Mise
en ordre |
Les
halos sont causés non par des gouttelettes d'eau liquide mais par
de fins cristaux de glace formés dans des nuages d'altitude (cirrus
et apparentés), au-delà de 5000 ou 6000 mètres. Lorsque
l'atmosphère est très calme, ces cristaux, qui peuvent revêtir
une poignée de formes géométriques simples, s'orientent
selon des directions préférentielles, du fait de la pesanteur
et des frottements de l'air. Cette situation explique que ces particules
renvoient ou réfractent la lumière du Soleil (ou de la Lune)
dans des directions privilégiées, selon les angles formés
par les facettes des différentes structures cristallines impliquées.
Cela renforce donc l'intensité de la lumière renvoyée
dans telle ou telle direction. Il existe en particulier des familles de
ces particules glacées, qui du fait de leur position dans le ciel
par rapport à la source lumineuse et à l'observateur fera
que ce dernier les verra plus brillantes. Celles dont les facettes forment
un prisme de 60° sont ainsi à l'origine d'un petit halo, dont
le rayon apparent, autour du Soleil ou de la Lune est de 22°, et qui
est généralement blanc, mais peut être bordé
intérieurement par une discrète frange rougeâtre, et
extérieurement par une frange bleutée; celles dont les facettes
font un angle de 90°, sont responsables de la formation d'un grand
halo à 46°, moins aisément observable que le précédent.
On remarque ordinairement
que le ciel, à l'intérieur du petit halo, contraste, par
une couleur grise assez sombre, avec l'illumination générale
de l'espace extérieur. Cette particularité s'explique par
la direction de certains rayons réfractés par les prismes
qui produisent le halo.
Malgré
des perfectionnements, et les progrès dans la compréhension
de la nature de la lumière, les grandes lignes de la théorie
des phénomènes de halo remonte aux travaux de Mariotte .
Suivant ce physicien, le phénomène est produit par la réfraction
de la lumière passant à travers de petits cristaux de glace
transparents et prismatiques qui flottent dans les hautes régions
de l'atmosphère. L'eau prend, en se congelant, une grande variété
de formes cristallines, parmi lesquelles on trouve fréquemment des
cristaux prismatiques hexagones, dont les faces présentent une inclinaison
de 60° les unes par rapport aux autres. Ces prismes sont tournés
dans toutes les directions possibles, et par conséquent les rayons
du Soleil tombent sur leurs faces à des inclinaisons différentes.
Mais, dans certaines positions du prisme par rapport à la lumière
incidente, les rayons qui le traversent subissent une déviation
minimum qui a lieu lorsque le rayon réfracté forme un triangle
isocèle avec les deux côtés du prisme. La direction
que suit alors la rayon dans l'intérieur du cristal fait un angle
de 60° avec la face de celui-ci ou un angle de 30° avec la perpendiculaire
à cette face. Ce dernier angle est l'angle de réfraction.
Or, on sait par expérience que, pour la glace, lorsque l'angle de
réfraction est 30°, l'angle d'incidence est 41°; par conséquent,
le rayon lumineux tombe sur le cristal à un angle de 90° - 41°
= 49°. Donc, la déviation du rayon de sa direction primitive
est 60° - 49° = 11°. En émergeant du cristal, le rayon
subit une seconde déviation de même valeur. La déviation
totale de la première direction est donc 2 x 11° = 22°,
ce qui est le demi diamètre du halo. Il résulte de là,
que les rayons parallèles qui tombent du Soleil sur chacun des prismes
avec des angles d'incidence égaux à 41°, seront réfractés
dans les directions qui font des angles égaux à 20°,
et qu'un oeil placé à l'intersection verra un cercle lumineux
dont le diamètre apparent ou l'angle sera d'environ 44°. Quant
au halo secondaire ou extérieur, dont le diamètre est d'environ
90°, il sera attribué, plus tard, d'après Young ,
à deux réfractions successives à travers des prismes
différents, et d'après Cavendish ,
à la réfraction des extrémités rectangulaires
des prismes. Ces recherches théoriques s'appuyaient en partie sur
les expériences de Brewster
qui quelques décennies plus tôt avait imité les halos
en plaçant devant une lampe une vitre recouverte d'alun cristallisé.
