Baudelaire
1857 |
Au-dessus des étangs,
au-dessus des vallées,
Des montagnes, des
bois, des nuages, des mers,
Par delà
le soleil, par delà les éthers,
Par delà
les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te
meus avec agilité,
Et, comme un bon
nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaîment
l'immensité profonde
Avec une indicible
et mâle volupté.
Envole-toi bien loin
de ces miasmes morbides,
Va te purifier dans
l'air supérieur,
Et bois, comme une
pure et divine liqueur,
Le feu clair qui
remplit les espaces limpides.
Derrière les
ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de
leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui
peut d'une aile vigoureuse
S'élancer
vers les champs lumineux et sereins!
Celui dont les pensers,
comme des alouettes,
Vers les cieux le
matin prennent un libre essor,
- Qui plane
sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs
et des choses muettes! |
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