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Judith

Judith (hébreu : Yehûdït), veuve de Manassès, riche citoyen juif de Béthulie, est l'héroïne du roman qui porte son nom (Le Livre de Judith) et qui fait partie de la collection des livres bibliques. Elle nous est connue uniquement par ce livre qui fait partie des livres canoniques, mais que les Protestants regardant comme apocryphe. Ni Philon, ni Josèphe ne la mentionnent. Nul autre écrivain sacré ne la nomme. Elle entre en scène au chapitre VIII, au moment où Béthulie, réduite à l'extrémité par la famine, est sur le point de se rendre à Holoferne (Holopherne), général de Nabuchodonosor, roi d'Assyrie. Judith, pour sauver son pays, alla trouver le général ennemi : celui-ci, frappé de sa beauté, l'accueillit et l'invita à un repas, dans lequel il s'enivra; pendant son sommeil, elle lui trancha la tête avec son propre glaive et emporta cette tête à Béthulie. 
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Caravage : Judith décapitant Holopherne.
Judith décapitant Holopherne, par Le Caravage (ca. 1598).

L'histoire de Judith

Depuis trois ans et demi qu'elle avait perdu son mari Manassès, elle vivait dans la retraite, la pratique d'une piété austère et un jeûne perpétuel qu'interrompaient seuls le sabbat et les jours de fête. Sa vertu éprouvée faisait taire la médisance (VIII, 1-8). Ayant appris que les assiégés allaient se rendre dans cinq jours si le secours ne venait pas, elle mande les chefs, les reprend de leur pusillanimité, relève leur courage et leur promet la délivrance, avant cinq jours écoulés, s'ils s'en rapportent pleinement à elle pour l'exécution d'un projet dont elle ne peut encore leur confier le secret. Ils consentent à tout (v. 9-36). Après leur départ, Judith s'enferme dans son oratoire et là, revêtue d'un cilice (d'après la Vulgate), la tête couverte de cendres, elle adresse à Yahveh une longue et fervente prière (IX). Ensuite, elle reprend les parures d'autrefois, depuis longtemps abandonnées; et Dieu ajoute à sa beauté naturelle un éclat surhumain (d'après la Vulgate). Alors, en compagnie d'une servante portant une besace remplie de provisions de bouche, elle sort de la ville, se dirige vers le camp des Assyriens et, comme elle l'avait prévu, elle est conduite en présence d'Holoferne (X). 

Accueillie avec bienveillance, elle expose les motifs de sa venue. Béthulie ne peut plus tenir longtemps. Les habitants, pressés par la famine, ont eu recours à des aliments interdits par la Loi. Dieu est irrité contre eux. Leur perte est inévitable. Voilà pourquoi Judith s'est réfugiée auprès du chef assyrien, auquel Dieu destine la victoire (XI). Ces paroles flattent Holoferne qui l'invite à sa table. Elle s'y refuse, prétextant l'observation exacte de la Loi mosaïque. On la laisse libre; on l'autorise même à sortir tous les matins du camp pour prier à sa fantaisie et faire ses ablutions accoutumées. 

Cependant, le quatrième jour, Holoferne envoie l'eunuque Bagoas (Vulgate : Vagao) la presser d'assister à un festin qui se donnait dans la tente du généralissime. Judith s'y rend, mais ne touche qu'aux mets préparés par sa servante. Sa vue inspire au chef ennemi une passion violente que les fumées d'un vin généreux portent à l'excès (XII).

La nuit venue, tous les invités se retirent les uns après les autres et Judith reste seule avec Holoferne plongé dans l'ivresse, pendant que la servante surveille les abords de la tente. S'armant de courage et invoquant dans son coeur le Dieu des forts, l'héroïne prend le glaive du chef suspendu au chevet du lit et en deux coups tranche cette tète abhorrée qu'elle place dans la besace. Ensemble, les deux femmes sortent du camp, comme à l'ordinaire, sans éveiller les soupçons et parviennent sous les murs de Béthulie. 

On devine la scène qui va se passer. Ce sont des cris d'enthousiasme, des bénédictions, des actions de grâces, une joie délirante, (XIII). Sur les conseils de Judith, on suspend aux murailles la tête d'Holoferne et on se prépare à une sortie générale dès le point du jour. Les Assyriens attaqués avec furie courent réveiller leur général; ils ne trouvent qu'un cadavre sanglant (XIV). La panique s'empare d'eux, ils prennent la fuite : la déroute est complète et les Juifs des villes voisines, avertis, harcèlent les fuyards. Le butin est immense. 

