à son poste. Il reconnut la République. Mais la cour de Londres ne voulut plus avoir avec lui que des rapports officieux. Après l'occupation de la Belgique et l'attaque de la Hollande par les Français, elle prit l'exécution de Louis XVI pour prétexte d'une rupture complète. Le représentant de la Convention reçut l'ordre de quitter Londres sous vingt quatre heures et le territoire britannique dans un délai de huit jours (janvier 1793). 

Nommé peu après ambassadeur à Florence, il ne resta que quelques mois en Toscane, et, de retour en France, y trouva la Terreur. Emprisonné comme suspect, il recouvra la liberté après le 9 Thermidor et passa plusieurs années dans ses terres, ou il s'occupait activement d'agriculture. Après le 18 Brumaire, il rentra dans la vie politique comme membre du Tribunat (1800), d'où le premier consul le fit exclure en 1802 par le Sénat pour s'être opposé trop vivement à l'institution de la Légion d'honneur , mais il devint en 1804 membre du Corps législatif, et Napoléon, qui appréciait ses talents, s'attacha à le gagner par ses faveurs.

Chauvelin se laissa décorer à cette époque et devint préfet de l'important département de la Lys, où il se signala, plusieurs années durant, par beaucoup de zèle et par d'importants travaux d'utilité publique. Nommé comte de l'Empire (1809), il fut, le 5 octobre 1810, appelé au conseil d'Etat, où il se fit remarquer par d'importants rapports, parmi lesquels nous citerons celui qui donna lieu au décret du 16 décembre 1811 sur l'organisation générale des ponts et chaussées.

Au commencement de 1812, il devint intendant général de la Catalogne, pays que Napoléon voulait alors rattacher à la France. Mais, après deux ans d'une administration fort pénible, il dut repasser les Pyrénées (1814). A ce moment l'Empire tombait. Chauvelin, fort mal vu par les Bourbons, ne fut reconnu par eux que comme conseiller d'Etat honoraire et rentra encore une fois dans la vie privée.

Ce ne fut pas, il est vrai, pour bien longtemps. S'il resta dans l'ombre pendant les Cent-Jours, il reparut en pleine lumière sous la seconde Restauration. Après l'ordonnance du 5 septembre 1816, les électeurs de la Côte-d'Or l'envoyèrent à la Chambre des députés où, fidèle à ses opinions libérales, il prit place à l'extrême gauche. Dès lors, on le vit sans cesse sur la brèche, défendant avec une vivacité souvent déconcertante et avec une faconde intarissable, les principes de la Révolution contre le parti ultra-royaliste. A côté des Foy, des Benjamin Constant, des Manuel et de tant d'autres orateurs illustres, il sut se faire une place honorable par l'originalité de ses saillies et la chaleur de ses improvisations. 

Durant les années critiques que son parti eut à traverser, pas une discussion importante n'eut lieu au Palais-Bourbon sans qu'il y prit une part remarquée, parfois même retentissante. C'est ainsi que, sans parler des lois de finances, auxquelles il semblait s'attacher avec une sorte de prédilection, il concourut avec éclat à la discussion des lois sur l'organisation de l'armée (1818) et sur la presse (1819). En 1820, après l'assassinat du duc de Berry, et en présence d'une réaction menaçante, il défendit éloquemment la liberté des journaux, combattit la nouvelle législation électorale proposée par le ministère, se fit porter à la Chambre (il était alors fort souffrant) pour voter l'amendement Camille Jordan, dont soit suffrage détermina l'adoption, et, en sortant, reçut de la foule une ovation à laquelle répondirent, le lendemain et les jours suivants, de violentes provocations de la part des ultras (mai-juin 1820). 

A partir de cette époque, sa santé déclina visiblement. Sa participation aux affaires publiques ne cessa pas, mais se ralentit quelque peu. Non réélu en 1824, du fait des menées du cabinet Villèle, il rentra à la Chambre en 1827. Il y reprit sa place parmi les chefs du parti libéral. Mais deux ans après, il crut devoir donner sa démission (1829) et parut vouloir se consacrer exclusivement à certaines entreprises industrielles, qui ne réussirent que médiocrement. (A. Debidour).

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