Baudelaire
1857 |
Le vin sait revêtir
le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus
d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil
couchant dans un ciel nébuleux.
L'opium agrandit
ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps,
creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme
au delà de sa capacité.
Tout cela ne vaut
pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon
âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer
à ces gouffres amers.
Tout cela ne vaut
pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans
l'oubli mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante
aux rives de la mort! |
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