 |
Balmes (l'abbé
Jaime), publiciste et philosophe né à Vich (Catalogue)
le 26 août 1818, mort le 9 juillet 1848. Il entra dans les ordres
et enseigna les mathématiques au
collège de sa ville natale. Il prit une part active aux luttes politiques
et religieuses de son pays et attaqua vivement la régence de Esportero
à l'occasion de la vente des biens du clergé. Exilé
par le régent, il rentra en Espagne après sa chute et fonda
à Madrid
un journal hebdomadaire El Pensamiento de la Nacion, destiné
à combattre les idées libérales. II a laissé
outre un certain nombre d'écrits de polémique politique ou
religieuse trois ouvrages importants qui ont été traduits
en français par Raffin et Manec sous ces titres : l'Art d'arriver
au vrai; le Protestantisme
comparé au catholicisme
dans leur rapport avec la civilisation européenne (3 vol.);
la Philosophie fondamentale (3 vol.).
L'Art d'arriver au vrai est un ouvrage
où l'auteur indique la manière de se garder des erreurs
que nous appelons en France les erreurs morales. Ecrit d'une plume alerte
et facile, avec des vues éloquentes et des réflexions humoristiques,
il rappelle à la fois les chapitres pleins de sens consacrés
par Nicole, dans la Logique de Port-Royal ,
aux causes morales de l'erreur, et le livre éloquent
du P. Gratry, intitulé les Sources.
C'est donc moins un traité de logique,
comme semblerait l'indiquer le titre, qu'une suite de chapitres où
l'auteur nous fait part de ses réflexions sur les sciences,
les livres et leurs auteurs.
Dans le Protestantisme comparé
au catholicisme, Balmès a cherché à prouver que
le principe du catholicisme
peut seul assurer avec l'autorité l'existence de la véritable
civilisation et de la véritable liberté, tandis que le principe
du protestantisme doit nécessairement amener à sa suite ou
le despotisme ou l'anarchie. Balmès, qui emprunte le nerf de sa
démonstration à l'Histoire des Variations ,
de Bossuet, évite constamment de faire
porter la discussion sur le terrain des faits qui lui est peu favorable
pour la maintenir sur le terrain des pures déductions logiques.
Voici la charpente de son raisonnement.
Deux esprits se partagent le monde, l'esprit de soumission et d'obéissance,
l'esprit de révolte et d'opposition. Le premier est l'esprit du
catholicisme; le second, celui du protestantisme. L'esprit de révolte
s'est manifesté XVIe siècle
dans le domaine religieux; du domaine religieux, il a passé au XVIIe
siècle avec Descartes dans le domaine
philosophique et enfin au XVIIIe siècle
il a envahi le domaine politique, substituant partout à l'ordre
le désordre, à la régularité l'anarchie. Tous
les maux qu'ont entraînés les guerres de religion et celles
de la Révolution, Balmès n'hésite pas à les
mettre au compte de l'esprit de libre examen qui fait le fond du protestantisme.
Balmès croit avoir ainsi démontré la supériorité
du catholicisme et du principe d'autorité par la vue des maux qui
doivent, d'après lui, résulter du principe contraire.
Dans la Philosophie fondamentale,
Balmès s'efforce de rétablir sur des bases assurées
les principes de la certitude et de la métaphysique
ruinés par l'idéalisme transcendantal
de Kant et de ses successeurs (Fichte,
notamment). Il trouve le fondement de la connaissance
dans ce qu'il appelle « l'intelligibilité immédiate
», c'est-à-dire la clarté évidente
de certaines vérités qui s'imposent
nécessairement
à l'esprit. Son point d'appui est ainsi
le même que celui de Descartes et c'est,
comme le philosophe français, dans le Je pense qu'il trouve
la première vérité certaine. Il affirme ainsi la vérité
objective
du principe de causalité, du principe
de
substance; il va même si loin dans
le
réalisme qu'il fait du
temps
et de l'espace des
réalités
immédiatement perçues.
On voit que la doctrine
de Balmès ne brille pas par l'originalité. On aurait tort
cependant de conclure qu'on n'a rien à gagner à la lecture
de ses ouvrages. On y trouvera beaucoup de vues de détail ingénieuses,
éloquentes, profondes même, et qui font penser. C'est un esprit
sincère, habile à manier l'analyse
et la discussion, et qui, alors même qu'on n'est pas de son avis
et qu'il se trompe évidemment, désarme le lecteur par l'intrépidité
de son affirmation et l'évidence de sa bonne foi. (G.
Fonsegrive). |
|