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Terminus

Terme ou Terminus est une divinité agricole d’origine sabine identifiée aux bornes des champs, protecteur des limites, était, chez les Romains, représenté par un bloc équarri surmonté d'un cou et d'une tête, quelquefois avec des bras. Le dieu Terminus était surtout vénéré à la campagne, où ses images servaient de bornes (ci-dessous); sa fête, dite les Terminales (Terminalia), se célébrait chaque année dans les champs, le 21 ou le 23 février. Lors de la dédicace du Capitole sous Tarquin le Superbe, on voulut, pour inaugurer la statue de Jupiter, déplacer celles des autres dieux qui se trouvaient déjà dans le temple; toutes se laissèrent enlever, sauf celles du dieu Terme et de la Jeunesse : ce qui signifiait, suivant les augures, que jamais les frontières de Rome ne reculeraient et que sa jeunesse serait éternelle.
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Le Terme antique, dessin de Pauquet.

Les limites et la pierre qui servait à les marquer, le termen ou terminus avaient aussi dans la haute antiquité, comme toute expression concrète d'une idée religieuse, une valeur sacrée. Zeus en Grèce, Jupiter en Italie, est le principe de tout ordre et, par suite, le dieu protecteur de ces bornes. On savait bien que la division de la propriété immobilière avait été le commencement de toute concorde et avait concilié toutes les prétentions contradictoires. 

A Rome, ce sont encore les deux rois Sabins auxquels on attribue cette organisation territoriale. T. Tatius aurait consacré sur le Capitole le dieu Terminus. Numa aurait fondé les Terminalia qu'on célébrait à Rome et à la campagne à la fin de l'année, le 23 février. Comme cette fête implique une division du territoire et de la propriété, on attribuait également à Numa l'organisation territoriale, et comme les pierres et les bornes qui séparaient les champs étaient l'objet d'un culte et d'un respect traditionnels, Numa passait aussi pour être l'auteur des usages et des lois dont ce culte était composé. Celui qui abattait ou enlevait une de ces bornes était maudit, lui et le couple des boeufs complices; chacun pouvait, sans se souiller même, tuer le coupable. Il est vrai qu'avec le temps on adoucit la rigueur de ce châtiment.

L'antique légende qui nous montre le Terminus du Capitole refusant de céder à Jupiter et se faisant admettre dans le sanctuaire du grand dieu, n'est que le symbole de son inamovibilité et de son intime relation avec Jupiter. Dans le temple, on avait pratiqué au toit une ouverture au-dessus du Terminus, car le culte de Terminus devait se faire en plein air. Plus tard il y eut même un Jupiter Terminus ou Terminalis, le Zeus orios des Grecs. Voici un texte intéressant qui témoigne de l'ancienne croyance italique; c'est un fragment d'un oracle ou d'une révélation : 

« Sache que la terre et la mer sont séparées. Or, quand Jupiter prit pour lui l'Étrurie, il décida et ordonna qu'on mesurerait et diviserait les champs; car il connaissait la cupidité de l'homme; aussi établit-il partout des limites. Ces limites, les hommes y toucheront et les détruiront dans la huitième génération (saeculum) où le monde touchera à sa fin. Mais malheur à celui qui y portera la main pour augmenter son domaine et restreindre celui du prochain; ce méfait lui attirera la malédiction des dieux. Si le coupable est un esclave, ses maîtres doivent le juger sévèrement. Si les maîtres sont complices, leur maison sera bientôt renversée, et toute leur famille s'éteindra. Ceux dont la main a commis le crime seront éprouvés par des maladies et des blessures cruelles, et leurs membres s'affaibliront. Leur domaine sera ravagé par des orages, leurs fruits seront abattus par la tempête et la grêle, brûlés par la canicule, rongés par la nielle, et le peuple sera en proie à des luttes. Voilà ce qui arrivera si de pareils méfaits sont commis. Ainsi, songes-y bien, garde-toi de ruse, de fausseté; et souviens-toi dans ton cœur de mes conseils. »
Les usages religieux dont les limites étaient l'objet concernaient en partie l'établissement même des bornes-frontières, en partie la fête des Terminalia, qui faisait la clôture de l'année. Voici les formalités qu'on remplissait avant de fixer ces pierres de démarcation : on commençait par les mettre debout à côté de la fosse qu'on leur préparait; on les oignait, on les ceignait de guirlandes et de bandelettes ; puis, dans la fosse, on célébrait un sacrifice; on arrosait le sol de la fosse du sang de la victime, et on y ajoutait des libations d'encens, de fruits, de miel et de vin. Quand la victime était tout à fait consumée, on fixait la pierre sur les os et les débris fumants, puis on nivelait soigneusement la terre tout autour. Les Terminalia des champs nous sont décrits par Ovide; c'était une fête de famille, de bon voisinage; on y célébrait encore des sacrifices en commun, puis on se réunissait autour d'un somptueux banquet où l'on chantait des hymnes en l'honneur de Terminus. (L. Preller).
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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