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Buch (Léopold
de), né en 1774 à Stolpe (Uckermark), mort en 1853 à
Berlin.
Il parcourut dès 1798 l'Italie
et l'Auvergne
à différentes reprises, pédestrement, le sac au dos
et le marteau du géologue à la main; il visita pendant deux
ans (de juillet 1806 à octobre 1808) les îles scandinaves,
pénétra jusqu'au cap Nord, et établit un centre d'observations
dans l'île déserte de Mager-Oe. Il explora, en 1815, les îles
Canaries ,
visita, à son retour, les côtes de l'Irlande et de l'Écosse,
et le groupe basaltique des Hébrides. Huit mois avant sa mort (en
l'été de 1852), il avait encore visité l'Auvergne
: ce fut sa dernière excursion. Ses principaux travaux se trouvent
consignés dans le recueil des Mémoires de l'Académie
de Berlin. Parmi ses autres publications, on remarque surtout : Description
géognostique de la Silésie
(1797),Observations géognostiques faites en Allemagne et en Italie(1802-1809),
Voyage
en Norvège et en Laponie (1810),
Description physique des
îles Canaries (Berlin, 1825, in-8°, avec atlas) et sa
Carte
géognostique
[géologique]
de l'Allemagne, en 42 feuilles (Berlin, 1832, 2eédition).
Ajoutons qu'il fut, en récompense de ses services, nommé
chambellan du roi de Prusse .
Il était par ailleurs membre de l'Académie
de Berlin et associé de l'Institut. Flourens
a lu à l'Institut en 1856 une Notice sur ce savant.
Contre
le neptunisme.
Ce ne sont pas les vulcaniens proprement
dits qui portèrent au système de Werner
les plus rudes coups; ce sont les élèves mêmes du célèbre
professeur de Freyberg qui le firent tomber. Élevé à
l'école wernérienne, où il eut pour condisciple Alexandre
de Humboldt, Léopold de Buch, était encore partisan de
la théorie wernerienne lorsqu'il fit, en 1797, paraître sa
Description
géognostique de la Silésie ,
où le basalte, le gneiss
et le micaschiste se trouvent classés
parmi les formations aqueuses.
Cependant, de Pargine en Italie, le disciple
de Werner, L. de Buch, écrivait déjà (vers 1798) à
son ami Humboldt :
"Ici les diverses espèces
de roches semblent avoir été bouleversées par le chaos.
Je trouve les couches de porphyre sur le calcaire secondaire, et les schistes
micacés sur le porphyre. Tout cela ne menace-t-il pas de renverser
les beaux systèmes par lesquels on prétend expliquer les
époques des formations?"
Bientôt ses doutes s'accrurent avec
l'étude des volcans. A la suite de son exploration du Vésuve,
il peignit avec une verve poétique les formidables efforts du déchaînement
des forces souterraines. Le voyage d'Italie lui fit comprendre que l'examen
des couches tranquillement déposées par les eaux n'était
pas, comme on le croyait à Freyberg, toute la géologie, que
la nature ne se révèle que dans ses crises et que là
seulement on pouvait espérer lui dérober ses secrets.
Le voyage d'Auvergne opéra un changement
complet dans les idées de L. de Buch. Guettard, l'un des maîtres
de Lavoisier, avait découvert, en 1751,
les volcans éteints de l'Auvergne : les laves, les cendres, les
scories, les montagnes avec leurs cônes cratériformes auraient
dû depuis longtemps démontrer aux habitants qu'ils foulaient
un sol autrefois embrasé. Cependant un étonnement général
accueillit une découverte à peine soupçonnée.
