Baudelaire
1857 |
Homme libre, toujours
tu chériras la mer!
La mer est ton miroir;
tu contemples ton âme
Dans le déroulement
infini de sa lame,
Et ton esprit n'est
pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à
plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des
yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois
de sa propre rumeur
Au bruit de cette
plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous
les deux ténébreux et discrets,
Homme, nul n'a sondé
le fond de tes abîmes;
Ô mer, nul
ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes
jaloux de garder vos secrets!
Et cependant voilà
des siècles innombrables
Que vous vous combattez
sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez
le carnage et la mort,
Ô lutteurs
éternels, ô frères implacables! |
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