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Jules César
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Compendium Cursus honorum De bello gallorum
Alea jacta est Imperator et Dictator De commentarii Caesaris
De commentarii Caesaris

Jules César, comme tous les jeunes gens distingués de son temps, avait reçu une forte éducation; il avait eu pour précepteur Antonius Gnipho, un des meilleurs rhéteurs d'alors et, à vingt-cinq ans, il avait suivi, à Rhodes, les leçons de Melon; comme eux aussi, il avait pris ce goût pour la poésie si commun alors et il le conserva jusqu'à la fin de sa vie. Dans sa jeunesse, il avait composé un poème en l'honneur d'Hercule (Laudes Herculis), une tragédie intitulée Oedipe, que plus tard Auguste (Suétone., Caes., 56) fit disparaître et en 46 av. J.-C. (708), dans un voyage de Rome en Espagne il versifiait un poème, intitulé Iter, sur les pays qu'il traversait : il avait aussi écrit des épigrammes dont l'une ( Suétone, édit. Reifferscheid, p. 34) sur Térence est fort connue. La perte à peu près complète de ces productions littéraires n'est guère regrettable, si l'on en juge par la peine qu'Auguste prenait d'en empêcher la diffusion et par le jugement qu'en a porté l'auteur du Dialogue des Orateurs (Dial. 21). A ces ouvrages qui sont un délassement d'homme de bonne compagnie et qui ne visent aucun but pratique, on peut ajouter un recueil de bons mots (Apohtegmata) que Cicéron goûtait beaucoup (ad Fam. IX, XVI, 4) mais qu'Auguste fit disparaître comme l'Oedipe et les Laude Herculis.

Les autres ouvrages de César ont au contraire une tendance tout à fait utilitaire. L'ouvrage sur l'Astronomie (De Astris) qu'il écrivit ou qu'il fit écrire, mais qui fut publié sous son nom, avait assurément été inspiré par la réforme du calendrier. Son traité de l'Analogie trahit, dans une certaine mesure, les préoccupations du soldat et de l'homme politique désireux de clarté, de simplicité (Aulu Gelle, Nuits Attiques, I, x, 4, ut tanquam sscopulum sic fugias inauditum atque insolens verbum), voulant tout régler, jusqu'à la grammaire. Cet ouvrage, en deux livres, était dédié à Cicéron, il fut écrit pendant une traversée des Alpes, probablement en 55 (699). Il ne nous est connu que par les citations des grammairiens et de quelques auteurs, Cicéron, Fronton, Aulu-Gelle. C'était, à ce qu'il semble, une étude systématique de la langue latine qui avait pour but de vulgariser des travaux particuliers, et de faire prédominer contre les partisans de l'anomalie le grand principe de l'analogie dans les formes, dans les terminaisons, dans l'orthographe et dans le sens. Le De Analogia était une oeuvre de polémique courtoise, les deux livres contre Caton, Anticato, ou Anticatones écrits vers l'an 45 av. J.-C. (709), avaient un tout autre caractère. César y répondant à l'apologie faite par Cicéron de Caton d'Utique, s'y montrait extrêmement flatteur pour Cicéron, mais plus amer encore pour Caton. Il refusait au héros républicain toute espèce de qualités et cherchait à le rendre ridicule. Ce pamphlet politique nous est en somme assez peu connu; on ne saurait s'associer à l'appréciation de Cicéron très élogieuse avant la mort du dictateur, et beaucoup plus sévère après. 

Un homme politique comme César doit avoir eu et a eu, en effet, une correspondance considérable : officielle, diplomatique, privée; quelques-unes de ces lettres étaient écrites en chiffres dont Suétone (Caes., 56. , Aulu Gelle, Nuits attiques, XVII, ix, 3) nous a donné la clef. Après la mort du dictateur, plusieurs recueils de ses lettres furent publiées : Suétone (Caes., 56), mentionne l'existence  de lettres adressées par César à ses amis, au Sénat, à Cicéron; Aulu-Gelle (N. A., XVII, ix, 1) nous parle d'un livre de lettres écrites à C. Oppius, à Cornelius Balbus. Tous ces recueils ont disparu, il nous en reste seulement un nombre de citations assez considérable et quelques lettres entières conservées dans le recueil des Lettres de Cicéron à Atticus (ad Att., IX, 6 A ; 7 C ; 13 A ; 16 X; 8 B) ; ces lettres sont remarquables par la pensée comme par le style.

