 |
Argensola
(Lupercio Leonardo d'), né à Barbastro
(Aragon )
en 1565, était d'une famille italienne d'origine. Dès 1587,
il composa trois tragédies, la Izabela,
la Filis, la Alejandra, qui eurent un succès retentissant,
et, en 1589, il se distingua à Alcala
dans un tournoi poétique, comme il y en avait alors. Agent du gouvernement
de Philippe II, à Saragosse,
en 1591, il fut ensuite nommé chroniqueur d'Aragon , puis secrétaire
particulier de Marie d'Autriche. En 1610, il fut appelé à
Naples
par le vice-roi, comte de Lemos, sorte de Mécène qui lui
confia le poste de secrétaire d'Etat et de la guerre. Il mourut
subitement en 1613 et l'Académie des
Oziosi, qu'il avait contribué à fonder, lui fit faire de
magnifiques funérailles.
Les trois tragédies composées
par Lupercio d'Argensola, sont louées d'une façon vraiment
extraordinaire par Cervantes et il nous dit
qu'elles excitèrent un enthousiasme indescriptible. Elles furent
pourtant si vite oubliées que quelques années après
on ne les retrouvait plus et on en vint à imaginer qu'elles n'étaient
qu'une fiction de Cervantès et que l'engouement qu'il dépeignait
était une manière de faire son propre éloge. Mais
vers 1760 on retrouva par hasard l'lzabela et l'Alejandra
qui furent reconnues pour être l'oeuvre d'Argensola; elles ne parurent
pas justifier la faveur avec laquelle le contemporains les avaient accueillies.
Elles sont le produit d'un effort malheureux
pour faire revivre le genre de la tragédie grecque. Surchargées
d'événements, ne témoignant d'aucune entente de la
scène, pleines de détails horribles, elles n'ont un certain
mérite qu'au point de vue de la versification; celle-ci est toujours
élégante et pure et il y a çà et là
quelques discours poétiques assez beaux. Quant aux oeuvres lyriques
de Lupercio, qu'on place immédiatement après les compositions
des plus grands maîtres, elles ne nous sont parvenues qu'en fort
petit nombre dans le recueil qui contient aussi les poésies de son
frère (ci-dessous). (Edouard Cat). |
|
 |
Argensola (Bartolomé
Leonardo d'), plus jeune d'une année que son frère, entra
dans les ordres et fut nommé en 1588 curé de Villa Hermosa;
en 1598, il devint aumônier de Marie d'Autriche, dont son frère
était secrétaire. Après la mort de cette princesse,
en 1603, il fut en relations avec le comte de Lemos, président du
conseil des Indes, qui le chargea d'écrire l'Histoire de la conquête
des Moluques. Après s'être retiré quelque temps
à Saragosse,
près de son frère Lupercio, il suivit ce dernier dans le
royaume de Naples ,
en partit en 1618, fut nommé alors historiographe d'Aragon
et mourut à Saragosse en 1631.
On a de lui : Conquista de las islas
Molucas, Madrid, 1609, in-fol., ouvrage qui contient de belles descriptions
du pays et des récits légendaires recueillis à ce
qu'il semble de la bouche des marins et des conquérants; Primera
parte de les anales de Aragon, Saragosse, 1630, in-fol., faisant suite
aux Annales de Zurita , et quelques opuscules.
Les poésies de Bartolomé
d'Argensola, qui sont remarquables par la pureté du style et la
noblesse des sentiments, ont été publiées avec celles
de son frère aîné, sous ce titre : Rimas de Lupercio
i del doctor Bartholome Leonardo de Argensola, Saragosse, 1634, in-4,
et réimprimées, soit en totalité, soit par fragments,
plusieurs fois. On distingue surtout, parmi celles de Bartolomé,
un sonnet à un Songe, un à
la Providence et une ode en l'honneur
de l'Eglise, après la bataille de Lépante.
(E. C.). |