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| La mythologie
et la religion phrygiennes Comme tous les peuples de l'Asie antérieure,
les Phrygiens rendaient un culte à
la force productrice et féconde répandue partout sur la Terre.
Leur principale divinité était la déesse une déesse-mère,
considérée comme la mère de toute chose. Le nom qui
semble lui convenir le mieux et exprimer le plus complètement toute
sa puissance est celui de Ma ou Ammas, que les Grecs
traduisirent par Mhthr
et les Latins par Magna Mater, La physionomie, attribuée
par les Phrygiens à leur grande déesse, fut déterminée
par l'aspect même du pays qu'ils habitaient. Dans cette région
montagneuse où les vallées profondes sont dominées
par de hauts sommets rocheux couverts de bois, la déesse fut surtout
une déesse des montagnes. Elle,
fut appelée Cybèle, ce qui signifie
la déesse des cavernes, si nous en croyons le lexicographe Hésychius;
on lui donna aussi les noms des principales montagnes où elle avait
des sanctuaires : le Dindyme, près de Pessinonte; le Sipyle, près
de Magnésie en Lydie II est possible que le nom d'Agdistis,
Aggdistis ou Aggistis, qui la désigne parfois, rappelle, lui aussi,
une montagne ou un rocher voisin de Pessinonte, Cybèle,
comme déesse de la Nature, présidait à la vie pastorale
et agricole; si les montagnes de la Phrygie Le plus ancien sanctuaire de Cybèle
se trouvait au coeur de la Phrygie En même temps que Cybèle, qui était pour eux la Grande Déesse ou la Déesse Mère, les Phrygiens adoraient trois dieux, Attis au Attès, Sabazios et Men. Ces trois noms ne désignent peut-être qu'une seule et même divinité sous trois formes différentes; pourtant à chacun d'eux se rattachent des légendes, des images et des rites distincts, qu'il est préférable de ne pas confondre. Attis, Attès ou Atys
est le mieux connu de ces trois dieux phrygiens. Son culte, étroitement
associé à celui de la Grande Mère,
fut très populaire dans l'empire romain. Sa légende nous
a été rapportée, non sans quelques variantes, par
plusieurs écrivains de l'Antiquité « Pendant son sommeil, Zeus féconda la Terre; il en résulta, au bout de quelque temps, un être divin, androgyne, Agdistis. A la vue de ce monstre, les dieux épouvantés l'enchaînèrent et lui coupèrent les parties viriles, qu'ils jetècent au loin sur le sol. A l'endroit où elles étaient tombées naquit un amandier. Une nymphe du pays, la fille du dieu Sangarios, cueillit des amandes sur cet arbre et les mit sur son sein; bientôt elle fat enceinte et mit au monde un enfant d'une merveilleuse beauté, Attis. Agdistis, qui n'est autre que Cybèle, en devint amoureuse. Cependant Attis, envoyé à Pessinonte, y fut agréé comme gendre par le roi de la ville. Au moment où se célébrait la cérémonie du mariage, Cybèle-Agdistis apparut; Attis, saisi de folie soudaine, se mutila et mourut. Aussitôt Cybèle se repentit de ce qui elle avait fait; elle implora Zeus qui lui promit que le corps d'Attis se conserverait éternellement, sans être corrompu par la mort, et que sa chevelure ne cesserait pas de pousser. Puis la déesse traîna dans la caverne où elle habitait le pin sous lequel Attis était mort; elle suspendit aux branches de cet arbre des violettes de pourpre, nées du sang d'Attis, et elle éclata en pleurs et sanglots ».D'autres versions du mythe racontent qu'Attis, au lieu de mourir après sa mutilation, devint le compagnon de Cybèle et monta avec elle sur son char traîné par des lions. Ce mythe est très important. Il
permet de reconnaître le caractère distinctif de la religion
phrygienne, et elle explique les cérémonies étranges
du culte de la Grande Mère des dieux. De
l'avis unanime des mythologues, le mythe de Cybèle
et d'Attis est à mettre en rapport avec
le cycle annuel de la végétation. Attis, qui doit sa naissance
à la fois à Zeus, le ciel,
à la terre, à Agdistis-Cybèle,
qui représente la force productrice de la nature, et à la
