 |
M.
Caelius Rufus, Romain du dernier siècle de la République
connu surtout par ses relations amicales avec Cicéron.
Né en 82 av. J.-C., fils d'un chevalier romain de Pouzzoles qui
s'était enrichi dans les affaires, il avait été formé
par Cicéron lui-même à la vie de l'homme politique
et de l'orateur. Cela ne veut pas dire que sa vie ait été
sans reproches, pas plus sa vie politique que sa vie privée. Il
avait plus on moins embrassé les idées de Catilina
et il était au premier rang de ces jeunes débauchés
qui remplissaient Rome du bruit de leurs scandales. Sa liaison qui fit
le plus de bruit, celle à laquelle il doit surtout sa notoriété,
car elle a inspiré à Cicéron un de ses plaidoyers
les plus piquants, est celle qu'il avait nouée avec une grande dame
romaine de moeurs faciles, la fameuse Clodia, soeur du démagogue
Clodius. Il était venu habiter dans la maison même de Clodius
au Palatin et il vivait ouvertement avec Clodia, quand ces relations où
l'on s'amusait beaucoup furent brusquement interrompues par un procès
criminel. Clodia, irritée de voir Caelius la délaisser, lui
intenta une accusation singulière : elle l'accusait de l'avoir volée
et d'avoir voulu empoisonner. Au fond, c'était un procès
politique pour perdre Caelius. Celui-ci fut défendu par Cicéron,
qui fit beaucoup rire aux dépens de Clodia et qui fit acquitter
le prétendu empoisonneur (56). Il faut lire le Pro M. Caelio
pour connaître le personnage et pour avoir une idée de la
licence où pouvait aller le barreau romain. Après cette cause
célèbre on voit Caelius suivre la carrière des honneurs
: tribun de la plèbe en 52 dans l'année si agitée
qui vit le meurtre de Clodius, il prit, comme on pouvait s'y attendre,
le parti de Milon, le meurtrier; en 50, édile curule. Dans la guerre
civile, il embrasse d'abord le parti de César et essaie d'y amener
Cicéron; puis il se détache plus ou moins du dictateur et
songe à former à Rome un parti avancé dirigé
contre lui. La préture qu'il reçut en 48 et l'absence de
César qui faisait alors sa campagne de Pharsale
lui parurent des circonstances favorables pour mettre la main sur Rome
et l'Italie; il s'entendit avec Milon pour faire ce coup de force; mais
ils y trouvèrent tous deux la mort. Caelius tut chassé de
Rome et massacré à Thurium dans l'Italie méridionale.
Il avait trente-quatre ans (48).
«
C'était un homme, dit Quintilien, qui
aurait mérité d'avoir plus d'esprit de conduite et une vie
plus longue. dignus cui et mens melior et vita longior contigisset.
»
(Inst. orat., X, 1, 115).
Caelius s'était
fait un nom comme orateur; Cicéron, dans
le Brutus (79, 273), parle avec grands éloges
de son talent de parole, surtout comme accusateur (V. les fragments des
discours de Caelius dans les Oratorum romanorum fragmenta de Meyer, éd.
Dübner, pp. 311 et suiv.). On a encore de lui la correspondance qu'il
entretint avec Cicéron pendant que celui-ci était proconsul
en Cilicie ;
les dix-sept lettres qu'il lui écrivit alors, de 51 à 48,
forment tout le livre VIIIe du recueil Ad Familiares,
«
et il n'y en a point dans tout ce recueil, dit Boissier, qui soient plus
spirituelles et plus piquantes ».
Plus d'un critique les
met au-dessus des lettres de Pline le Jeune et
à côté de la correspondance de Cicéron.
(GE). |
|