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Alcamènes
Alcamènes ou Alcamène est  un sculpteur grec. Les auteurs anciens ne sont pas d'accord sur le lieu de naissance d'Alcamènes. Pline le fait naître à Athènes, tandis que Suidas et Tzetzès lui donnent pour patrie l'île de Lemnos. On a essayé de concilier ces témoignages, en supposant qu'Alcamènes avait pu être un clérouque athénien de Lemnos, ou bien que, né dans cette île, il avait passé à Athènes toute la période de son activité artistique. Mais les textes de Suidas et de Tzetzès n'ont qu'une valeur contestable, et ne peuvent être opposés au témoignage de Pline.

Il paraît certain qu'Alcamènes était un élève de Phidias; une tradition, conservée par Pline, voulait même que la grand scultpeur eût mis la dernière main au chef-d'oeuvre de son disciple, l'Aphrodite « des Jardins ». Quant à la prétendue rivalité de Phidias et d'Alcamènes, admise par quelques historiens de l'art grec, elle n'est fondée que sur un récit très suspect, rapporté par Tzetzès. Au dire de l'écrivain byzantin, Alcamènes avait concouru avec Phidias pour une statue d'Athéna. Phidias avait conçu son oeuvre en tenant compte des lois de la perspective, la statue devant être posée sur une base très élevée. Alcamènes, au contraire, ignorant la géométrie, n'avait pas calculé l'effet d'après la hauteur. 

« Le jour de l'exposition publique, ajoute Tzetzès, Alcamènes plut, et Phidias faillit être lapidé. Mais lorsque les deux statues furent en place, l'éloge de Phidias était dans toutes les bouches; Alcamènes au contraire et son ouvrage, ne furent plus qu'un objet de risée.-» 
Brunn avait déjà montré l'invraisemblance de cette tradition, et plus tard R. Fürster en a fait ressortir toute la vanité. Pausanias ne parle pas de ce concours; il se borne à dire qu'Alcamènes, « contemporain de Phidias, occupait le second rang après lui dans l'art de la statuaire » et le voyageur grec n'entend parler que des sculpteurs de l'école attique. On peut donc considérer Alcamènes comme le plus brillant des disciples de Phidias.

Il est difficile de déterminer avec certitude les dates de sa période d'activité. C'est par erreur, sans doute, que Pline le place en même temps que Critios, Nésiotès et Hégias, qui appartiennent encore à l'ancienne école attique du commencement du Ve siècle. Pausanias le fait vivre en même temps que Phidias; mais son témoignage ne permet pas de conclure que les deux artistes eussent le même âge. Elève de Phidias, Alcamènes était, suivant toute vraisemblance plus jeune que lui. Il travaillait encore après 403, puisque après la chute des trente Tyrans, il exécuta les deux statues d'Athéna et d'Héraclès que Thrasybule et ses compagnons consacrèrent dans un temple de Thèbes, en souvenir de la délivrance d'Athènes, et de l'appui que leur avaient prêté les Thébains. Cette date, très précise, permet de mettre en doute la tradition recueillie par Pausanias, lorsqu'il attribue à Alcamènes une statue d'Héra, qu'on voyait dans un temple situé sur la route d'Athènes à Phalère. Le temple avait été détruit par Mardonius, mais la statue aurait été épargnée par les Perses (Les Guerres médiques). Au reste, Pausanias ne donne lui-même cette attribution que sous toutes réserves. On ne peut guère admettre qu'Alcamènes fût en âge de produire au temps de l'invasion persique, et d'autre part rien ne nous autorise à supposer que cette statue fût l'oeuvre d'un autre sculpteur portant le même nom. 

Alcamènes a surtout travaillé pour l'Attique; faute de données chronologiques certaines, il y a lieu d'énumérer d'abord celles de ses oeuvres qu'on voyait à Athènes. Il avait exécuté une statue de Dionysos en or et en ivoire pour l'ancien sanctuaire du dieu situé près du théâtre, dans le quartier de Limnae. Beulé a supposé, avec raison, qu'une monnaie d'Athènes reproduit fidèlement les lignes générales de la statue. Le dieu était figuré assis sur un trône, dans l'attitude du Zeus d'Olympie; il était barbu, le torse nu, et tenait d'une main le thyrse, de l'autre un canthare.

« Qu'on substitue, dit Boulé, un sceptre au thyrse, un aigle au vase, quelques boucles à la torsade de la chevelure, et l'on aura le Jupiter Olympien de Phidias.»
Nous ne connaissons que par des textes la statue d'Héphaistos que le maître athénien avait faite pour l'Héphaistiaion de Colonos Agoraios; le dieu était debout, et une draperie habilement disposée dissimulait sa jambe boiteuse. Alcamènes était aussi l'auteur de la statue d'Arès, consacrée dans le temple de cette divinité. Son Hécate Epipyrgidia, placée sur le bastion du mur sud de l'Acropole qui supporte encore aujourd'hui le temple de Niké Aptéros, était une oeuvre remarquable aussi bien pour l'exécution que pour la nouveauté du type. Alcamènes avait rompu avec la tradition archaïque, encore respectée par Myron, et qui donnait à Hécate l'aspect d'une figure à trois têtes, formée par la réunion de trois corps. Il avait traduit cette idée de la déesse au triple visage en représentant trois femmes adossées à une même colonne; c'est ainsi qu'on voit Hécate figurée sur un grand nombre de monuments étudiés par Petersen, entre autres sur un Hékataion de la collection archéologique de Prague.