Lui-même expliquait la formation de ce phénomène par
l'effet d'un très grand nombre "d'aiguilles prismatiques suspendues
dans l'atmosphère". Ces prismes, dans de certaines positions, écrivait-il,
peuvent tourner assez longtemps sur eux-mêmes sans que la déviation
des rayons réfractés change sensiblement. La multiplication
de ces rayons dans une direction unique donnant à l'oeil une impression
plus vive, on voit se former des bandes colorées qui se superposent
comme dans l'arc-en-ciel. Au total, cette théorie expliquait l'ordre
dans lequel les couleurs sont disposées. La réfrangibilité
du rayon violet étant plus considérable que celle du rayon
rouge, le premier subira une plus grande déviation, et par conséquent
la bande violette du halo aura un diamètre plus grand que la bande
rouge. Et surtout, la théorie permettait de comprendre que la condition
nécessaire de la production des halos est l'existence de particules
de glace dans les régions supérieures de l'atmosphère.
Par conséquent, l'apparition d'un halo fournissait des données
sur la température de l'air a de grandes altitudes au-dessus de
la Terre.
Le cercle parhélique.
Quand le Soleil
ou la Lune se trouvent près de l'horizon et que, dans un air calme,
les faces des cristaux de glace se placent verticalement : il se forme
un immense cercle déjà décrit par par Hévélius ,
appelé cercle parhélique, qui traverse le Soleil ou la Lune
(cercle parasélénique) en croisant les deux halos (qui peuvent
être visibles ou non) et en faisant le tour entier de l'horizon à
une hauteur constante. Sur ce cercle, un peu à l'extérieur
du petit halo et plus rarement du grand, à la même hauteur
que le Soleil, des taches brillantes, parfois colorées, qui sont
les images diffuses de l'astre, et prennent les noms de parhélies
ou de parasélènes, selon que l'astre concerné
est le Soleil ou la Lune, respectivement. Dans certains cas, on signale
aussi des images écartées à 120° du Soleil et
de la Lune (parenthélies et parentisélènes) ou même
à l'opposé (anthélies et antisélènes,
situées à 180°).
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Les
halos dans leur complexité : dessin extrait de A Treatise on
Meteorology, d'Elias Loomis (1880). En médaillon : une photo
du phénomène prise dans l'Antarctique.
(Source
: NOAA Photo
Library).
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Quelquefois ces
images sont croisées par deux arcs blancs qui s'étendent
à une assez grande distance, ainsi que d'autres phénomènes
également en forme d'arcs. On peut voir aussi se former les colonnes
verticales, traînées lumineuses qui s'étendent jusqu'à
25 degrés au-dessus et au-dessous de l'astre, formant ainsi, avec
une partie du cercle parhélique; une croix à bras plus ou
moins inégaux. L'éclat de tout ces phénomènes
est très variable variable; tantôt on ne voit que de pâles
lueurs, tantôt la clarté est presque aussi éblouissante
que celle de l'astre central.
Les parhélies.
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On désigne sous le nom de parhélie un un météore
qui présente, sous l'aspect d'une clarté brillante, une ou
plusieurs images du Soleil, et qui se montre toujours en même temps
que cet astre. Les parhélies, ceux du halo
intérieur surtout, ont une belle coloration où toutes les
nuances du spectre suivent le rouge, placé du côté
du Soleil. Quand cet astre s'élève, les taches s'éloignent
des cercles en restant toujours sur le diamètre horizontal.
L'ordre des couleurs dans les cercles colorés
est le même que dans l'arc-en-ciel; mais la couleur rouge est dans
la partie intérieure qui regarde le Soleil. Les parhélies
se montrent le plus souvent pendant l'hiver, lorsque le vent du nord souffle.
La durée de l'apparition des parhélies est d'une, deux, trois
et même quatre heures. Lorsque les
parhélies disparaissent, il tombe ordinairement de la pluie, ou
même de la neige sous la forme d'aiguilles.
Les parhélies paraissent toujours
aussi grandes que le Soleil dont elles
sont l'image; mais leur figure n'est pas
aussi exactement sphérique; l'éclat des parhélies
n'est jamais aussi éblouissant que celui du Soleil. Leur contour
extérieur présente les mêmes couleurs que l'arc-en-ciel.
Plusieurs parhélies paraissent se terminer par une longue queue,
dont l'éclat est moins vif que celui de la parhélie même.
Les
parhélies sont des phénomènes assez singuliers pour
avoir de longue date attiré l'attention. Parmi les témoignages
les plus connus, on citera les suivants : Lahire
observa, à Paris, deux parhélies en 1689. Il n'en aperçut
qu'une en 1693; et Maraldi
en observa plusieurs en 1721 ( Mémoires
de l'Académie des Sciences, années 1692, 1693 et 1721).
