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Roland ,
personnage de la littérature médiévale est aussi,
comme Gargantua ,
dont il est en quelque sorte le rival, un géant que l'on rencontre
couramment dans les traditions populaires du midi de la France. Lui, n'a
pas été, comme tant d'autres, dépossédé
par Gargantua; il est même probable qu'il a usurpé dans ces
régions la place de héros plus anciens. Ils sont au reste
parfois en concurrence : un énorme rocher rond des environs de Vence
est une pelote que, pour passer le temps, Roland lançait à
Gargantua qui la lui renvoyait; une autre fois il joue à la paume
avec Olivier et son projectile est resté en équilibre sur
un gros rocher appelé Paume de Roland
dans le Var ; le Palet
de Roland, sur les bords du Tech, suppose un trait analogue.
Pour intimider ses
ennemis, il lance à douze kilomètres une pierre gigantesque
sur laquelle ses doigts sont marqués et plusieurs dolmens
doivent leur origine à ses jeux. Il ne recule pas devant le diable
et ce trait est attesté par un bloc. Il produit aussi des sources,
eu trouant une montagne, ou en enfonçant
son épée dans le sol. Sa puissance est telle qu'à
lui seul il modifie l'aspect physique du pays : il taille dans le cirque
de Gavarnie la brèche qui porte son nom, fend la montagne de Beltchu,
frappe le rocher avec son pied et produit l'ouverture que l'on voit près
d'Itsatsou (Pyrénées-Atlantiques), qui est appelée
Pas
de Roland. Il lui suffit de toucher la terre avec le pied ou le genou
pour creuser le petit étang de Vivier Lion, au sud de Lourdes. Toutefois
W. Webster, J.-F. Cerquand, Julien Vinson, qui ont étudié
les traditions basques, disent que toutes ces appellations et d'autres
encore n'ont pas cent ans d'existence, et qu'en ce qui concerne la brèche
d'Itsatsou, elle s'appelle simplement le mauvais pas.
Roland est le personnage
principal de plusieurs légendes de la région basquaise :
L'une d'elles, qui reproduit les grandes lignes de la Chanson de Roland ,
le montre passant le col de Roncal avec les Docepare (les douze
Pairs) ; l'arrière-garde est attaquée par les Basques, Roland
se défend, et son épée s'étant brisée
par le milieu, il sonne de sa corne, pour être entendu de Charlemagne,
avec tant de force que les montagnes en tremblent; avec sa masse, à
laquelle une boule de fer était suspendue par une chaîne,
il fauche les ennemis andains par andains; mais son sang s'échappe
de ses blessures, et pris d'une grande soif, il boit trop d'eau et crève.
Ailleurs, il est
frère d'Olivier et de Samson, porte sur
son dos son cheval fatigué, fait des paris avec ses frères
comme dans le Voyage de Charlemagne du XIIe
siècle, jette au loin une pierre d'un poids énorme qui ne
va pas jusqu'au but, et, dépité, fend deux montagnes d'un
seul coup d'épée. Dans un autre récit, Roland est
un riche fermier qui accable sous une grêle de pierres les Lamignac
(sorte de fées mâles et femelles),
qui lui avaient dérobé ses vaches. Ailleurs, c'est un enfant
trouvé qui, comme Gargantua et d'autres personnages populaires,
se distingue dès son bas âge par sa force prodigieuse, chasse
les Maures pillards, et s'étant fait forger un makhila gros
comme une poutre, s'engage dans l'armée de Charlemagne et extermine
les Maures. Il ne chassa pas complètement les Mairiac, mais tous
les ans, le cheval du paladin apparaissait sur le pont d'Espagne, et poussait
son formidable hennissement qui les effrayait tellement qu'ils allaient
se réfugier dans leurs grottes.
(P. Sébillot). |
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