Si pour un homme politique écrire des lettres était une nécessité inévitable, parler n'était pas moins indispensable. César commença de bonne heure; à vingt-trois ans (77-677), il accusait Dolabella de concussion; cette même année ou la suivante, il portait la même accusation contre C. Antonius, gouverneur de la Grèce, et se trouvait dès lors, dit Suétone (Caes., 55), au premier rang des orateurs judiciaires. Depuis lors, à des intervalles inégaux, il prononça des discours, dont plusieurs furent publiés, mais dont il ne nous reste que des fragments insignifiants; les plus longs de ces fragments, qui ont quatre ou cinq lignes, appartiennent à un discours en faveur des Bithyniens, à l'oraison funèbre de sa tante Julie, la veuve de Marius, à une allocution militaire. Nous ne pourrions donc, d'après ces fragments, car il nous faut écarter les discours insérés dans les Commentaires, nous faire une idée même confuse de l'éloquence de César si les anciens, Cicéron (Brutus, 72, 74, 75), Suétone (Caes., 55), Quintilien (Inst. or., X, r, 4.14), Tacite (Dial. de Or., 21, 25), d'autres encore ne l'avaient caractérisée et ne nous avaient appris que César, qui se distinguait par la précision élégante, par la clarté du style, par la force de la vivacité du langage et du débit, ne le cédait en éloquence qu'au seul Cicéron. 

L'ouvrage connu sous le nom de Commentaires, est le seul qui soit parvenu jusqu'à nous, non pas cependant sans subir quelque dommage, sans éprouver quelques altérations. En effet, le texte des Commentaires nous est parvenu par des manuscrits dont les deux classes principales présentent entre elles des différences notables en plus de quinze cents passages. A laquelle de ces deux classes doit-on donner la préférence? C'est un point qui a été fort débattu et qu'on ne discutera pas ici.

Le titre véritable de l'ouvrage de César est : Commentarii; c'est celui que lui donnent les manuscrits ainsi que la plupart des auteurs anciens, Suétone (Caes., 56), Cicéron (Brut., 75); d'autres cependant, en particulier les Grecs, lui donnent un titre différent qui a fait croire à l'existence d'un ouvrage distinct des Commentaires; c'est ainsi que Strabon (IV, p. 177) appelle l'oeuvre de César Hypomnemata et Plutarque (Vie de César, 22) Ephemerides; mais la question a été résolue par Nipperdey, les prétendues Ephémerides ne différent en rien des Commentaires, les deux vers suivants d'un poète du VIe siècle prouvent d'ailleurs suffisamment que cette confusion n'existait pas pour les Anciens :

Caesaris historias ibi primum, te duce, legi
Quas ut Ephemeridas condidit ipse sibi.
Les Commentaires écrits par César sont relatifs à la guerre des Gaules et à la guerre civile. Les Commentaires sur la guerre des Gaules, divisés en sept livres, racontent les événements des sept premières campagnes et furent rédigés en 51 (703) ou 50 (704); sur l'invitation de César, Hirtius, en 49 (705) acheva, dans un huitième livre, le récit de la conquête des Gaules. Les Commentaires sur la guerre civile contiennent, en trois livres, l'histoire de la guerre contre Pompée jusqu'au commencement de la guerre d'Alexandrie; ils furent écrits en 45-44 (709-710), mais ils ne furent publiés qu'après la mort de César et complétés par l'addition des Opuscules connus sous le nom de De Bello Alexandrino, De Bello Africano, De Bello Hispaniensi, ouvrages dont on a attribué tour à tour la paternité à plusieurs contemporains de César, Hirtius, Oppius et d'autres.