nymphe,
fille du fleuve Sangarios, n'est autre chose
que la végétation. La végétation, belle par
elle-même, remplit de joie et d'amour toute la nature; mais elle
finit par se dessécher et par mourir; pendant l'hiver, la nature
est en deuil et paraît se lamenter. Au printemps, la végétation
renaît et de nouveau se développe le drame que résume
et symbolise le mythe d'Attis. Si le pin est l'arbre
sous lequel Attis se mutile et que la déesse Cybèle pare
de fleurs et de couronnes, c'est parce qu'il est un des arbres, très
rares en Asie Mineure et en Grèce Les principales cérémonies du culte de Cybèle et d'Attis, telles au moins que nous les connaissons pour l'époque romaine, étaient destinées à reproduire les phases les plus caractéristiques de ce mythe. La fête la plus importante durait du 22 au 27 mars. Le premier jouir, le 22 mars, s'appelait Arbor intrat ( = l'arbre entre), parce qu'alors le pin, symbole d'Attis trépassé, était porté au milieu des gémissements et des pleurs dans le temple de Cybèle, et là orné de couronnes de violettes. C'était un souvenir da jour où la déesse, trouvant sous un pin le cadavre d'Attis, l'avait porté dans sa caverne et arrosé de ses larmes. Du 22 au 24 mars, c'étaient des jours de jeûne et de deuil pendant lesquels les prêtres de Cybèle, les Galles, emportés par un délire furieux, se tailladaient le corps et même parfoiis se mutilaient à l'exemple d'Attis. Le 25 mars, les pleurs et les sanglots faisaient place à la joie la plus désordonnée; on saluait la résurrection d'Attis et le retour du printemps; enfin le 27 avait lieu une grande procession pendant laquelle l'image de Cybèle était portée sur un char. Les légendes et les rites sont ici calqués les uns sur les autres; ils s'expliquent et s'éclaircissent mutuellement. Le culte commun de Cybèle et d'Attis
fat d'abord très peu populaire en Grèce Il est vraisemblable que, dans la mythologie
phrygienne primitive, Sabazios se confondait avec Attis; quelques historiens
pensent même qu'Attis n'était qu'un surnom ou une épithète
de Sabazios (Pauly, Real-Encyclopaedie). Mais les Grecs
lui donnèrent une physionomie distincte d'Attis; ils le représentèrent
comme un fils de Zeus et de Perséphone,
associé à Déméter
et protecteur de la vigne. Aussi fut-il assimilé à Dionysos-Bacchus.
Ailleurs, par exemple en Thrace Quant au dieu Men, qui fut adoré
dans toute l'Asie Mineure, depuis le Pont Il n'est pas impossible qu'Attis,
Sabazios et Men ne fussent à l'origine qu'une seule et même
divinité phrygienne, formant avec la Grande
Mère ou Cybèle un couple analogue
à ceux que l'on rencontre dans la plupart des anciennes religions
du Proche-Orient : par exemple, le couple de Baal
et d'Astarté, à Sidon Parmi les autres mythes phrygienn, l'un
des plus importants était celui de Marsyas.
En Phrygie Comme on peut le voir par ce rapide exposé, la mythologie et la religion des Phrygiens sont essentiellement naturalistes. Ce que nous en savons nous les montre, à travers la forme qui leur a été donnée par les Grecs, comme exclusivement consacrées à célébrer les phénomènes habituels de la nature. II n'y a pas en Phrygie de mythes guerriers ni de légendes héroïques. Les héros du peuple phrygien, Gordius, Midas, Lityerses sont des agriculteurs, des moissonneurs. Les cérémonies vraiment nationales étaient des danses sauvages, exécutées au son de la flûte, des cymbales et des tambourins. Il est possible que les rites sanglants ou orgiastiques, qui caractérisèrent plus tard les cultes de Cybèle, d'Attis et de Sabazios, aient été d'origine syrienne on phénicienne. Il faut avouer, d'ailleurs, qu'il est malaisé de se faire une idée exacte de la religion primitive des Phrygiens, parce que la civilisation phrygienne, qui semble avoir été très brillante, était déjà tombée, au début des temps historiques, dans une décadence complète. (J. Toutain). |
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