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| De
commentarii Caesaris
Jules César, comme tous les jeunes
gens distingués de son temps, avait reçu une forte éducation;
il avait eu pour précepteur Antonius Gnipho, un des meilleurs rhéteurs
d'alors et, à vingt-cinq ans, il avait suivi, à Rhodes Les autres ouvrages de César ont
au contraire une tendance tout à fait utilitaire. L'ouvrage sur
l'Astronomie (De Astris) qu'il écrivit ou qu'il fit
écrire, mais qui fut publié sous son nom, avait assurément
été inspiré par la réforme du calendrier.
Son traité de l'Analogie trahit, dans une certaine mesure,
les préoccupations du soldat et de l'homme politique désireux
de clarté, de simplicité (Aulu Gelle,
Nuits
Attiques Un homme politique comme César doit
avoir eu et a eu, en effet, une correspondance considérable : officielle,
diplomatique, privée; quelques-unes de ces lettres étaient
écrites en chiffres dont Suétone
(Caes., 56. , Aulu Gelle, Nuits attiques Si pour un homme politique écrire
des lettres était une nécessité inévitable,
parler n'était pas moins indispensable. César commença
de bonne heure; à vingt-trois ans (77-677), il accusait Dolabella
de concussion; cette même année ou la suivante, il portait
la même accusation contre C. Antonius, gouverneur de la Grèce,
et se trouvait dès lors, dit Suétone (Caes., 55),
au premier rang des orateurs judiciaires. Depuis lors, à des intervalles
inégaux, il prononça des discours, dont plusieurs furent
publiés, mais dont il ne nous reste que des fragments insignifiants;
les plus longs de ces fragments, qui ont quatre ou cinq lignes, appartiennent
à un discours en faveur des Bithyniens L'ouvrage connu sous le nom de Commentaires Le titre véritable de l'ouvrage de César est : Commentarii; c'est celui que lui donnent les manuscrits ainsi que la plupart des auteurs anciens, Suétone (Caes., 56), Cicéron (Brut., 75); d'autres cependant, en particulier les Grecs, lui donnent un titre différent qui a fait croire à l'existence d'un ouvrage distinct des Commentaires; c'est ainsi que Strabon (IV, p. 177) appelle l'oeuvre de César Hypomnemata et Plutarque (Vie de César, 22) Ephemerides; mais la question a été résolue par Nipperdey, les prétendues Ephémerides ne différent en rien des Commentaires, les deux vers suivants d'un poète du VIe siècle prouvent d'ailleurs suffisamment que cette confusion n'existait pas pour les Anciens : Caesaris historias ibi primum, te duce, legiLes Commentaires En écrivant ses Commentaires César, avait visé un but très déterminé. Pendant la guerre des Gaules, il avait été l'objet de nombreuses attaques de la part de l'aristocratie, et ces attaques, répétées dans les cercles mondains, mises en vers par les poètes satiriques, avaient circulé au forum et rendu dangereuse la situation du vainqueur des Gaules; de même après la guerre civile, le dictateur avait senti le besoin de se faire pardonner sa victoire, de présenter sa conduite sous le jour le plus favorable, d'éclairer le jugement du peuple et de préparer l'accomplissement de ses desseins politiques, il avait écrit, sans que rien en apparence ne trahît son dessein, une apologie fort habile de sa conduite. Ce caractère apologétique des Commentaires, tout dissimulé qu'il fut, n'avait pas échappé aux contemporains de César. Asinius Pollion (Suétone, Caes., 56), accusait hautement leur auteur d'avoir altéré la vérité; dans les temps modernes, il a soulevé les défiances de plus d'un critique et inspiré de nombreux travaux. Malgré tout ce qu'on a écrit, il est bien difficile, sinon impossible, de se prononcer hardiment sur la sincérité et la véracité des Commentaires, nous n'avons en effet aucun autre récit d'une autorité suffisante pour contrôler celui de leur auteur. Ce qui ressort de l'examen le plus attentif, c'est que César, sans jamais altérer grossièrement la vérité, a su, avec un art consommé, grouper les faits de manière à les présenter sous un jour favorable et garder à propos un silence prudent; que, sans affecter aucune prétention, il a réussi à mettre en lumière sa personne et ses exploits, en présentant toujours ses intentions comme pures et sa conduite comme irréprochable. On peut en général croire à l'exactitude des faits que César rapporte, mais il faudra toujours s'assurer qu'il n'a omis sciemment aucun événement important; surtout il ne faudra accepter qu'avec la plus grande réserve les jugements qu'il porte sur les événements, les explications qu'il donne sur les causes des guerres qu'il a entreprises. Cette réserve sera surtout indispensable au lecteur du De Bello Civili; là, en effet, les inexactitudes involontaires sont plus nombreuses, les réticences plus fréquentes, le parti pris de se justifier plus apparent, la partialité plus visible. Le style des Commentaires, si vanté
par les anciens (Cicéron, Brutus.,75;
Hirtius, De B. G. VIII, préf.), a trouvé chez quelques
modernes des juges assez sévères. Depuis Juste Lipse et Bayle
on a reproché à César d'écrire avec négligence,
de répéter inutilement les substantifs après les pronoms
relatifs, de ne pas relier suffisamment ses phrases entre elles, d'en changer
les sujets avec une facilité gênante pour le lecteur, d'être
plus clair et plus précis en apparence qu'en réalité.
Ces critiques ont paru à quelques personnes assez bien établies
pour que Giltbauer ait cru pouvoir démontrer l'interpolation des
manuscrits des Commentaires, en s'appuyant sur l'existence, réelle
à ses yeux de ces défauts si peu conciliables avec les qualités
que les Anciens louaient dans les oeuvres de César. Et de fait,
quelques-uns de ces reproches sont en partie justifiés, les répétitions
sont bien nombreuses et bien désagréables parfois; la précision,
la lucidité tant prônée est bien plutôt dans
le détail de la phrase, dans la distribution de chaque tableau que
dans la suite générale du récit; les discussions sans
fin auxquelles se livrent les érudits sur l'emplacement des villes
ou des champs de bataille ne le montrent que trop. Dans son ensemble cependant,
le jugement des anciens est toujours juste, et, à mesure qu'on lira
César, on goûtera davantage ce style simple, net, plein de
grâce, cette phrase sobre, rapide et d'une négligence élégante;
on en viendra même à comprendre l'enthousiasme d'un Montaigne
ou d'un Jean de Müller. On le partagerait presque si, malgré
l'art de l'écrivain, le but propose n'apparaissait trop; si l'un
ne reconnaissait dans les Commentaires un instrument politique.
(S.
D.).
Jules César, d'après un buste antique. |
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© Serge Jodra, 2005 - Reproduction interdite.