Gray et Halley
ont vu en Angleterre plusieurs parhélies, dont les Transactions
philosophiques renferment la description. Scheiner
observa à Rome plusieurs parhélies accompagnées de
circonstances assez piquantes pour, exercer la sagacité de Descartes
et de Huygens .
Hévélius
remarqua à Dantzig (auj. Gdandsk), en 1661, le Soleil accompagné
de six images solaires qui le ravirent d'admiration et de surprise. Patrin
a observé, en Sibérie, plusieurs parhélies, dont une
lui a présenté l'aspect de l'astre du jour, accompagné
de deux images; et chacune de ces images était terminé par
un cône lumineux, dont la base aboutissait au Soleil. Hévélius,
Huygens, Cassini ,
Musshembroek ,
etc. ont constamment observé qu'à l'époque de l'apparition
des parhélies le temps n'est jamais serein : de petits nuages flottant
de loin en loin dans l'atmosphère altèrent ordinairement
sa transparence. Ajoutons que Musshembroek, après avoir réuni
toutes ces circonstances, a été conduit à supposer
que les parhélies sont formées par la réflexion des
rayons du Soleil sur un nuage qui lui est opposé d'une certaine
manière.
Les parasélènes.
- Les parasélènes
sont des météores qui offrent le spectacle d'une ou de plusieurs
images de la Lune. Ce phénomène représente sous la
forme d'un anneau lumineux, qui laisse apercevoir quelquefois une image
apparente de la Lune, et quelquefois deux. La cause qui donne naissance
aux parasélènes est la même que celle qui produit les
parhélies.
Le
phénomène des parasélènes, comme celui des
parhélies, est connu depuis longtemps. Même si l'on doit se
méfier des témoignages anciens, qui sont souvent déformés
en fonction de l'idée qu'on se faisait de ce que devait être
un prodige, on notera que Pline
fait mention de trois lunes qu'on avait aperçues l'an 632 de la
fondation de Rome. Eutrope et Euspinien assurent que, l'on avait vu trois
lunes à Rimini, l'an 234, avant J.-C.. Depuis cette époque,
plusieurs phénomènes semblables, dont Gorcius parle dans
son Traité des Parhélies, se sont montrés dans
l'atmosphère. Cassini parle
d'un parasélène qu'il a observé en France en 1693
: ce parasélène n'avait point de cercle. Fouchy
en a observé un autre dans la nuit du 7 au 8 mai 1735, qui était
accompagné de deux cercles lumineux. Plus récemment encore,
Jean-Yves Durand, un visiteur de ce site, a eu la chance d'observer un
parasélène spectaculaire et nous a adressé ce témoignage
:
"En
1981, j'ai moi même vu ce phénomène en mer à
200 km au large de la Mauritanie. C'était en juillet en fin d'après
midi et il y avait trois croissants de lune parfaits. Il était impossible
de savoir quelle était la vraie lune. Cela a duré une heure
et les deux jours suivant j'ai vu le même phénomène.
Etonnant!"-
Arcs
tangents et colonnes. - Sur les halos viennent quelquefois s'appuyer
des arcs tangents, brillamment colorés. Des arcs peuvent relier
les parhélies (et éventuellement les parasélènes)
au petit halo : ce sont les arcs de Lowitz. Il existe également
des phénomènes situés, ou démarrant, sur la
même verticale que l'astre concerné. Mais les plus fréquents
sont ceux qui se forment symétriquement aux extrémités
du diamètre vertical du petit halo. Ce sont les arcs tangents, ainsi
que l'arc de Parry, qui relie ces derniers. Ceux du halo extérieur,
plus rares, mais plus nombreux, le touchent non seulement dans la verticale
du Soleil, mais encore aux points latéraux distants de 46 degrés.
Le plus élevé de ces arcs, qui a le zénith de l'observateur
pour pôle, est quelquefois désigné sous le nom de cercle
circumzénithal.
Enfin, toujours sur
la même verticale, il est parfois possible d'observer un une colonne
lumineuse s'élançant au-dessus du Soleil, voire au-dessous,
s'ornant alors éventuellement d'une concentration de lumière
plus importante, appelée faux Soleil, qui s'interprète comme
un effet de réflexion de la lumière sur les faces horizontales
des cristaux de glace, très similaire à celui que l'on peut
observer à la surface d'une eau légèrement ridée.
On peut aussi observer des fausses Lunes dans des conditions analogues.
Les
principaux phénomènes de halo.
(Image
de fond calculée par le logiciel HaloSim3
de
Michael Schroeder et Les Cowley).
