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Les Sirènes

Les Sirènes, Sirenes (personnages de la mythologie grecque et romaine) apparatiennent au cycle des divinités marines. Elles étaient les filles d'Achéloos et de Calliope, et étaient les compagnes de Perséphone / Proserpine. Le nom des Sirènes, dérivé de la racine seo = lier, attacher, fait clairement allusion, au rôle qui leur est dévolu par la mythologie. Cependant on incline à voir en elles des divinités symbolisant les âmes des morts. Ce seraient des génies funèbres, avides de sang et hostiles aux vivants. Par leur corps d'oiseau à tête de femme, elles rappellent la Lilith des Juifs, ou, ainsi que l'a remarqué Heuzey, l'épervier égyptien à tête humaine, qui incarnait également les âmes des défunts. On invoquait les Sirènes au moment de la mort et on retrouve fréquemment leur image sur les tombeaux. La légende n'a toutefois rien retenu de cette conception, et ne connaît les Sirènes que comme des monstres malfaisants de la mer. 
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Ulysse et les Sirènes.
Ulysse attaché au mât de son navire brave le chant pernicieux 
des Sirènes. Détail d'une amphore grecque. British museum, Londres.

On leur attribuait comme séjour soit des rochers escarpés sur les bords de la mer Tyrrhénienne, au cap Pilore, à Capri, à l'île d'Anthémuse, aux îles des Sirénuses.  C'est là que, postées sur le rivage, elles attiraient les navigateurs par leurs chants et dévoraient les malheureux qui n'avaient pu résister à leur séduction, qui était telle qu'on a pu les appeler les Muses de la mer. Elles avaient une voix ravissante, et, par la mélodie leurs chants, elles entraînaient les passagers, pour lesquels elles étaient invisibles, à se précipiter dans la mer où ils se noyaient. Selon l'interprétation naturaliste proposée au XIXe s., les Sirènes personnifiaient la surface brillante, mais trompeuse et dangereuse, des flots.

Les auteurs antiques ne sont d'accord ni sur le nombre, ni sur les noms des Sirènes. Homère n'en mentionne que deux, Aglaophème et Thelxiépéa. Les poètes plus récents en nomment trois, que les uns nomment Parthenopé, Leucosia et Ligié; d'autres, Aglaophonos (à la voix brillante), Thelxiépé (aux paroles enchanteresses)  et Psinoé (qui persuade les esprits) ou  Molpé ( le chant); tous ces noms roulent sur la douceur de leur voix et le charme de leurs paroles. D'autres mythologues en portent le nombre jusqu'à huit.
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Sirène.
Sirène. Statue provenant d'un
tombeau du Dipylon (IVe s.
av. J.-C.). Musée d'Athènes.

Hyginus raconte qu'au temps du rapt de Perséphone / Proserpine par Hadès / Pluton, les Sirènes vinrent dans la terre d'Apollon, c'est-à-dire en Sicile, et que Déméter / Cérès, en punition de ce qu'elles n'avaient pas secouru sa fille, les changea en oiseaux. Ovide dit, au contraire, que les Sirènes, désolées du rapt de Perséphone / Proserpine, prièrent les dieux de leur accorder des ailes pour aller chercher cette princesse par toute la terre. 

L'oracle avait prédit aux Sirènes qu'elles vivraient autant de temps qu'elles pourraient arrêter tous les passants; mais que, dès qu'un seul passerait sans être arrêté pour toujours par le charme de leur voix et de leurs paroles, elles périraient. Aussi ces enchanteresses ne manquaient pas d'arrêter, par leur harmonie, tous ceux qui arrivaient près d'elles, et qui avaient l'imprudence d'écouter leurs chants. Elles les enchantaient si bien, qu'ils ne pen saient plus a leur pays, et que, comme ensorcelés, ils oubliaient de boire et de manger, et mouraient faute d'aliments. Les ossements qui jonchaient les vertes prairies de l'île des Sirènes témoignaient et de l'imprudence des marins qui avaient péri de la sorte et de la férocité de ces monstres aux chants insidieux.
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Ulysse et les Sirènes.
Ulysse et les Sirènes. Urne cinéraire romano-étrusque. Musée de Volterra.

