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Alarcon (don Pedro
Antonio de), poète né le 10 mars 1833 à Guadix, petite
ville de la province de Grenade ,
mort à Madrid
en 1891. Il était issu d'une famille de noblesse, ruinée
pendant la guerre de l'Indépendance. Reçu, à l'âge
de quatorze ans, bachelier à Grenade, il y commença ses études
de droit, qu'il dut bientôt abandonner, son père, chargé
d'enfants, n'ayant pu faire face aux frais qu'entraînait la carrière
juridique. On le fit entrer au séminaire de sa ville natale, mais
Alarcon, ne se sentant aucune vocation pour l'état ecclésiastique,
et animé, en revanche, d'une passion irrésistible pour les
lettres, se voua à l'étude de celles-ci, en négligeant
la théologie. Doué d'une rare énergie, il apprit le
français en comparant la version en cette langue de la Jérusalem
délivrée
avec une traduction espagnole; il apprit aussi l'italien par le même
procédé, à l'aide de l'Enéide .
En 1853, le jeune séminariste fonda
à Cadix
une revue littéraire hebdomadaire, El Eco de Occidente, qu'il
alimenta avec le concours d'un seul collaborateur, son ami Torcuato Tarrago,
le romancier, et sans quitter sa ville. La revue ayant pleinement réussi,
il voulut tenter la fortune des lettres. Il s'enfuit et alla continuer
son journal à Cadix, puis à Grenade .
La révolution de 1854 l'entraîna dans le mouvement démocratique
et l'attira à Madrid
où il se mit à la tête de la Colonie grenadine,
association hostile à la dynastie régnante, qu'il combattit
violemment avec la plume dans un journal satirique El Latigo (=
le
Fouet), subventionné secrètement par de grands personnages.
Un duel, où il dut s'abandonner à la générosité
de son adversaire, les poursuites et les déboires de toutes sortes
le dégoûtèrent bien vite de la politique, et plus tard
il jugea sévèrement cette époque de sa vie, s'appelant
"chevalier errant de la révolution et soldat du scandale".
Retiré à Ségovie ,
il se réfugia de nouveau dans les lettres, et fit insérer
dans des journaux et revues une quantité d'articles littéraires
et de petits récits où il se revéla conteur original,
spirituel et d'une grâce inimitable. Comme critique dramatique, il
devint la terreur de ceux qui écrivaient pour la scène. Son
premier roman d'une certaine étendue: le Final de Norma
(1855,
58 éd.,1883), mérita les honneurs d'une traduction française
(par Ch. Yriarte; Paris, 1866). Il voulut aussi aborder le théâtre,
mais son drame, en trois actes et en vers,
El Hijo prodigo (1857),
fut, malgré des qualités incontestables, accueilli avec tant
d'hostilité, que l'auteur le retira, et jamais depuis il ne consentit
à le laisser jouer ni à écrire aucune autre pièce.
En 1859, il fit, comme engagé volontaire; la campagne du Maroc,
fut blessé devant Tétouan et décoré sur le
champ de bataille par le général O'Donnell.
il fonda alors en plein camp un journal, El Eco de Tetuan, qui n'eut
qu'un numéro. Son histoire de cette expédition, écrite
au jour le jour : Diario de un testigo de la querra de Africa (Madrid,
1859; in-fol., avec grav.; 2e édit., 1880, 3 vol. in-8), eut un
succès énorme; c'est en effet un modèle du genre.
En même temps parut un premier recueil de Cuentos, articulos y
novelas, 1859, 4 vol. in-16. Le volume où il raconta ses impressions
d'un voyage en Italie :
De Madrid à Napoles (1864, in-8;
nouv. édit., illustrée, 1878, in-4), est d une haute valeur
littéraire et esthétique.
Un écrivain de son talent ne pouvait
pas rester en dehors de la vie publique, En 1863, il entreprit, dans le
journal la Epoca, une campagne contre le ministère Miraflores
en faveur de l'Union libérale, campagne qu'il continua avec plus
de vigueur encore dans la Politica, journal dont il fut le fondateur.
