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Aurang Zeb

Aurang Zeb, Aurengzeb, ou Aureng-Zeyb (en persan : ornement du trône) est le nom sous lequel est connu le 3e fils et le successeur de Shah Jahan, Mohi-ouddin Mohammed Alamguir, empereur moghol de l'Inde qui régna de 1658 à 1707. Déjà, avant d'être élevé au rang suprême, à l'âge de quatorze ans, ce prince avait été investi d'un gouvernement. Son père lui avait confié l'administration du Deccan; il se trouva alors en lutte avec le prince de Bijapur qu'il tenta de soumettre à l'autorité du Grand Moghol, et assista en quelque sorte à la naissance de la puissance mahratte dont le fondateur Sividjaï l'aida à plusieurs reprises contre le souverain de Bijapur, bien que ne se souciant pas plus au fond de faire triompher l'un que l'autre, heureux même de les voir s'entre-déchirer. En 1658, Shah Jahan, ayant été atteint d'une maladie que l'on crut mortelle, et qui ne le fut pas, Aurang Zeb se souleva en même temps que ses deux frères, Choudja, gouverneur du Bengale, et Mourad, gouverneur du Gujarat, contre Dara leur frère aîné, qui avait pris en mains le pouvoir. Joignant ses forces à celles de Mourad au bord de la Nerbada, il défit les troupes impériales, marcha sur Agra, triompha de la résistance de Dara qu'il battit complètement dans une bataille très disputée, pénétra par ruse dans le palais de Shah Jahân à Agra, le fit prisonnier et le retint jusqu'à la fin de sa vie, c. -à-d. pendant huit ans, dans une étroite captivité, tout en le traitant avec beaucoup d'égards et supportant avec patience les mouvements d'indignation et les invectives du vieux monarque détrôné.

Maître de la personne de son père, il se défit successivement de ses trois frères. Il commença par son allié Mourad, qu'il fit charger de fers pendant son sommeil et envoya prisonnier à Agra; il le fit décapiter par la suite. Dara, l'aîné de ses frères, héritier présompptif du trône, lui fut livré par trahison; il le fit assassiner dans sa prison. Choudja, traqué parles troupes d'Aurang-Zeb, chercha un refuge dans l'Arakan où il périt avec tous les siens. Enfin, Soliman, fils de Dara, fut fait prisonnier ainsi que Mohammed, le propre fils d'Aurang-Zeb qui s'était déclaré contre lui et qui mourut après sept ans de captivité dans la forteresse de Gwailor. Débarrassé de ceux des membres de sa famille qui le gênaient (1661), Aurang-Zeb se trouva maître d'un vaste empire qui s'étendait depuis le Kaboul à l'Ouest jusqu'à l'Assam à l'Est. Il fit faire la conquête de cette dernière province par le meilleur de ses généraux, Mir Djamla, qui mourut au retour de cette expédition, délivrant Aurang-Zeb d'un serviteur redouté. Du côté de l'Ouest, ses relations de voisinage l'engagèrent dans des démêlés avec le roi de Perse Abbas Il, démêlés qui auraient probablement abouti à une guerre dangereuse pour le Grand Moghol sans la mort inattendue d'Abbas.

ll ne put toutefois éviter une guerre avec les Afghans et fut obligé d'y prendre part personnellement pour réparer l'échec de ses généraux. C'est au Midi, dans le Deccan (qu'il avait appris à connaître dès le début de sa carrière); qu'il rencontra les plus grandes difficultés et trouva l'écueil de sa puissance. Les courses de Sividjaï l'obligèrent à faire marcher ses troupes contre cet aventurier : la première expédition, commandée par Chaïsta-Khan, avait presque réussi; Sividjaï allait être pris quand, pénétrant ai l'improviste dans la chambre du général dont il tua le fils, qu'il blessa et mit en fuite, il échappa au danger; tandis que Chaïsta-Khan, déconcerté et désolé, renonçait à poursuivre la lutte. Une seconde armée, commandée par le Mirza-Râdja (général en chef) Djaï Singh, eut plus de succès. Sividjaï, réduit aux abois, consentit à aller trouver l'empereur pour lui faire sa soumission. Mais n'étant ni honoré à la cour du Grand Moghol comme un vaincu qu'on respecte, ni gardé avec soin comme un prisonnier qu'on redoute, il s'échappa et reprit sa vie d'aventurier et de partisan, sans qu'on prit réprimer les désordres qu'il provoquait.

