Baudelaire
1857 |
Je veux, pour composer
chastement mes églogues,
Coucher auprès
du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers,
écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels
emportés par le vent.
Les deux mains au
menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier
qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les
clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels
qui font rêver d'éternité.
Il est doux, à
travers les brumes, de voir naître
L'étoile
dans l'azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon
monter au firmament
Et la lune verser
son pâle enchantement.
Je verrai les printemps,
les étés, les automnes;
Et quand viendra
l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout
portières et volets
Pour bâtir
dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai
des horizons bleuâtres,
Des jardins, des
jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des
oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle
a de plus enfantin.
L'Emeute, tempêtant
vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever
mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé
dans cette volupté
D'évoquer
le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil
de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants
une tiède atmosphère. |
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