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Shakti

Dans l'hindouisme, Shakti est l'énergie d'un dieu personnifiée sous la forme d'une déesse, son épouse. La Shakti primitive ou Parashakti n'est autre que la volonté du créateur de procéder à la formation des êtres, et elle est considérée comme distincte de Dieu, quoique formant une partie de lui-même. Dans le système de la philosophie. Sankhya, la nature, Prakriti ou Moula Prakriti, a une existence éternelle et une origine indépendante et distincte de l'esprit suprême; elle est l'origine plastique de tous les êtres, et même des dieux. De là on est venu à regarder Prakriti comme la mère des dieux et des humains, et d'un autre côté , en la confondant avec la matière; source d'erreurs , on l'a identifiée avec Mâyâ ou l'illusion; enfin, en la considérant comme coexistante avec l'être suprême, on en a fait la personnification de son énergie ou sa femme. 

Suivant un des Puranas, Brahmâ ayant résolu de créer l'univers par son pouvoir souverain, se partagea en deux; son côté droit devint un mâle, et sou côté gauche une femelle; c'est, celle-ci qui est Prakriti, consubstantielle à Brahmâ; c'est l'illusion, éternelle et , sans fin; car tel est l'esprit, telle doit être'son énergie active , comme la faculté de brûler est dans le feu. Dans un autre passage , il est rapporté que Krishna , qui dans cet ouvrage est identifié avec l'être suprême, étant seul investi de la nature divine, considéra le vide universel, et contemplant la création dans sa vision mentale, il commença à créer tous les êtres par sa propre volonté, et s'unissant à sa volonté, il se manifesta en Moula-Prakriti.

La Prakriti primordiale revêtit plusieurs formes :

  • celle de Dourgâ, Shakti, Mâyâ et épouse de Shiva

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  • celle de Lakshmi, Shakti, Mâya et épouse de Vishnou

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  • celle de Sarasvatî, épouse de Brahmâ, ou de Hari d'après un des Puranas, qui fait Savitri épouse de Brahmâ; 

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  • la dernière forme de la Prakriti primordiale est Radha, favorite du jeune Krishna; mais cette dernière a été certainement introduite dans le panthéon hindou à une époque assez moderne.
  • Outre ces manifestations plus importantes du principe femelle, tout le corps des déesses et des nymphes de chaque ordre est considéré comme dérivé de la même source; et même tout le sexe féminin, tant parmi les humains que parmi les animaux, est rapporté au même principe, tandis que l'origine des mâles est assignée au Purusha ou mâle primitif. Dans chaque création de l'univers, Moula-Prakriti passe par les différentes gradations d'Ansaroupini, de Kalaroupini et de Kalansaroùpini, c'est-à-dire qu'elle se manifeste en portions, parts et portions de parts, et autres subdivisions ultérieures.

    Les principales Ansas sont, outre celles que l'on a énumérées ci-dessus, Ganga, Toulasi, Manasa, Sachthi ou Dévasena, Mangalatchandika et Kali; les principales Kalas sont Swaha, Swadha, Dakchina, Swasti, Poushti, Toushti, et autres, dont plusieurs sont des personnifications allégoriques, comme Dhriti, la force, Pratishtha, la réputation, et Adharma, la méchanceté, épouse de Mrityou ou la mort. 
    Aditi, la mère des dieux, et Diti, la mère des démons, sont aussi des Kalas de Prakriti.
     
    Les Shaktas

    On donne le nom de Shaktas au adeptes du culte de la Shakti, c'est-à-dire le pouvoir et l'énergie de la nature divine, personnifiée sous la forme de différentes déesses. Parvati, l''épouse de Shiva, est celle dont le culte est le plus répandu, et on la vénère sous ses différents noms de Dourgâ, de Parvati, de Kali, etc.

    Le culte du principe femelle, en tant que distinct de la divinité, paraît avoir son principe dans l'interprétation littérale du langage métaphorique des Védas, qui représentent la volonté ou le dessein de créer comme tirant son origine du créateur et coexistant avec lui; en qualité d'épouse et faisant partie de lui-même. Mais quoique l'adoration de Prakriti ou de Shakti soit, jusqu'à un certain point, autorisée par les Puranas, cependant les rites principaux et les formules sont tirés d'une autre collection appelée les Tantras

    Ces ouvrages, qui sont assez volumineux; revêtent la forme d'un dialogue entre Shiva et son épouse. La déesse interroge le dieu sur la manière d'accomplir différentes cérémonies, prières et incantations. Shiva les explique fort au long, en assurant qu'elles renferment de grands mystères, qui ne doivent pas être révélés aux profanes. Les sectateurs des Tantras les considèrent comme un cinquième Véda, aussi ancien que les autres, mais d'une autorité bien supérieure.

    Les Shaktas sont assez nombreux en Inde; ils se divisent en deux branches, appelées Dakchinatcharis et Vamatcharis, c'est-à-dire de la main droite et de la main gauche. Le culte des seconds repose sur le principe de faire consister la félicité dans la jouissance des plaisirs sensuels. Les principales sectes des Shaktas sont les Dakchinas; les Vamis, les Kantcheliyas et les Kéraris.

    Le catalogue comprend toutes les déesses secondaires. Les Kalansas et les Ansansas , ou subdivisions des manifestations plus importantes, sont toutes les femmes de l'espèce humaine, qui sont distinguées en bonnes, moyennes et méchantes, selon que leur être dérive des diverses parties de leur grand original dans lesquelles prédomine la bonté, la passion ou le vice. Toutes cependant ont un droit égal au respect et à la vénération des hommes : 

    « Quiconque, dit, le Brahmâ Vaivartta Purana, offense ou insulte une femelle, encourt la colère de Prakriti; tandis que celui qui cherche à se rendre propice une femme, principalement la jeune fille d'un Brahmane, en lui offrant des étoffes, des ornements, des parfums, rend par là-même un culte à Prakriti. » 
    C'est dans l'esprit de cette doctrine que l'un des principaux rites des Shaktas est l'adoration actuelle de la fille ou de la femme d'un Brahmane, ce qui a conduit une des branches de cette secte à se livrer à des lubricités. (A. Bertrand).
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    Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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