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| La religion phénicienne |
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La mythologie phénicienne
ne nous est que très imparfaitement connue, et de manière
très indirecte. Elle repose dans une large mesure sur un texte dû
à Philon de ByblosA en croire Porphyre, « Sanchoniathon de BéryteEusèbe rapporte que Philon, divisant tout l'ouvrage de Sanchoniathon en neuf livres, s'exprime ainsi dans la préface du premier livre : « Cela étant, Sanchoniathon, homme fort instruit et studieux, désirant s'éclairer sur toutes les connaissances relatives à l'histoire primordiale, étudia soigneusement les oeuvres de Taaut; car il savait que de tous les mortels Taaut a le premier inventé les lettres et écrit l'histoire. Il prit ainsi pour base celui que le ÉgyptiensCela dit, note Eusèbe, Philon adresse des reproches aux auteurs plus récents, qui, « violant la vérité, ont rattaché les mythes des dieux à des allégories physiques et à des considérations théoriques.[...] Mais les plus jeunes des hiérologues, rejetant l'histoire primitive, ont inventé des allégories et des mythes, et, les ayant façonnés à l'image des phénomènes cosmiques, ont institué des mystères, enveloppés de tant d'obscurité qu'il est difficile d'y reconnaître, la vérité. Rencontrant les livres secrets des Ammonnéens [= prêtres d'Amon?], déposés dans les sanctuaires et accessibles à peu de monde, il en fit une étude approfondie; il s'empara des anciens mythes et des allégories, et acheva son travail; son autorité prévalut jusqu'au moment où les prêtres d'une nouvelle génération le cachèrent à leur tour et en tirent un mythe. De là ce sens mystique et occulte qui avait jusque alors échappé aux GrecsAprès cela, il ajoute : « Voilà ce que nous avons trouvé, désireux de connaître ce qui concerne les Phéniciens; nous avons examiné beaucoup de matériaux, mais pas ceux que nous fournissent les Grecs : car ils ne s'accordent pas entre eux, et aiment mieux se combattre plutôt les uns les autres que réunir leurs efforts pour atteindre la vérité. »Plus loin il dit : « Pour s'en convaincre, il faut se rappeler la discorde des Grecs; nous avons élaboré sur ce sujet trois livres sous le titre d'Histoire paradoxale. »Et plus loin encore : « Pour mieux faire comprendre les détails qui vont suivre, il est nécessaire de rappeler que les plus anciens barbares, surtout les Phéniciens et les ÉgyptiensAprès cette préface, Philon aborde l'interprétation même de Sanchoniathon, exposant la mythologie phénicienne de la manière suivante, piochée chez Eusèbe (Préparat. Évang. liv. I, ch. x.), dont on a conservé les commentaires (en violet); la traduction est à quelques détails près celle de F. Hoefer, dont on s'est également inspiré pour les notes (en vert) : |
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Philon de Byblos |
La
mythologie phénicienne
[Philon, explique Eusèbe en préambule] admet comme le principe du tout un air rempli de ténèbres et d'esprit, ou le souffle d'un air ténébreux, et un chaos trouble et noir [« Voilà ce qui fut trouvé dans la cosmographie et les mémoires écrits de Taaut, tirés des arguments et des phénomènes que son intelligence lui a fait saisir et qu'ils nous a révélés. » Après avoir expliqué les noms des vents, de Notus, de Boréas, et des autres, il continue ainsi :« Ceux-là consacrèrent les premiers les germes du sol, les mirent au nombre des dieux, et adorèrent les productions dont ils vivaient leurs descendants comme leurs ancêtres leur firent des libations et des sacrifices. Les idées de leur culte étaient en harmonie avec leur faiblesse et leurs besoins. Du vent Kolpias [de kol pi iah = voix de la bouche de Dieu?] et de sa femme Bauv, qui signifie nuit, naquirent deux mortels : Aeon et Protogone; Aeon découvrit la nourriture provenant des astres. De cela naquirent Genos (= genre) et Genea (= procréation), qui habitèrent la Phénicie : après que la chaleur se fut déclarée, ils élevèrent leurs mains au ciel vers le Soleil, parce qu'ils croyaient ce dieu seul maître du monde, l'appelant Beelsamin ( Puis il relève ainsi l'erreur des Grecs :« Ce n'est pas sans dessein que nous avons insisté sur tous ces détails : pour conserver les traditions intactes, nous avons ajouté les noms aux choses [?]; les Grecs les ont mal comprises, parce qu'ils avaient été trompés par une interprétation équivoque.-» Il ajoute ensuite :« Aeon et Protogone engendrèrent à leur tour des enfants mortels, appelés Lumière (Phos), Feu (Pyr) et Flamme (Phlox). Ceux-ci découvrirent le feu par le frottement des bois, et ils en enseignèrent l'usage. Ils engendrèrent des fils, distingués par leur stature. Ces derniers imposèrent leurs noms aux montagnes dont ils s'étaient emparés; de là le Kasius [dérivé peut-être de Kados, nom de plusieurs montagnes du Proche-Orient], le Liban, l'Anti-Liban et le Brathy [Nom inconnu]. Ceux-ci engendrèrent Memroumos et [si ce deuxième nom n'est pas simplement la traduction grecque du premier] Hypsouranios [de hypsos (hauteur) et Ouranos = le ciel d'en haut?]; ils tirèrent leur origine des mères [mortelles], car les femmes se livraient alors sans pudeur au premier venu. Hypsouranios s'établit dans Tyr; il inventa le moyen de construire des cabanes avec des roseaux, des tiges de scilla et de papyrus. Il s'insurgea contre son frère Ousous [= l'Esaü de la Bible Ses frères, dit-on, ont inventé
l'art de construire des murs avec des briques. Ils eurent pour descendants
deux jeunes gens, dont l'un se nomme Technite [=
artisan], et l'autre Autochthone terrestre. Ceux-ci inventèrent
l'art de mêler du mortier à l'argile des briques, de les sécher
au Soleil et d'en couvrir les édifices. Ils engendrèrent
Agros et Agrouéros ou Agrotes, dont il existe en Phénicie
une statue en bois, très vénérée, et une chapelle
portative [apparemment, un analogue de l'Arche
d'Alliance des Hébreux],
et les Bybliens le regardent comme l'un des plus grands dieux. Ces deux
derniers perfectionnèrent la construction des maisons, en y ajoutant
des vestibules, des compartiments et des galeries. Leurs descendants furent
des cultivateurs et des chasseurs. On les appelle Alètes et Titans.
Ceux-ci engendreront Amynus et Magus, qui élevèrent des villages
et des troupeaux. Ils eurent pour enfants Misor et Sydyk, c'est-à-dire
le
léger à la course et le juste, qui inventèrent
l'emploi du sel. De Misor naquit Taaut, qui trouva l'écriture des
premiers caractères; les Égyptiens [La suite est un mélange de plus en plus confus de mythologie grecque et phénicienne-: ] [Elioun et Bérouth] habitèrent
les environs de Byblos Après ces événements,
Cronos
entoura son habitation d'un mur, et fonda la première ville, Byblos Après que Dagon
eut inventé le blé et la charrue, il reçut le nom
de Zeus Aratrios. L'une des Titanides, ayant eu
un commerce amoureux avec Sydycus, dit le Juste , mit au monde Asclépios
(= Eshmoun). Cronos engendra, dans Pérée,
trois enfants , Cronos, l'homonyme du père, Zeus Bélus [=
Baal]
et Apollon. Après ceux-ci naquirent Pontus,
Typhon
et Nérée, le père de Pontus.
Pontus engendra Poséidon et Sidon, qui,
à cause de la douceur de sa voix, inventa la mélodie et le
chant. Démarous engendra Mélicarthus
[= Melek Arta = le Roi de la Terre ou Melek Cortha = Le Roi
de la Ville], qui se nomme aussi Heraclès.