Le phénomène
n'a presque jamais son complet développement. C'est tantôt
telle forme de cristaux, tantôt telle autre, qui se produit dans
l'atmosphère, et ces petits corps y flottent immobiles ou descendent
lentement, dans des positions différentes; selon qu'elle est calme
ou agitée. Les parties que nous avons décrites se présentent
par conséquent rarement ensemble, et l'on ne doit pas s'étonner
de trouver une grande variété dans les descriptions des observateurs.
Lowitz
a donné une description d'un de ces phénomènes qu'il
a observé à Saint-Pétersbourg le 29 juin 1790. Pendant
longtemps, on n'a n'a pas eu d'autre observation exacte. Le 12 mai 1824,
Hoff et Kries, à Gotha, en ont décrit un autre, et le 27
mars 1826 Schult, Hansteen et Segelke ont fait des observations similaires
en Norvège. Babinet
a montré qu'il se produit une imitation du cercle parhélique,
quand on regarde le Soleil à travers un cristal, taillé en
lame parallèlement à ces axes, et placé dans une position
verticale. Bravais a calculé toutes les circonstances du phénomène;
au moyen de ses ingénieux appareils. Il est également est
parvenu à donner la reproduction artificielle des cercles, ainsi
que celui des anthélies et de leurs arcs dans une chambre obscure
au moyen d'un prisme en glace qu'il faisait tourner très rapidement
en y projetant les rayons solaires.
Au chapitre des raretés
de raretés, ajoutons que des parhélies et des arcs très
brillants deviennent quelquefois eux-mêmes, des sources de lumière
pour la formation d'un nouveau système d'apparences semblables,
mais naturellement très pâles.
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Collection
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Une remarquable
apparition de halos et de parasélènes a été
observée, le 21 février 1864, à huit heures du soir,
dans plusieurs localités des départements d'Indre-et-Loire
et de Loir-et-Cher :
«
C'est à Cléré que le phénomène s'est
produit sous l'apparence la plus curieuse. Le ciel paraissait pur et sans
nuages, et l'on distinguait même les étoiles, malgré
le clair de Lune.
Tout
à coup, des rayons d'un blanc d'argent, partis de la lune, dessinent
une croix grecque, dont la lune occupe le centre; un cercle blanc plus
foncé réunit les bras de la croix, et forme ainsi un premier
et magnifique halo lunaire.
A chaque
bras, dont l'un s'étend au nord, l'autre au midi, et à égale
distance, l'image, de la lune se trouve reproduite par un globe lumineux
de même grandeur, moitié blanc et moitié teint des
couleurs de l'arc-en-ciel. Ces globes lancent parfois des rayons irisés
imitant la queue d'une comète.
Un
second halo cercle immense en dehors.du premier et partant des lobes lumineux
qui terminent les bras de la croix, entoure le bourg de Cléré;
il 'est. d'une :couleur identique au premier. Ce second halo présente
aussi, et.à égale distance sur sa circonférence, deux
autres globes lumineux en tout semblables aux premiers, ce qui.forme ainsi
cinq globes lumineux, y compris le globe de la lune, et. tous réunis
par les cercles et les branches de la croix.
Ce.
qui est encore plus curieux, c'est que deux croissants d'inégale
grandeur et superposés à une certaine distance l'un de l'autre,
occupent le centre du second halo au-dessus de la croix, sans liaison aucune
avec le reste du phénomène. » (d'après un article
paru dans le Phare de la Loire).
A Mettray, le météore
présentait les apparences suivantes :
«
Le cercle argenté entourant la lune était coupé par
deux diamètres lumineux perpendiculaires. L'un de ces diamètres,
allant du nord-est au sud-ouest, présentait à chaque extrémité
les teintes irisées de l'arc-en-ciel. Ces deux points ainsi colorés
projetaient eux-mêmes, en dehors du cercle, une longue traînée
lumineuse, mais incolore, affectant la forme d'une portion d'ellipse. Le
phénomène a suivi des phases diverses. par suite du déplacement
des nuées, ou, ce qui est plus probable, de l'amas de neige interposé
entre la lune et l'oeil du spectateur.
