Baudelaire
1857 |
Morne esprit, autrefois
amoureux de la lutte,
L'Espoir, dont l'éperon
attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher!
Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont
le pied à chaque obstacle butte.
Résigne-toi,
mon coeur; dors ton sommeil de brute.
Esprit vaincu, fourbu!
Pour toi, vieux maraudeur,
L'amour n'a plus
de goût, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants
du cuivre et soupirs de la flûte!
Plaisirs, ne tentez
plus un coeur sombre et boudeur!
Le Printemps adorable
a perdu son odeur!
Et le Temps m'engloutit
minute par minute,
Comme la neige immense
un corps pris de roideur;
Et je n'y cherche
plus l'abri d'une cahute!
Je contemple d'en
haut le globe en sa rondeur,
Avalanche, veux-tu
m'emporter dans ta chute? |
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