L'oeuvre capitale d'Alcamènes, à Athènes, était la célèbre statue en marbre d'Aphrodite; qu'on voyait dans le lieu appelé « les Jardins », près d'un temple d'Aphrodite Ourania. Pausanias déclare que c'est une des statues les plus dignes d'attention qu'on pût voir à Athènes; et Lucien, fin connaisseur en matière d'art, l'appelle « la plus belle des sculptures d'Alcamènes »; il loue le contour des joues, la délicatesse de l'attache des poignets, l'élégance des mains aux doigts ronds et effilés. Nous ne possédons malheureusement aucune copie certaine de cette Aphrodite si vantée. On a proposé d'en reconnaître une réplique dans une belle statue du Louvre, désignée sous le nom de Venus genetrix, et où la déesse est représentée debout, vêtue d'une tunique longue et d'un manteau; d'une main, elle fait le geste de rajuster son manteau; de l'autre elle tient une pomme. Cette statue est certainement une copie d'une oeuvre célèbre; différents musées d'Europe en possèdent des répliques. Des terres cuites d'Asie Mineure, notamment une figurine du Louvre provenant de Myrina, dérivent directement du même type, ainsi qu'une figurine de bronze trouvée en Asie Mineure, et récemment publiée par Witte; enfin ce type est encore reproduit sur un denier de l'impératrice Sabine portant la légende VENERI GENETRICI. Mais s'il est permis de songer à l'Aphrodite d'Alcamènes, en raison du style encore sévère que dénote la statue du Louvre, il est plus vraisemblable que l'auteur de l'original est un artiste du IVe siècle, peut-être Praxitèle. C'est sans doute à l'Aphrodite « des Jardins » que Pline fait allusion lorsqu'il parle d'un concours ouvert entre Agoracrite de Paros, un autre élève de Phidias, et Alcamènes, pour une statue d'Aphrodite. Ce dernier aurait remporté le prix; Agoracrite, vaincu, aurait de dépit transformé son Aphrodite en une Némésis, et l'aurait vendue aux habitants de Rhamnonte.

Hors de l'Attique, Alcamènes avait exécuté pour l'Asclépiéion de Mantinée une statue d'Asclépios. Nous avons déjà mentionné le groupe d'Athéna et d'Héraclès consacré par Thrasybule à Thèbes. Enfin, Pline signale une statue de bronze représentant un athlète vainqueur au pentathle, et connue sous le nom d' «-Encrinomenos-». Elle était consacrée soit à Delphes, soit à Olympie. On a proposé d'identifier cette statue avec le Discobole debout du Vatican, qui offre, en effet, tous les caractères de l'art attique de la fin du Ve siècle. Mais, jusqu'ici, cette attribution n'est fondée sur aucun fait précis, et demeure une hypothèse. Il n'y a pas lieu d'ajouter à la liste des oeuvres d'Alcamènes la statue d'Athéna dont parle Tzetzès dans l'historiette mentionnée plus haut. Enfin, Pausanias signale, sur L'Acropole d'Athènes, un groupe de Procné et d'Itys dédié par un personnage nommé Alcamènes; toutefois, il est probable que l'auteur de cette offrande n'a rien de commun avec notre sculpteur.

A la biographie d'Alcamènes se rattache une grave question, très controversée depuis que les fouilles à Olympie nous ont fait connaître la décoration sculpturale de temple de Zeus Olympien. Alcamènes est-il réellement l'auteur du fronton ouest, représentant le combat des Lapithes et des Centaures aux noces de Pirithoos? Pausanias l'affirme, en même temps qu'il attribue le fronton oriental à Paeonios de Mendé. Mais l'étude des marbres originaux a permis de constater de singulières analogies entre le style des deux frontons et celui des métopes : et d'autre part, l'exécution inégale, souvent lâchée, du fronton ouest, n'est guère d'accord avec les caractères du style d'Alcamènes, tels que les décrit Lucien. Brunn a supposé qu'Alcamènes avait pu exécuter le fronton entre 444 et 440, c.-à-d. avant d'être l'élève de Phidias, en quittant Lemnos sa cité d'origine, où il aurait été formé à l'école des artistes de la Grèce du Nord. Mais les recherches sur la date de la construction du temple de Zeus ont mis en lumière des faits qui contredisènt cette hypothèse. Comme l'ont montré Furtwaengler et Purgold, le temple de Zeus était achevé, avec les sculptures qui le décoraient, avant l'année 457. Il est peu vraisemblable qu'Alcamènes, qui était, encore en pleine activité après 403, ait pu, vers 460, exécuter une oeuvre aussi considérable; on ne l'aurait pas confiée à un débutant. Les raisons qui font douter de l'exactitude du témoignage de Pausanias ont été réunies par  R. Förster, et un auteur du catalogue des moulages du musée de Berlin, P. Wolters, adopte pleinement la théorie suivant laquelle les marbres d'Olympie, exécutés avant l'arrivée de Phidias et de ses élèves en Elide, ne sauraient être attribués ni à Alcamènes ni à Paeonios. Ils seraient l'oeuvre d'une école péloponnésienne, et l'on y chercherait en vain toute trace d'une influence attique. (Max. Collignon).

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