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| Tell
(Guillaume), héros légendaire dont la tradition a fait le
libérateur de la Suisse. D'après le récit consacré,
l'empereur Albert Ier, aurait tenté
de dépouiller les habitants des trois vallées d'Uri Un habile archer, Guillaume Tell, refuse de s'incliner : Gessler lui enjoint d'abattre d'une flèche une pomme placée sur la tête de son fils. Tell fait tomber la pomme sans blesser son enfant. mais il déclare au bailli qu'il lui destinait une seconde flèche si la première avait manqué son but. Gessler le fait alors garrotter et s'embarque avec lui pour le conduire dans son château. Une tempête s'élève sur le lac les bateliers implorent l'aide de Tell qui prend le gouvernail : il dirige la barque vers le rivage, s'élance d'un bond à terre et repousse le bateau. Puis il va se mettre en embuscade près de Küssnacht et quand le bailli paraît, il le tue. Quelque temps après, au jour fixé par les conjurés, les paysans se soulèvent, détruisent les châteaux et chassent les baillis. Telle est la légende
que le drame de Schiller
a popularisée; longtemps acceptée sans hésitation,
elle suscita quelques doutes au XVIIIe
siècle. Un pasteur bernois, Freudenberger, publia (1760) une brochure
Guillaume
Tell, fable danoise, que le gouvernement d'Uri La liberté immémoriale attribuée aux habitants des Waldstätten est une fiction : seul, le pays d'Uri jouissait d'une assez grande indépendance : en 1231, le roi Henri, fils de Frédéric II, l'avait reconnu pays d'empire : Schwyz et surtout Underwald se trouvaient dans une condition inférieure : la maison de Habsbourg exerçait sur les trois vallées des droits de diverse nature, étendus ou restreints suivant le titre qui les conférait : à plusieurs reprises, durant le XIIIe siècle, les Waldstätten essaient d'étendre leurs franchises; en 1291, ils profitent de la mort de l'empereur Rodolphe Ier pour conclure une alliance perpétuelle dont certaines dispositions constituent déjà un empiétement sur les droits de l'Empire. Rien ne permet de conclure que le règne d'Albert Ier ait été une époque troublée : tous les documents de cette époque prouvent le contraire et rendent inadmissible l'existence des baillis. La lutte entre les habitants des vallées et les Habsbourg ne s'engage qu'en 1315 où les paysans battent à Morgarten le duc Léopold. Aucune des chroniques contemporaines ne contient d'allusions aux violences qui auraient provoqué la révolte : ce n'est qu'une centaine d'années plus tard qu'on rencontre un récit extrêmement confus, et qui va se précisant à mesure qu'on s'éloigne des événements. L'histoire de Tell apparaît vers 1470 dans un chant populaire et dans une chronique, le Livre Blanc, de Sarnen, pleine de récits fabuleux, et où il est du reste très facile de distinguer plusieurs légendes contradictoires, dont chacune tend à grandir la part d'un des cantons à l'émancipation commune : plus tard encore, Russ de Lucerne offre une version toute différente. Au XVIe siècle, l'historien Tschudi revêt la tradition de sa forme définitive : il choisit arbitrairement dans les documents antérieurs et cherche à donner plus d'autorité à son récit en tirant de son imagination une foule de noms et de dates son œuvre, qui devient très populaire, provoque l'érection de chapelles commémoratives en l'honneur de Tell. Au XVIIIe
siècle, on recourut pour défendre la légende à
des falsifications d'actes et même à une fabrication de documents,
si grossièrement exécutés d'ailleurs que la fraude
se manifeste au premier coup d'oeil. Le nom de Tell est très probablement
une désignation locale, assez répandue dans le pays d'Uri Ces résultats, établis par la critique historique, sont, aujourd'hui, généralement admis : les rares défenseurs de la tradition en sont réduits à déclarer "que ni Tell, ni Gessler ne sont, dans leurs traits essentiels, des impossibilités historiques". Guillaume Tell demeure cependant pour beaucoup de Suisses le héros national par excellence et la personnification des luttes pour l'indépendance. En 1798, son nom fut donné à une république éphémère, le Tellgau ou Telliane que Brune composa des Waldstätten et de Zug. (Ch. Robert). |
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