Ouranos
s'insurgea ensuite de nouveau; et, après avoir fait défection,
il s'adjoignit à Démarous, pour combattre Pontus. Démarous
attaqua Pontus, mais ce dernier mit l'agresseur en fuite. Démarous
fit un sacrifice pour s'être sauvé par la fuite. Dans la trente-deuxième
année de son règne, Ilus, c'est-à-dire Cronos, fit
tomber son père Ouranos dans une embuscade, dans un endroit de l'intérieur
de la Terre : il s'empara de lui, et lui coupa les parties génitales
près des sources des fleuves. Ouranos,
rendant l'âme, fut reçu au nombre des dieux : le sang, dégouttant
des parties génitales, se mêla à l'eau des sources
et des fleuves; et on montre encore aujourd'hui l'endroit où cela
eut lieu. Telle est l'histoire de Cronos et de cette époque fameuse
que les Grecs L'auteur ajoute ensuite :« Astarté, la très grande, Zeus Démarous, et Adod, roi des dieux, régnèrent sur le pays, d'après le voeu de Cronos. Astarté mit sur sa tête, comme insigne de la royauté, une tête de taureau. En parcourant la terre, elle trouva un astre tombé du ciel; elle le prit, et le consacra dans l'île sacrée de Tyr. Les Phéniciens disent qu'Astarté est la planète Vénus Pour ce qui concerne les yeux, le sens
symbolique est que Cronos voit, quoique endormi,
et qu'il dort, quoique éveillé. Les ailes
avaient le même sens symbolique : le dieu prend son essor, quoiqu'en
repos, et se repose, bien qu'il vole. Quant aux autres dieux, il ne leur
attribua à chacun que deux ailes aux épaules, comme pour
indiquer qu'ils étaient les compagnons de Cronos. De plus, il mit
à ce dernier deux ailes sur la tête : l'une comme symbole
de l'intelligence suprême, l'autre comme symbole du sentiment. Étant
venu dans le pays du midi, Cronos donna toute l'Égypte Philon de Byblos ajoute ensuite ceci:« Les Grecs, surpassant par leur aptitude tous les autres humains, se sont d'abord appropriés la plupart des doctrines primitives, qu'ils ont ensuite enjolivées par des fables ingénieuses et variées. De là les fictions d'Hésiode et des poètes cycliques Bornons-nous à cet extrait de l'histoire de Sanchoniathon, traduite par Philon de Byblos, et approuvée comme véridique par Porphyre le philosophe. Ce dernier, dans son livre sur les Juifs, écrit ce qui suit sur Cronos :[Extrait de Porphyre : ] « Taaut, que les Égyptiens Puis il ajoute :« Il était de coutume chez les Anciens que les chefs de l'État et de la nation devaient, en temps de grandes calamités, immoler aux génies vengeurs , pour le salut de tous , l'enfant le plus chéri [on pense ici au sacrifice d'Abraham]; et ce sacrifice se pratiquait selon le rite des mystères. Or, Cronos, que les Phéniciens appellent lsrael [= Celui qui lutte avec Dieu, nom donné dans la Genèse [Philon], revenant à l'histoire primitive des Phéniciens extraite de Sanchoniathon, traduit ensuite les merveilles relatives aux reptiles et animaux venimeux, qui ne sont d'aucune utilité pour les humains, mais les infectent et leur causent la mort, en leur instillant un poison délétère et terrible. Voici à peu près comment il s'exprime :« Taaut attribua aux dragons et aux serpents une nature divine, croyance qui fut adoptée par les Phéniciens et les Égyptiens Pareillement , les Égyptiens « Partant de la même idée, les Égyptiens pour représenter le monde tracent un cercle fermé, ayant l'aspect de l'air enflammé, et au milieu, un serpent étendu, à forme d'épervier, de manière que toute la figure ressemble à celle de notre Q. Le cercle désigne le monde, et le serpent du milieu, qui y est contenu, indique le bon Génie. » Zoroastre, le Mage, dans le livre sacré des rites Perses, s'exprime ainsi :« Le dieu à tête d'épervier est le premier, impérissable, éternel, incréé, indivis, le plus dissemblable, le modérateur de tout ce qui est beau, inaccessible à la corruption, le meilleur des bons, le plus prudent des prudents; c'est le père de la bonne législation et de la justice, instruit par lui-même, naturel, parfait, sage, et le seul inventeur de la nature divine. Ostanes dit la même chose dans son ouvrage intitulé l'Octateuque. Tous les autres, qui l'ont suivi, ont raisonné de la même manière. Représentant les premiers éléments par des serpents, ils leur consacraient des temples, et, les réputant les plus grands dieux et les chefs de I'univers, ils célébraient en leur honneur des sacrifices, des fêtes et des orgies. Voilà ce qui est relatif aux serpents. » |
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