Nommé député de Guadix dès 1865, il défendit
aux Cortès la politique du général O'Donnell. En 1866.
il signa la fameuse protestation des députés unionistes,
ce qui lui valut l'exil momentané. Il vint alors à Paris ,
puis alla se fixer à Grenade. En 1868, il prit part à la
révolution qui coûta le trône à la reine Isabelle,
et redevint député. Non réélu en 1872, il se
tint à l'écart et s'occupa de la publication de ses travaux
littéraires.
Dans ses vers (Poesias serias y humoristicas;
1870; 3e éd., 1885, avec El Hiijo
prodigo), il fait preuve d'un réel talent de poète, avec
la note lyrique dominante. Les Cosas que fueron (1871; 2e
éd., 1882) sont un second recueil de cuadros de costumbres,
publiés antérieurement. Les deux volumes de ses Novelas
(1872-1873) offrent une réimpression de ses nouvelles choisies,
dont deux : Bonne Pêche et Cornet à pistons, ont été
traduites pour la première fois en français par L. Louis-Lande
(Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1875; avec une étude sur l'auteur).
En 1874, il fit paraître : El Sombrero de tres picos (= le
Tricorne), esquisse de moeurs provinciales, véritable perle
littéraire, qui eut huit éditions (prem. trad. dans le feuilleton
du Temps, 1er janvier 1877), et
la Alpujarra (2e éd.,1882),
impressions de voyage dans la région de la sierra Nevada, rendue
célèbre par le dernier soulèvement des Morisques.
Après la restauration d'Alphonse XII, qu'il avait préparée
par sa plume, il accepta les fonctions de conseiller d'Etat. Il publia
ensuite : Amores y amorios (1875), historiettes en prose et en vers;
El
Escandalo (1875; 7e éd.,1882),
roman de philosophie religieuse, qui marque une évolution dans les
idées de l'auteur et donna lieu à des attaques passionnées;
- El Niño de la bola (1880), considéré comme
son meilleur roman ; - El Capitan Veneno, estudio del natural (1881);
- Novelas cortas (1881-82, 3 vol.; nouv. éd., 1884-85) ;
- la Prodiga (1882) ; - Juicios literarios y artisticos (1883);
- Viajes por España (1883).
Le 15 décembre 1875 il fut élu
à l'Académie espagnole où
il fut reçu (25 février 1877) par le célèbre
D. Candido Nocedal et prononça alors son beau discours Sur la morale
dans l'art. Alarcon est une individualité littéraire très
marquante. Ses oeuvres révèlent des qualités variées
: imagination puissante, tour d'esprit original, enthousiasme, humour et
ironie. Il est surtout passé maître dans des récits
courts, genre de composition mis à la mode et illustré par
D. Ant. de Trueba. Son style est en général très sobre
et d'un charme attachant. (G. Pawlowski). |
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Alarcon y Mendoza (Don
Juan Ruiz de), poète né à Tasco, au Mexique ,
d'une famille noble originaire de la petite ville de Alarcon dans la province
de Cuenca ,
mort à Madrid
le 4 août 1639. Sa vie est peu connue ; d'après les documents,
on suppose qu'il vint en Espagne presque enfant, à la fin du XVIe
siècle. Bachelier en droit canon en 1600, bachelier en droit en
1602, il continuait encore en 1605 ses études à l'université
de Salamanque et, dès 1606, il plaidait à Séville.
Il retourna à Mexico en 1609 et s'y fit recevoir licencié
en droit. Il fut nommé rapporteur au Conseil des Indes, poste honorable
et assez lucratif. Au lieu de traîner sa vie dans la pauvreté
de Camoëns ou de Cervantes,
il vécut l'égal des grands seigneurs. Protégé
par le duc de Medina de las Torres qui fit sa fortune, il excita l'envie
et la haine parce qu'il était riche et bossu. Aussi personne ne
parla des excellentes pièces qu'il fit.
