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Tabernacle

Tabernacle ou Tente. - Ce nom désigne tout particulièrement le sanctuaire portatif des Hébreux, construit au pied du mont Sinaï sur les indications de Moïse et associé dès lors aux destinées du peuple hébreu jusqu'à la prise de possession du pays de Chanaan (Judaïsme). Sa construction, très ingénieusement imaginée, rappelle les tentes de luxe et d'apparat des grands pasteurs nomades ou des princes en expéditions pacifiques ou guerrières, d'autre part, par sa charpente, elle fait penser aux installations foraines que l'on monte, démonte et transporte de lieu en lieu. Les livres bibliques supposent que les descendants de Jacob avaient quitté l'Égypte dépourvus de tout élément d'organisation rituelle; tout était donc à faire et, d'autre part, aucune installation antérieure ne gênait la liberté des chefs, ou plutôt du chef tout-puissant, organe et instrument des volontés divines, de Moïse. 
Qu'ils me fassent, ordonna la divinité à celui-ci, un sanctuaire pour que je réside au milieu d'eux! (Exode, XXV, 8), 
Et la divinité en indiqua exactement les dispositions, comme on le voit aux livres de l'Exode, chap. XXV à XL, du Lévitique et des Nombres, passim (Ancien Testament). L'édifice proprement dit ou Mishkan, divisé en deux parties, le lieu saint et le lieu très saint (la cella), consistait en un échafaudage de planches abrité par plusieurs couvertures, le tout formant un carré allongé orienté du levant au couchant; un parvis ou enceinte, garni de toiles maintenues par des piquets, isolait la construction centrale. Quarante-huit fortes planches on madriers en bois de sittim (une mimosée?), d'une largeur de 1 coudée et demie (la coudée doit être comptée pour 50 centimètres environ) et d'une longueur de 40 coudées, dressées et juxtaposées, déterminaient les trois cotés d'un rectangle, deux longs côtés à vingt planches (15 mètres environ), le petit côté à l'Ouest avec huit planches (6 mètres  environ) ; quant au petit côté du levant, il était fermé par des tentures livrant accès aux prêtres. Ces planches, plaquées d'or, étaient fichées dans des soubassement d'argent et maintenues par de longues barres ou traverses engagées dans des anneaux ou gâches. L'intérieur, divisé par un rideau de grand luxe, formait deux chambres, la première, sorte d'antichambre, de 10 mètres sur 5, la seconde qui est le sanctuaire proprement dit, de 5 mètres sur 5 environ.

Un immense rideau, constitué par l'assemblage de longues bandes ou lés du tissu le plus riche, formait une première couverture, que garantissait une enveloppe de poils de chèvre, garantie à son tour par une bâche de peaux de mouton et une seconde bâche en peaux de lamantin. Dans l'enceinte du parvis, au-devant de l'entrée, du sanctuaire, était placé l'autel, constitué par une charpente de bois revêtue d'un placage d'airain et munie de barres de transport; à noter aussi une cuve d'airain contenant l'eau nécessaire aux ablutions et lavages. L'antichambre renfermait l'autel des parfums, un candélabre, une table destinée aux pains dits de proposition; dans la partie réservée était l'arche sacrée, coffret lamé d'or formé par un couvercle que surmontaient des figures de chérubins. C'était la résidence de la divinité qui, sous la forme d'une colonne de nuées, descendait du séjour céleste pour prendre séance «-sur les chérubins » et s'entretenir avec son représentant, soit Moïse, soit le chef du sacerdoce. 
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Tabernacle.

Le Tabernacle, d'après Riehm (1894).

Seul lieu de culte pour une nation qui est évaluée à deux millions de têtes, le tabernacle, lors de la formation régulière du camp, occupe la position centrale; les hommes de Lévi se groupent à l'entour, tandis que les douze tribus « laïques » forment un immense carré selon les exigences d'une symétrie impitoyable, véritable formation militaire, qui s'inspire à la fois de la connaissance des grands sacerdoces étrangers et de l'organisation des empires conquérants. Si l'on en croyait les descriptions bibliques, le tabernacle n'aurait pas été seulement le siège de cérémonies compliquées et fastueuses auxquelles présidait un énorme clergé dont on sait nous rapporter jusqu'aux détails de l'habillement, mais l'or, les métaux précieux, les étoffes les plus riches, les aromates de choix y auraient été employés avec une profusion extraordinaire qui suppose à la fois une richesse pour ainsi dire inépuisable et la présence d'une industrie arrivée à son plus haut développement. D'autre part, rien de plus singulier que le soin apporté par l'écrivain à décrire le « rituel » compliqué de la démolition, de l'empaquetage, du transport et de la reconstruction du sanctuaire à chacune de ses stations, ces objets sacrés ne devant être maniés qu'avec un respect religieux.

Dès le premier éveil de la critique, la description du tabernacle, en son ensemble, a provoqué les scrupules, puis les doutes, qui aboutirent à poser la question suivante : Faut-il voir dans ces pages le remaniement et la transformation d'une vieille tradition ou bien une pure création de l'imagination théologique? La comparaison avec le Temple de Salomon donne l'avantage à la seconde solution, le tabernacle étant visiblement la copie du temple de Jérusalem, rejetée dans un passé nébuleux en même temps qu'accommodée aux circonstances de l'époque, tandis que la proposition inverse est insoutenable. Cette façon de voir trouve sa confirmation dans le silence gardé par les livres bibliques sur la destinée du tabernacle après l'entrée en Chanaan; à peine se risque-t-on à mentionner l'existence soit de l'arche sacrée, soit du tabernacle isolé de son contenu, à tel ou tel endroit. Tout conspire de la sorte à ramener cette ingénieuse création à la composition du Code sacerdotal, c.-à-d. à la forme la plus récente de la législation dite mosaïque, ou se reflète l'esprit des temps du second temple, après la captivité de Babylone. (Maurice Vernes).
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Tabernacle.

Le Tabernacle, d'après T.O. Paine (1861).
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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