Les
diamètres lumineux ont disparu lentement, le cercle s'est déprimé
progressivement, de manière à prendre une forme complètement
elliptique. La courbe, en même temps, se colorait des teintes de
l'arc-en-ciel, affaiblies cependant, tandis que les deux extrémités
du grand diamètre, irisées dès le commencement du
halo, conservaient une grande intensité lumineuse. »
Enfin, à Amboise ,
le phénomène offrait des circonstances également remarquables
:
«
Par un temps serein, qui laissait bien distinguer les étoiles, la
pleine lune étant cependant voilée, est apparu peu à
peu un halo ou grand cercle lumineux, assez large, dont la lune occupait
le centre. Dans le même temps s'est formé un autre cercle,
non moins large, mais beaucoup plus grand que le premier, et de la circonférence
duquel la lune 'occupait, au sud, l'un des points. Les deux cercles se
coupaient, et la lumière réfractée se trouvant en
quelque sorte accumulée aux deux points d'intersection, situés
à l'est et à l'ouest de la lune, on y remarquait deux foyers
lumineux qui, par degrés, ont offert. aux regards toutes les couleurs
de l'arc-en-ciel, parfaitement visibles et parfaitement distinctes. »
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Les
couronnes
On désigne sous le nom de couronnes
des disques et des cercles concentriques de dimensions variables qu'on
observe autour du Soleil ou de la Lune, lorsque les rayons venus de l'astre
tombent sur des nuages légers, contenant des gouttelettes généralement
d'eau liquide et non plus seulement des cristaux de glace. Les couleurs,
qui proviennent, comme l'a montré Fraunhofer ;
d'un phénomène de diffraction, peuvent être plus ou
moins marquées, cela dépend de l'homogénéité
de taille des gouttes impliquées (lorsque il existe un trop grande
variété de tailles, la couronne apparaît simplement
blanche). Lorsqu'on distingue les couleurs du prisme
dans ces cercles, le violet est placé en dedans et le rouge en dehors.
Ces cercles, qui dans les plus favorables des cas peuvent être au
nombre de trois, et dont le premier - le plus brillant, à dominante
rouge-brun - est appelé l'auréole, sont à égale
distance les uns des autres, mais cette distance est variable suivant l'état
des nuages et de l'atmosphère. On observe plus fréquemment
ces phénomènes autour de la Lune, à cause de la vivacité
de la lumière du disque solaire qui ne permet d'en faire l'observation
qu'à l'aider d'un verre noirci; aussi, leur donne-t-on quelquefois
le nom vulgaire et d'ailleurs très impropre d'arcs-en-ciel lunaires
(l'arc-en-ciel lunaire proprement dit étant en fait tout autre chose
: c'est un arc-en-ciel ordinaire, mais situé à l'opposé
de la Lune).
Lorsque le phénomène se
présente dans toute sa netteté, les cercles présentent,
à partir du Soleil, une succession de couleurs analogues à
celles que l'on observe dans les anneaux colorés; la distance du
premier cercle au Soleil varie de 1° à 4°; elle dépend
de la grandeur des gouttelettes interposées entre l'astre et l'observateur.
Plus les gouttes sont petites et plus l'anneau est grand. C'est encore
un phénomène analogue aux couronnes que l'on observe, lorsqu'on
regarde une source lumineuse à travers une lame de verre que l'on
a ternie par la vapeur de l'haleine.
«
Tous les nuages, dit Kaemtz ,
qui ne sont pas trop épais pour que la lumière du Soleil
puisse les traverser, les cirrus et les cirro-stratus exceptés,
offrent des traces de couronnes, mais la vivacité des couleurs n'est
pas toujours la même. Je ne les ai jamais vues si belles que sur
les brouillards qui, pendant la nuit, se forment dans les vallées
et s'élèvent vers le milieu du jour au sommet des montagnes.
Quand des lambeaux de nuages passaient entre le Soleil et moi, alors les
couleurs avaient une vivacité que je leur ai rarement vue : elles
ne sont pas moins belles sur les cirro-cumulus, surtout quand ils sont
par petites masses d'un blanc éblouissant et dont les bords sont
tellement confondus qu'on a de la peine à suivre leurs contours
sur le ciel. »
Les
spectres du Brocken
En montagne, par temps de brouillard, et
lorsque le Soleil, bas sur l'horizon, brille d'un éclat suffisant,
il est possible d'apercevoir, à l'opposé, sa propre silhouette,
projetée au centre d'auréoles brillantes et colorées.
Souvent, les passagers d'un avion aperçoivent l'image agrandie de
celui-ci sur les nuages des hautes régions qu'ils traversent. Et
c'est toujours un phénomène semblable que l'on observe.
On lui donne parfois le nom que proposa le géographe Keller
de Nebelbild (image de brouillard). Mais le
plus souvent on le désigne sous le nom de spectre du Brocken, en
référence au sommet le plus élevé (1142 m)
de
la chaîne du Harz (Allemagne) où, apparemment, cette
curiosité a conquis une place particulière dans l'imaginaire
des habitants.