La mort seule délivra Aurang-Zeb de cet adversaire incommode (1680), mais non du mouvement dont le pays des Mahrattes était le théâatre. Simbadji, fils de Sividjaï, continua, bien qu'avec moins de talent, l'oeuvre de son père. Pris en 1686, il périt d'un affreux supplice. La constance dont il fit preuve et son noble refus de renoncer à l'Hindouïsme pour embrasser l'Islam lui suscitèrent des imitateurs, et l'insurrection mahratte continua quoique l'empereur se flattât de l'avoir vaincue. Il résolut alors, pour mieux affermir son autorité dans le Decan, de réduire cas royaumes de Golconde et de Bidjapur dont l'indépendance lui avait donné jadis tant d'ombrage. Shah Allam, son fils aîné, qui devait être son successeur, vint mettre le siège devant Golconde dont le roi obtint la paix moyennant des conditions assez dures; mais peu après, au mépris de la foi jurée, Aurang-Zeb vint en personne attaquer de nouveau cette ville qui fut prise après une résistance de sept mois. Dans l'intervalle Bidjapur avait succombé : le roi, abandonné de ses troupes, et réduit par la famine dans sa ville investie, était tombé aux mains du vainqueur. 

Il est douteux que ces agrandissements aient servi la cause du Grand Moghol; il eût mieux fait de s'attacher ces princes par l'amitié et les liens du vasselage, en leur conservant une sorte d'indépendance, que de s'emparer violemment de leurs Etats et d'anéantir ces petites dynasties. Mais ce qui plus que tout le reste lui fit du tort et prépara la dissolution de l'empire, ce fut l'absurde persécution dirigée contre la religion des Hindous. Aurang-Zeb avait de bonne heure manifesté pour l'Islam un zèle dont ses prédécesseurs ne lui avaient pas donné l'exemple. Il est vrai que son père Shah-Djehan s'était laissé aller à quelques velléités de persécution, mais il en avait promptement reconnu l'imprudence et était revenu à la pratique tolérante qui était dans les traditions de l'empire. Aurang-Zeb suivit une autre voie; il se jeta à corps perdu dans la persécution, rétablit pour les non-musulmans le djézié, ou impôt de capitation (1679), détruisit des temples hindouïstes pour les remplacer par des mosquées, insulta aux rites du culte hindou, exerça des violences contre ceux qui le professaient, principalement contre les princes et les prêtres.

Quoique son zèle religieux paraisse avoir été sincère, il semble avoir été surtout guidé en cela par des motifs politiques. Il espérait consolider sa domination par l'extinction du culte hindou; il se trompait du tout au tout. Cette conduite, maladroite autant qu'injuste, fit naître la désaffection et encouragea la révolte. Elle servit les Mahrattes et les autres opposants dans leur lutté contre le pouvoir suprême; car, au lien de voir en eux des déprédateurs, on fut disposé à les considérer comme des libérateurs. Aussi l'empereur, dans les dernières années, se consuma-t-il en vains efforts contre les Mahrattes et les Radjputs; le chagrin que ces difficultés lui causaient fut accru par l'attitude de ses fils, dont l'un, Akbar, se joignit ouvertement à ses ennemis, dont les autres, sans se déclarer contre lui, laissaient percer l'impatience d'une succession dont l'ouverture se faisait attendre longtemps. 

Le souvenir de la façon dont il avait traité son père le tourmentait en même temps que la crainte d'éprouver un sort semblable, sans toutefois abattre son courage. Car il déploya son activité jusqu'à la fin et mourut dans son camp à Ahmed-nagar, le 21 février 1707, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, après un règne qui en avait  duré quarante-neuf, si on le fait dater de la déposition de Chah-Djehan, quarante-six si on le fait dater de l'époque où il devint le maître incontesté du pouvoir.

Aurang-Zeb, arrivé à l'empire par une série de crimes, ne cessa d'employer la ruse et la violence contre ses adversaires. Mais il faut dire à sa louange qu'il s'efforça de faire régner dans ses vastes Etats l'ordre et la justice; il favorisa de tout son pouvoir le développement intellectuel. Il avait le sentiment de ce qui fait la grandeur et la prospérité d'un peuple. L'austérité des moeurs est un trait remarquable chez ce despote. Son règne fut peut-être le plus brillant, à coup sûr le plus long de tous ceux de l'empire moghol. Sa mort fut le signal de la décadence. (L. Feer).

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Dictionnaire biographique
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