Baudelaire
1857 |
Du temps que la
Nature en sa verve puissante
Concevait chaque
jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé
vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds
d'une reine chat voluptueux.
J'eusse aimé
voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement
dans ses terribles jeux;
Deviner si son coeur
couve une sombre flamme
Aux humides brouillards
qui nagent dans ses yeux;
Parcourir à
loisir ses magnifiques formes;
Ramper sur le versant
de ses genoux énormes,
Et parfois en été,
quand les soleils malsains,
Lasse, la font s'étendre
à travers la campagne,
Dormir nonchalamment
à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau
paisible au pied d'une montagne. |
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