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Sur les montagnes
magiques
Dès
les époques historiques les plus reculées, le sommet du Brocken
a été le théâtre du merveilleux. On voit sur
son sommet des blocs de granit, encore désignés sous les
noms de siège et d'autel
de la sorcière; une source d'eau limpide s'appelle la fontaine
magique, et l'anémone du Brocken est communément appelée
la fleur de la sorcière. On a présumé que ces
dénominations doivent leur origine aux sites de la grande idole
que les Saxons adoraient en secret au sommet du Brocken, lorsque le christianisme
était déjà dominant dans la plaine. Comme le lieu
où se célébrait ce culte doit avoir été
très fréquenté, peut-être que le spectre, qui
aujourd'hui le hante si fréquemment au lever du Soleil, s'invitait-il
aussi, juste pour faire parler de lui, peut-être d'ailleurs, comme
le yéti, qui sur des montagnes bien loin de là, pourrait
lui aussi n'être qu'un spectre... au sens optique du terme. |
On y reconnaît en fait dans ce phénomène
deux parties, d'une part, le spectre anthélique proprement dit,
constitué autour d'une zone brillante, appelée gloire, et
d'autre part, un système d'anneaux extérieurs, observé
dans quelques cas, et appelé arc-en-ciel blanc ou cercle d'Ulloa.
La meilleure description du spectre du Brocken est celle qu'en a donnée
Hane, qui en fut témoin le 25 mai 1797, et dont nous reproduisons
ici le rapport qu'en a fait le Magasin Pittoresque (1833) :
«
Après être monté plus de trente fois au sommet de la
montagne, il eut le bonheur de contempler l'objet de sa curiosité.
Le Soleil se levait à environ quatre heures du matin par un temps
serein, le vent chassait devant lui, à l'ouest, vers l'Achtermannshohe,
des vapeurs transparentes qui n'avaient pas encore eu le temps de se condenser
en nuages. Vers quatre heures un quart, le voyageur aperçut, dans
la direction de l'Achtermannshohe, une figure humaine de dimensions monstrueuses.
Un coup de vent ayant failli emporter le chapeau de M. Hane, il y porta
la main, et la figure fit le même geste.
M.
Hane fit immédiatement un autre mouvement, en se baissant, et cette
action fut reproduite par le spectre. Une autre personne vint alors rejoindre
M. Hane, et tous deux s'étant placés sur le lieu même
d'où l'apparition avait été vue, ils dirigèrent
leurs regards vers l'Achtermannshohe, mais ne virent plus rien. Peu après,
deux figures colossales parurent dans la même direction, reproduisirent
les gestes des deux spectateurs, puis disparurent. Elles se remontrèrent
peu de temps après, accompagnées d'une troisième.
Quelquefois les figures étaient faibles et mal déterminées;
dans d'autres moments, elles offraient une grande intensité et des
contours nettement arrêtés. On a deviné que le phénomène
était produit par l'ombre des observateurs projetée sur un
nuage. La troisième image était sans doute due à une
troisième personne placée derrière quelque anfractuosité
de rocher. »
Spectre
du Brocken... au Népal.
(Source
: Mountain Light, ©
Galen & Barbara Rowell).
En novembre 1744, pendant son voyage avec
La Condamine
dans la Cordillère des Andes, Bouguer fut témoin d'un
phénomène semblable au sommet du Pambamarca :
«
Ce qui nous étonna, dit-il, c'est que la tête de l'ombre était
ornée d'une auréole formée de trois ou quatre
petites couronnes concentriques d'une couleur très vive, chacune
avec les mêmes variétés que le premier arc-en-ciel,
le rouge étant en dehors. C'était comme une espèce
d'apothéose
pour chaque spectateur; et je ne dois pas manquer, d'avertir que chacun
jouit tranquillement du plaisir de se voir orné de toutes ses couronnes,
sans rien apercevoir de celles de ses voisins. Je me hâtai de faire,
avec les premières règles que je trouvai, un instrument pour
mesurer les diamètres. Je craignais que cet admirable spectacle
ne s'offrit pas souvent. J'ai en occasion d'observer depuis que ces diamètres
changeaient de grandeur d'un instant à l'autre, mais en conservant
toujours entre eux l'égalité des intervalles, quoique devenus
plus grand ou plus petits. »
Le spectre du Brocken se manifeste quelquefois
dans des circonstances plus ordinaires, au lever et au coucher du Soleil,
quand des brouillards reposent près du sol. Souvent la figure aérienne
dont la tête est presque toujours entourée de rayons lumineux,
n'est pas plus grande que nature. On comprend que de telles apparitions
aient pu servir de nourriture aux légendes qu'on retrouve en diverses
contrées, surtout dans les pays montagneux ,
où les hautes cimes, couronnées de nuages aux contours changeants,
aux couleurs variées, jouaient par ailleurs un si grand rôle
dans la constitution du symbolisme religieux.