En écrivant ses Commentaires César, avait visé un but très déterminé. Pendant la guerre des Gaules, il avait été l'objet de nombreuses attaques de la part de l'aristocratie, et ces attaques, répétées dans les cercles mondains, mises en vers par les poètes satiriques, avaient circulé au forum et rendu dangereuse la situation du vainqueur des Gaules; de même après la guerre civile, le dictateur avait senti le besoin de se faire pardonner sa victoire, de présenter sa conduite sous le jour le plus favorable, d'éclairer le jugement du peuple et de préparer l'accomplissement de ses desseins politiques, il avait écrit, sans que rien en apparence ne trahît son dessein, une apologie fort habile de sa conduite. Ce caractère apologétique des Commentaires, tout dissimulé qu'il fut, n'avait pas échappé aux contemporains de César. Asinius Pollion (Suétone, Caes., 56), accusait hautement leur auteur d'avoir altéré la vérité; dans les temps modernes, il a soulevé les défiances de plus d'un critique et inspiré de nombreux travaux. Malgré tout ce qu'on a écrit, il est bien difficile, sinon impossible, de se prononcer hardiment sur la sincérité et la véracité des Commentaires, nous n'avons en effet aucun autre récit d'une autorité suffisante pour contrôler celui de leur auteur. Ce qui ressort de l'examen le plus attentif, c'est que César, sans jamais altérer grossièrement la vérité, a su, avec un art consommé, grouper les faits de manière à les présenter sous un jour favorable et garder à propos un silence prudent; que, sans affecter aucune prétention, il a réussi à mettre en lumière sa personne et ses exploits, en présentant toujours ses intentions comme pures et sa conduite comme irréprochable. On peut en général croire à l'exactitude des faits que César rapporte, mais il faudra toujours s'assurer qu'il n'a omis sciemment aucun événement important; surtout il ne faudra accepter qu'avec la plus grande réserve les jugements qu'il porte sur les événements, les explications qu'il donne sur les causes des guerres qu'il a entreprises. Cette réserve sera surtout indispensable au lecteur du De Bello Civili; là, en effet, les inexactitudes involontaires sont plus nombreuses, les réticences plus fréquentes, le parti pris de se justifier plus apparent, la partialité plus visible.

Le style des Commentaires, si vanté par les anciens (Cicéron, Brutus.,75; Hirtius, De B. G. VIII, préf.), a trouvé chez quelques modernes des juges assez sévères. Depuis Juste Lipse et Bayle on a reproché à César d'écrire avec négligence, de répéter inutilement les substantifs après les pronoms relatifs, de ne pas relier suffisamment ses phrases entre elles, d'en changer les sujets avec une facilité gênante pour le lecteur, d'être plus clair et plus précis en apparence qu'en réalité. Ces critiques ont paru à quelques personnes assez bien établies pour que Giltbauer ait cru pouvoir démontrer l'interpolation des manuscrits des Commentaires, en s'appuyant sur l'existence, réelle à ses yeux de ces défauts si peu conciliables avec les qualités que les Anciens louaient dans les oeuvres de César. Et de fait, quelques-uns de ces reproches sont en partie justifiés, les répétitions sont bien nombreuses et bien désagréables parfois; la précision, la lucidité tant prônée est bien plutôt dans le détail de la phrase, dans la distribution de chaque tableau que dans la suite générale du récit; les discussions sans fin auxquelles se livrent les érudits sur l'emplacement des villes ou des champs de bataille ne le montrent que trop. Dans son ensemble cependant, le jugement des anciens est toujours juste, et, à mesure qu'on lira César, on goûtera davantage ce style simple, net, plein de grâce, cette phrase sobre, rapide et d'une négligence élégante; on en viendra même à comprendre l'enthousiasme d'un Montaigne ou d'un Jean de Müller. On le partagerait presque si, malgré l'art de l'écrivain, le but propose n'apparaissait trop; si l'un ne reconnaissait dans les Commentaires un instrument politique. (S. D.).
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Jules César, d'après un buste antique.
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