Baudelaire
1857 |
O Muse de mon coeur,
amante des palais,
Auras-tu, quand
Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs
ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer
tes deux pieds violets?
Ranimeras-tu donc
tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons
qui percent les volets?
Sentant ta bourse
à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu
l'or des voûtes azurées?
Il te faut, pour
gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant
de choeur, jouer de l'encensoir,
Chantes des Te
Deum auxquels tu ne crois guère,
Ou, saltimbanque
à jeun, étaler les appas
Et ton rire trempé
de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir
la rate du vulgaire. |
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