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Encyclopédie
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| Les bouffons de cour |
| Dès la plus
haute antiquité, on voit certains individus, sous la qualification
de fous ou de bouffons, se donner pour mission de divertir et de faire
rire par leurs saillies, leurs lazzis, leurs quolibets, leurs grimaces
et leurs gestes burlesques, ceux qui voulaient bien les prendre à
gages à cet effet et s'amusaient de leurs folies ou bouffonneries.
La mode d'entretenir
dans son logis des fous ou des bouffons domestiquessemble avoir pris naissance
en Asie Ces bouffons domestiques survécurent
à l'Antiquité Le bouffon devient alors un personnage important. Le plus souvent laid, disgracieux, contrefait, il se met en quatre pour exciter la gaieté de qui le paie et le nourrit, pour faire naître le rire ou le sourire sur les lèvres de celui dont il est le commensal et le parasite, n'épargnant rien pour atteindre son but, jouissant d'ailleurs d'une licence particulière, raillant toutes choses et toutes gens, et tirant souvent parti de ses difformités même pour amuser son maître à ses dépens lorsqu'il ne trouve pas de meilleur moyen de remplir à souhait le rôle qui lui est confié. Le métier de bouffon, car c'en était un, n'était pas toujours facile, et à ceux qui n'avaient que la volonté et les dispositions naturelles, on donnait un maître pour les former. Le bouffon sautait et gambadait comme un singe, dansait d'une façon grotesque, jouait du rebec ou de la vielle, de la trompe on de la cornemuse, faisait des vers et des chansons, bavardait à tort et à travers, avait toujours la réplique prête à qui lui parlait, se répandait en saillies, en coq-à-l'âne, en balourdises volontaires, avait toujours prêt un conte à débiter, une énigme à proposer, une histoire folle à raconter. Bien traité par son maître quand il remplissait au gré de celui-ci son office, il lui arrivait, lorsqu'au contraire son talent semblait insuffisant, de recevoir les étrivières et d'aller manger à la cuisine, où les valets, qu'il n'épargnait pas d'ordinaire dans ses railleries, avaient alors l'occasion de se venger de ce qu'ils en avaient souffert. On cite un bouffon de cour qui, au milieu
du Xe siècle, accompagna Hugues
le Grand, père de Hugues Capet, dans une
expédition où le chef de la maison de France Mais ce n'est guère qu'à partir du XIVe siècle qu'on voit apparaître la charge de bouffon érigée en titre d'office particulier, payée sur les deniers royaux, et le premier dont on trouve la trace est un nommé Geoffroy, qui fut le fou de Philippe V, dit le Long. A partir de ce moment, tous les rois de France eurent des bouffons en titre d'office, et l'on peut croire si cette fonction était avidement recherchée par tous ceux qui se croyaient aptes à la remplir. On les voit dès lors adopter un costume particulier, destiné à les faire facilement reconnaître et à symboliser en quelque sorte le caractère de folie inhérent à leur charge. Ce costume était formé d'une jaquette généralement bariolée de jaune et de vert, découpée à angles aigus, avec une culotte de même genre; à la ceinture, le plus souvent une épée de bois doré, ou parfois une vessie suspendue à l'extrémité d'une baguette et renfermant une poignée de pois secs; sur la tête, une sorte de bonnet, ou plutôt de grand capuchon pointu, avec deux grandes oreillettes en forme d'oreilles d'âne, terminées par des grelots; enfin, à la main, comme attribut distinctif, une marotte avec un bonnet semblable. On trouve la description de ce costume dans un petit poème du XVe siècle, intitulé les Souhaix du Monde : Pour mon souhait qui nuyt et jour m'assotte,Le premier bouffon en titre d'office dont on retrouve la trace à la suite de Geoffroy est un certain Rollet ou Rollier, mentionné par Du Cange et qui semble avoir appartenu à Philippe de Valois, de même que Seigni Johan, dont Rabelais rapporte une anecdote curieuse dans son Pantagruel L'un des plus fameux en son temps fut encore
Brusquet,
qui, ainsi que Thony et Maistre Martin, fut bouffon de Henri
II, de François II et de Charles
IX. Brantôme, le Perroniana, Guillaume
Bouchet dans ses Sérées, Noël du Fail dans ses
Propos rustiques, nous ont raconté les hauts faits et les
nombreux exploits et mystifications de Brusquet, qui de son vrai nom s'appelait
Jehan-Antoine Lombart. Quant à Thony, il fut célébré
en prose par le même Brantôme, en vers par le poète
Ronsard. Les reines Marguerite de Navarre et
Catherine de Médicis eurent à
leur service trois folles ou bouffonnes, appelées Mme de Rambouillet,
Cathelot et la Jardinière, et l'on cite trois autres bouffons de
Charles IX : le Greffier de Lorris, Estienne
Doynie et des Rosières. Sous Henri III,
nous trouvons d'abord Sibliot, puis le fameux Chicot,
dont Alexandre Dumas a fait, en le transformant,
un personnage si important de ses deux romans
la Dame de Monsoreau et les Quarante-Cinq, et Mathurine,
la première folle en titre d'office que l'on rencontre à
la cour des rois de France |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.