Baudelaire
1857 |
Ce soir, la lune
rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté,
sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite
et légère caresse,
Avant de s'endormir,
le contour de ses seins,
Sur le dos satiné
des molles avalanches,
Mourante, elle se
livre aux longues pâmoisons,
Et promène
ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans
l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur
ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer
une larme furtive,
Un poète
pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de
sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés
comme un fragment d'opale,
Et la met dans son
coeur loin des yeux du soleil. |
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