Baudelaire
1857 |
Ce spectre singulier
n'a pour toute toilette,
Grotesquement campé
sur son front de squelette,
Qu'un diadème
affreux sentant le carnaval.
Sans éperons,
sans fouet, il essouffle un cheval,
Fantôme comme
lui, rosse apocalyptique,
Qui bave des naseaux
comme un épileptique.
Au travers de l'espace
ils s'enfoncent tous deux,
Et foulent l'infini
d'un sabot hasardeux.
Le cavalier promène
un sabre qui flamboie
Sur les foules sans
nom que sa monture broie,
Et parcourt, comme
un prince inspectant sa maison,
Le cimetière
immense et froid, sans horizon,
Où gisent,
aux lueurs d'un soleil blanc et terne,
Les peuples de l'histoire
ancienne et moderne. |
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