En 1763, Desmarets, visitant le Puy-de-Dôme,
signala les piliers de pierre noire dont la figure et la position lui rappelaient
tout ce qu'il avait lu sur les basaltes. Ces colonnes, par leur régularité,
portaient l'empreinte d'un produit fondu par le feu. Mais où cet
agent modificateur réside-t-il? Bien profondément au-dessous
de l'écorce consolidée du globe, avait osé dire Dolomieu. |
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Avant de se prononcer, Léopold
de Buch voulut observer lui-même ces cratères
éteints, ces basaltes fondus, qui dérangeaient singulièrement
le système de Werner. Son exploration de l'Auvergne fut un acte
d'indépendance. Le moyen de rester fidèle à son maître
quand il voyait, contrairement à l'enseignement reçu, le
granite, le gneiss, le porphyre au-dessus du calcaire, le foyer des volcans
au-dessous des roches réputées les plus profondes, le basalte
lié à la lave, et partout des traces de soulèvement
et de redressement. Son exploration des îles Canaries et celle de
la presqu'île Scandinave achevèrent de le convaincre.
Son voyage au nord de l'Europe le mit sur
la voie de la solution d'un grand problème. Depuis plus d'un demi-siècle,
les habitants des côtes de la Norvège s'étaient aperçus
d'un abaissement graduel du niveau de la mer. Sur le conseil du physicien
Celsius, on avait gravé des marques sur les rochers de Galfe et
de Kalmar .
Linné lui-même était venu tracer un niveau sur un bloc
dont il a fait la description. Telle ville maritime étant devenue
continentale, tel petit bras de mer se trouvant transformé en grande
route, les habitants des régions concernées croyaient fermement
que les eaux de la mer diminuaient. Ce phénomène étrange
frappa beaucoup l'esprit de L. de Buch. "Il est certain, se disait-il,
que le niveau de la mer ne peut s'abaisser; l'équilibre des eaux
s'y oppose. Cependant le mouvement de retrait est un fait incontestable.
Pour sortir d'embarras, il ne restait d'autre moyen que de supposer que
le sol de la presqu'île scandinave s'est soulevé depuis Friedrichs-hall
jusqu'à Abo". Voyant dans les bouleversements des couches primitives
du globe, dans la sortie des basaltes et de toutes les roches cristallines,
l'effet d'une cause souterraine, volcanique, L. de Buch finit par rattacher
aux réactions de la Terre le soulèvement des montagnes et
celui des contrées entières, telles que la Suède. |
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Ce grand géologue distingua
l'effort qui soulève de l'effort qui rompt : au premier il donnait
le nom de cratère de soulèvement, au second celui de cratère
d'éruption. Pour lui les volcans sont des "communications permanentes
entre l'atmosphère et l'intérieur du globe". Il les divise
en deux classes, les volcans centraux et les chaînes volcaniques
: les premiers forment le centre d'un grand nombre d'éruptions qui
se sont faites autour d'eaux; les seconds sont disposés dans une
même direction, comme une grande fente ou rupture du globe. Ces pointes
de rochers, soulevées par le feu souterrain lui suggérèrent
l'idée que les innombrables îles de l'océan Pacifique,
que l'on avait considérées jusqu'alors comme les sommets
d'un continent submergé, étaient des îles de soulèvement.
Leopold de Buch n'avait d'abord présenté
son idée favorite du soulèvement des montagnes qu'avec beaucoup
de réserve. Mais à mesure que les observations s'accumulaient,
il devint plus hardi. En 1822, après une étude nouvelle du
Tyrol
méridional, il déclara, dans un écrit publié
sous le titre de Lettre, que toutes les masses redressées du globe
doivent leur position actuelle "à un véritable soulèvement".
Cette manière de voir lui expliqua un fait, resté jusque
là sans interprétation plausible, la présence de coquilles
marines sur le sommet des plus hautes montagnes. En montrant que ce ne
sont pas les mers qui se sont soulevées jusqu'au sommet des montagnes,
puisque ce sont au contraire, les montagnes qui se sont soulevées
du fond des mers, L. de Buch parvint à résoudre les plus
grandes difficultés qui eussent jusqu'alors occupé l'esprit
des géologues. (Hoefer). |
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