-
Cercle
d'Ulloa et gloire autour d'une ombre d'avion.
(Source
: Site de
Raymond L. Lee Jr.)
-
Le cercle d'Ulloa.
On a observé des arcs-en-ciel
blancs, ou dont les couleurs étaient extrêmement pâles
(rouge à l'extérieur, et le bleu à l'intérieur),
formés dans d'épais brouillards. Cette apparence provient
de la petitesse des gouttelettes d'eau impliquées : le grand anneau
blanchâtre aperçu par Ulloa
et Bouguer
pendant leur séjour sur le Pichincha (aujourd'hui en Équateur)
paraît avoir cette origine. Les dimensions de ce cercle de Ulloa,
comme on a coutume de l'appeler, sont celles de l'arc principal ordinaire;
et on le voit seulement sur les lieux élevés, en même
temps que des auréoles irisées se forment autour des ombres
projetées sur le brouillard. Voici la description qu'en a faite
Antonio de Ulloa :
«
Il se trouvait, dit-il, au point du jour sur le Pambamarca avec six compagnons
de voyage; le sommet de la montagne était entièrement couvert
de nuages épais; le Soleil, en se levant, dissipa ces nuages; il
ne resta à leur place que des vapeurs légères qu'il
était presque impossible de distinguer. Tout à coup, au côté
opposé à celui où se levait le soleil, chacun des
voyageurs aperçut, à une douzaine de toises de la place qu'il
occupait, son image réfléchie dans l'air comme dans un miroir;
l'image était au centre de trois arcs-en-ciel nuancés de
diverses couleurs et entourés à une certaine distance par
un quatrième arc d'une seule couleur. La couleur le plus extérieure
de chaque arc était incarnat ou rouge; la nuance voisine était
orangée; la troisième était jaune : la quatrième
paille, la dernière verte. Tous ces arcs étaient perpendiculaires
à l'horizon; ils se mouvaient et suivaient dans toutes les directions
la personne dont ils enveloppaient l'image comme une gloire. Ce qu'il y
avait de plus remarquable, c'est que, bien que les sept voyageurs fussent
réunis en un seul groupe, chacun d'eux ne voyait le phénomène
que relativement à lui, et était disposé à
nier qu'il fût répété pour les autres. L'étendue
des arcs augmenta progressivement, en proportion avec la hauteur du soleil;
en même temps leurs couleurs s'évanouirent, les spectres devinrent
de plus en plus pâles et vagues, et enfin le phénomène
disparut entièrement. Au commencement de l'apparition, la figure
des arcs était ovale; vers la fin, elle était parfaitement
circulaire. »
Le nombre de cercles
varie de un à cinq. Ils sont d'autant plus nombreux et bien
colorés que le Soleil est très brillant et le brouillard
épais et bas.
De
nombreux témoignages de ce phénomène existe. On en
trouve, par exemple, chez Kaemtz, qui l'a vu plusieurs fois dans les Alpes
et note que dès que l'ombre était projetée sur
un nuage, la tête se montrait entourée d'une auréole
lumineuse. Ramond, dans les Pyrénées, de Saussure
ont également observé et décrit avec détail
le spectre du Brocken. Selon Scoresby ,
qui l'a observé dans les régions polaires, il apparaît
dans les régions polaires chaque fois qu'il y a du brouillard et
du Soleil simultanément. Le 23 juillet 1821, le navigateur
rapporte qu'il vit quatre cercles concentriques autour de sa tête
: le premier était blanc ou jaune, rouge et pourpre; le second second
vert, jaune, rouge et pourpre; le troisième vert, blanchâtre,
jaunâtre, rouge et pourpre; le quatrième verdâtre, blanc
et plus foncé sur les bords. Les couleurs du premier et du deuxième
étaient très vives; celles du troisième, visibles
seulement par intervalles, étaient très faibles, et le quatrième
n'offrait qu'une légère teinte de vert. Les demi diamètres
du numéro quatre, bord interne, étaient de 36° 50' (selon
Ulloa et Bouguer, la mesure était plutôt de 33° 30', Bravais
au Spitzberg, trouvait 35°), bord externe, 41° à 42°;
demi diamètre du numéro trois : 6°30'; demi diamètre
du numéro deux : 4°45', du numéro un : 1° 45'. Le
cercle numéro 4 auquel Scoresby assigne un diamètre de 40°
environ, paraît être fort rare. Selon Raymond Lee, à
qui on a emprunté l'image ci-dessus, le phénomène
de l'arc-en-ciel blanc a, en fait, été décrit beaucoup
plus tôt, en particulier par Léonard de Vinci ,
qui en propose d'ailleurs une explication dans son Traité de
la Peinture, au début du XVIe
siècle, Théodoric de Freiberg, au XIIIe siècle, et
par Avicenne
au XIe siècle.