La Verdad Sospechosa, sa meilleure
comédie, fut imprimée dans une collection publiée
en 1630 sous le nom de Lope de Vega. Corneille
l'y découvrit, en fut enthousiasmé et l'imita, déclarant
dans la préface du Menteur
qu'il en avait emprunté le sujet à Lope de Voga. Les préventions
qu'excitait Alarcon, les railleries dont il était l'objet, n'ont
été égalées que par le mépris avec lequel
il s'habitua bientôt à juger le public. La préface
du premier volume de ses comédies en est une preuve. La première
partie de son théâtre (composé avant 1622) fut publiée
en 1628 et dédiée au grand chancelier du conseil des Indes,
au duc de Medina de las Torres, son Mécène, dit-il,
à qui il s'adresse sur un ton de courtoise égalité
bien plus que sur le ton d'un poète de cour.
Ce volume imprimé à Madrid
chez Jean Gonçalez contient : Los favores del mundo (les
Faveurs du monde); - La industria y la suerte (Industrie
et sort); - Las paredes oyen (les Murs ont des oreilles);
- El semejante a si mismo (l'Autre lui-même) ; - La
cueva de Salamanca (la Caverne de Salamanque) Mudarse por
mejorarse (Changer pour trouver mieux); - Todo es ventura
(la Chance est tout); El desdichado en fingir (la Feinte
malheureuse); - Et dueño de las estrellas (le Maître
des étoiles).
La deuxième partie, plus rare, mieux
imprimée, tirée sur un papier plus élégant,
fut publiée à Barcelone
en 1634; elle comprend : Los empreños de un engaño
(les Entraînements d'un mensonge); - La amistad castigada
(le Châtiment de l'amitié) ; - La manganilla de
Melilla (la Ruse de Melilla); - Ganar amigos (Acquérir
des amis); - La verdad sospechosa (la Vérité
suspecte); - El Antecristo (I'Antechrist); - El tejedor
de Segovia (le Tisserand de Ségovie) ; - Los pechos
privilegiados (les Seins privilégiés); - La
prueba de las promesas (les Promesses à l'épreuve);
- La crueldad por honor (la Cruauté par honneur);
- El examen de maridos (l'Examen des maris).
Alarcon est un des rares poètes
dramatiques classiques de langue espagnole qui fassent de l'analyse de
caractères; le mouvement et le conflit d'intrigues imprévues
que la bourgeoisie et les artisans de Madrid
exigeaient connue première nécessité d'une oeuvre
dramatique, lui servent de cadres pour des peintures aussi vives que vraies.
Les deux chefs-d'oeuvre dramatiques d'Alarcon sont en deux genres différents,
la Vérité suspecte et le Tisserand de Segovie.
Ajoutons quelques mots sur la Vérité
suspecte, que Corneille a portée
sur la scène française sous le titre du Menteur. Les
deux comédies sont semblables d'intrigues; seulement la moralité,
accessoire dans la pièce française, est le fond du sujet
chez Alarcon qui veut prouver que la vérité devient suspecte
en passant par une bouche habituée au mensonge. Les personnages
sont à peu près les mêmes, moins trois ou quatre rôles
accessoires; les noms, qui chez Alarcon appartiennent naturellement à
la société espagnole, se transforment dans Corneille en noms
insignifiants, tirés du grec et dits de comédie, pratique
peu favorable à l'illusion et qui a longtemps persisté en
France. La scène est des deux parts dans la capitale : à
Madrid, elle présente selon le besoin six tableaux divers; à
Paris ,
deux seulement, les Tuileries
et la Place Royale (Place des Vosges )
dans laquelle des mariages se traitent et de graves entretiens s'engagent.
La plupart des scènes de la
Verdad sospechosa se retrouvent
dans le Menteur, la conduite du dialogue est la même, les
deux dénouements différent seuls un peu. Garcia, le menteur
espagnol, ne ment plus à la fin de la comédie d'Alarcon;
il subit seulement les conséquences d'une première tromperie,
ses protestations sont mutiles, on ne croit plus ce qu'il dit; la Vérité
devient suspecte en passant par sa bouche. Dorante, dans Corneille, ment
jusqu'au bout et son dernier mensonge, qui n'est point confondu et qui
n'est qu'une ressource de son amour-propre froissé, laisse le spectateur
indifférent, un peu choqué même par les dernières
paroles de Cliton. (L. Vonoyen). |