Quand Ulysse fut sur le point de quitter Circé sur ses vaisseaux rapides, celle-ci le mit en garde contre les dangers de la route, et lui dit notamment :

" Tu arriveras d'abord chez les Sirènes charmeuses, qui séduisent les hommes. L'imprudent qui les approche ne voit plus jamais le jour du retour, car les Sirènes, couchées dans les prairies fleuries, les charment par leurs chants harmonieux; mais autour d'elles s'amoncellent les cadavres de leurs victimes."
De fait, Ulysse arriva en vue d'un îlot rocheux, où se tenaient des êtres bizarres, mi-femmes, mi-oiseaux, qui, apercevant le navire, se mirent à chanter. C'étaient les Sirènes. Elles disaient :
« Ulysse tant vanté, gloire des Achéens, arrête ici ton navire et viens à nous. Nul encore n'a passé devant cette île sans avoir écouté nos voix charmeresses et les récits divins des exploits que les Grecs ont accomplis sous les murs de Troie. Car nous connaissons tout ce qui se passe sur la terre féconde."
Telle était la douceur de leurs paroles, qu'Ulysse n'aurait pu y résister, si, suivant les conseils de Circé, il n'avait pris la précaution de se faire attacher au mât de son navire  par les pieds et par les mains, afin que, si, charmé par les doux sons et par les attraits des sirènes, il lui prenait envie de s'arrêter, ses compagnons, qui avaient les oreilles bouchées avec de la cire, loin de condescendre à ses désirs, le liassent plus fortement avec de nouvelles cordes, selon l'ordre qu'il leur en avait donné. Ces précautions ne furent pas inutiles; car Ulysse, malgré l'avis donné du danger auquel il allait s'exposer, fut si enchanté des sons flatteurs de ces Sirènes, et des promesses séduisantes qu'elles lui faisaient de lui apprendre mille belles choses, qu'il fit signe à ses compagnons de le délier, ce qu'ils n'eurent garde de faire. Les sirènes, n'ayant pu arrêter Ulysse, se précipitèrent dans la mer, et ce lieu fut depuis appelé de leur nom, Sirénide.

Elles finirent cependant par trouver leur maître. Lorsque le vaisseau des Argonautes, protégés par Héra, passa auprès de l'île qu'elles habitaient, elles ne manquèrent pas d'essayer sur eux leurs pouvoirs. Seul Boutès, fils de Zélion, se jeta à la mer pour rejoindre les trompeuses déesses. Orphée prit sa lyre, et les enchanta elles-mêmes, à tel point qu'elles devinrent muettes, et jetèrent leurs instruments dans la mer. 
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Sirène antique.
Sirène peinte sur un plat béotien  (VIe s. av.-J.-C., Tanagra).

Les Sirènes, selon l'opinion des Anciens, avaient la tête et le corps de femme jusqu'à la ceinture, et la forme d'oiseau de la ceinture en bas; ou bien elles avaient tout le corps d'oiseau et la tête de femme; car on les trouve représentées de ces deux manières sur les anciens monuments et dans les mythologues. On leur met à la main des instruments. L'une tient une lyre, l'autre deux flûtes, et la troisième un rouleau comme pour chanter. On les peint aussi tenant un miroir. Quelques auteurs modernes ont prétendu que les sirènes avaient la forme de poisson de la ceinture en bas; mais il n'y a aucun auteur ancien qui nous ait représenté les Sirènes comme femmes-poissons.

D'autres disent que les Sirènes étaient des femmes de mauvaise vie, qui demeuraient sur les bords de la mer de Sicile, et qui, par tous les attraits de la volupté, attiraient les passants et leur faisaient oublier leur course, en les enivrant de délices. On prétend même que le nombre et le nom des trois Sirènes ont été inventés sur la triple volupté des sens, la musique, le vin et l'amour, qui sont les attraits les plus puissants pour attacher les hommes sensuels. C'est pourquoi on a tiré l'étymologie de sirène du mot grecseira, qui signifie une chaîne, comme pour dire qu'il était en quelque sorte impossible de se tirer de leurs liens et de se détacher de leurs attraits. 
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Waterhouse : la Sirène.
Ekvall : la Sirène et le pêcheur.
La Sirène, par John Waterhouse (ca. 1900).
La Sirène et le pêcheur, par Knut Ekvall.

Pausanias rapporte encore un mythe sur les Sirènes. Les filles d'Achéloos, dit-il, encouragées par Héra, prétendirent à la gloire de chanter mieux que les Muses, et osèrent les défier au combat; mais les Muses les ayant vaincues, leur arrachèrent les plumes des ailes, et s'en firent des couronnes. En effet, il y a d'anciens monuments qui représentent les Muses avec une plume sur la tête. C'est alors aussi qu'abandonnant sources et vallons, elles allèrent cacher leur honte sur les rochers qui hérissent les côtes de l'Italie méridionale. Strabon dit que les Sirènes eurent un temple près de Sorrente. (Noël, Dictionnaire).



Luigi Spina et Maurizzio Bettini, Le mythe des sirènes, Belin littérature, 2010.

Pierre Chavot, Sirènes : Au coeur du Peuple des Eaux, Chasse-Marée, 2008.

Edouard Brasey, Sirènes et Ondines, Pygmalion, 2001. 

H. C. Andersen, La Petite sirène, suivi de Contes du Vent, Corentin, 2011.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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