N. B.
- Le phénomène décrit ici est différent de
celui, plus commun, appelé heiligenschein, qui correspond
à l'apparition d'une auréole claire autour de l'ombre de
la tête de l'observateur, lorsque celle-ci se projette sur de la
rosée déposée sur de l'herbe, par exemple. Dans ce
cas, il y a seulement réflexion de la lumière sur les petites
gouttes d'eau sphériques.
-
Heiligenschein.
(Source
: Atmospheric phénomena;
©
Alexander Wünsche).
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L'ombre des
montagnes
Lorsqu'on
se trouve placé au sommet d'une très haute montagne, l'ombre
que projette le Soleil, à son coucher, se dirige vers le ciel, et
produit quelquefois un magnifique phénomène, observé
par Bravais et Martins, dans une de leurs excursions au mont Blanc. Bravais
en a donné la description suivante :
«
Le soleil approchant de l'heure de son coucher, nous jetâmes les
yeux du côté opposé à l'astre, et nous aperçûmes,
non sans quelque étonnement, l'ombre du mont Blanc qui se dessinait
sur les montagnes couvertes de neige de la partie est de notre panorama.
Elle s'éleva graduellement dans l'atmosphère, où elle
atteignit la hauteur d'un degré, restant encore parfaitement visible.
L'air,
au-dessus du cône d'ombre, était teint de ce rose pourpre
que l'on voit, dans les beaux couchers de Soleil, colorer les hautes cimes;
le bord de cette teinte offrait une zone plus intense, et cette bordure
continue rehaussait l'éclat du phénomène.
Que
l'on imagine maintenant les montagnes de la grande vallée d'Aoste
projetant, elles aussi, à ce même moment, leur ombre dans
l'atmosphère, la partie inférieure sombre avec un peu de
verdâtre, et au-dessus de chacune de ces ombres la nappe rose purpurine
avec la ceinture rose foncée qui la séparait d'elles; que
l'on ajoute à cela la rectitude du contour des cônes d'ombre,
principalement de leur arête supérieure, et enfin les lois
de la perspective faisant converger toutes ces lignes l'une sur l'autre,
vers le sommet même de l'ombre du mont Blanc, c'est-à-dire
au point du ciel où les ombres de nos corps devaient être
placées, et l'on n'aura encore qu'une idée incomplète
de la richesse du phénomène météorologique
qui se déploya pour nous pendant quelques instants. Il semblait
qu'un être invisible était placé sur un trône
bordé, de feu, et que, à genoux, des anges aux ailes
étincelantes l'adoraient, tous inclinés vers lui. A la vue
de tant de magnificence, nos bras et ceux de nos guides restèrent
inactifs, et des cris d'enthousiasme s'échappèrent de nos
poitrines. J'ai vu les belles aurores boréales du Nord [sic] avec
leurs couronnes zénithales aux colonnes diaprées et mobiles,
que nos plus beaux feux d'artifice ne sauraient égaler par leurs
effets; mais la vue de l'ombre du mont Blanc me paraît plus grandiose
encore. »
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En
librairie - Istvan Berkes, La physique
de tous les jours, Vuibert, 2001; D. Benest, C. Froeschlé et
al., Les Planètes et leur environnement,
Hachette, 1996 (L'ouvrage contient un chapitre sur la diffusion de la
lumière dans les atmosphères des planètes, signé
Jean-Paul Parisot et et Françoise Suagher, auquel il conviendra
de se reporter pour une explication très claire des phénomènes
évoqués dans cette page); Fançoise Suagher et Jean-Paul
Parisot, Jeux de lumière (les phénomènes lumineux
du ciel), Cêtre, 1995; Terence Dickinson, Découvrir le
ciel le jour, Broquet, 1990; Collectif, Les phénomènes
naturels, Pour la Science, 1985 (un chapitre de David Lynch y
est consacré aux halos). |
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