A ces nouvelles, le grand-prêtre Joacim vint de Jérusalem, pour voir et féliciter Judith, et il lui adressa ces paroles que l'Église appliquera à la Vierge

« Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israel, l'orgueil de notre peuple. Et tout le peuple répondit : Amen, amen! » (XV).
C'est alors que Judith entonna son cantique qui égale en beauté et en sublime le chant de Débora ou l'hymne de Marie, soeur de Moïse

Quelques détails biographiques terminent le livre. Judith consacre à Dieu toute sa part de butin. Elle reste fidèle à la mémoire de son époux Manassès et vit entourée de l'admiration et de la vénération du peuple. Elle meurt à l'âge de cent cinq ans (ou cent cinq ans après son mariage). Durant ce laps de temps et plusieurs années après sa mort, aucun ennemi n'inquiéta Israel. La Vulgate ajoute : « L'anniversaire de sa victoire fut compté par les Hébreux au nombre des jours saints et il est célébré par eux jusqu'à l'heure actuelle » (XVI).

Généalogie de Judith

Elle est assez différente suivant les textes. Voici celle de la Vulgate : nous donnons, quand il y a lieu, entre parenthèses, les variantes du grec et du syriaque. Judith était fille de Mérari, fils d'Idox, fils de Joseph, fils d'Ozias (`Ûzziêl), fils d'Élai (Elqanâ), fils de Jamnor (le Vaticanus omet ce nom et les trois suivants, le Sinaiticus et l'Alexandrinus portent :  Hanân), fils de Gédéon (Gab'ûn), fils de Raphaïm (Dafnin), fils d'Achitob (après Achitob le syriaque intercale Naïn), fils de Melchias, fils d'Élan, fils de Nathanias ), fils de Salathiel (Samuel), fils de Siméon, fils de Ruben (Israel). Le dernier nom, dans la Vulgate, est certainement fautif. Il faut lire Israel, avec le grec et le syriaque, au lieu de Ruben. Judith appartenait à la tribu de Siméon, IX, 2 (grec). Le Sarasadai du texte grec est un descendant de Siméon qui vivait au temps de l'Exode (Num., I, 6, 11, 12 (Surisaddai)). Son fils était Salamiel, comme le grec l'écrit correctement, et non Salathiel (Vulgate) ou Samuel (syriaque). Manassès étant également de la tribu de Siméon, VIII, 2 (grec), ainsi qu'Ozias chef de Béthulie, VI, 11 (grec, VI, 15), on suppose que la ville de Béthulie fut occupée par une troupe de Siméonites, lors de leur grande émigration, sous Ezéchias (I Par., IV, 39-41).

Moralité des hauts faits de Judith

Plusieurs auteurs se sont donné beaucoup de peine pour justifier de tout point quelques actions de l'héroïne du roman : le danger auquel elle expose sa vertu, les moyens qu'elle emploie pour tromper et séduire Holoferne, l'éloge qu'elle semble faire de la vengeance de Siméon. Pour répondre à ces difficultés, il suffit de ces quelques remarques : 
1. La Bible n'approuve pas tout ce qu'elle raconte; et, même dans les saints personnages, elle ne propose pas toutes les actions indistinctement à notre imitation; surtout dans l'Ancien Testament, où l'idéal de sainteté est moins sublime. 

2. La bonne foi de Judith paraît incontestable et l'on peut tout au moins louer son intention. Voir S. Thomas. Si Holoferne est trompé par les paroles de Judith, c'est à lui-même qu'il doit imputer son erreur. S'il n'eût été aveuglé par la passion, il aurait dû flairer un piège, une ruse de guerre, de la part de la belle transfuge. Or jamais les stratagèmes entre belligérants n'ont été condamnés et le droit des gens, à cette époque, les autorisait. 

4. Enfin, Judith mentionne bien l'action d'éclat de Siméon son aïeul, mais sans louer la manière injuste et déloyale dont il tira vengeance des Sichémites. D'ailleurs, si elle l'approuvait, ce ne serait qu'en vertu d'une erreur invincible contre laquelle la sainteté ne prémunit pas toujours. 

Judith est donc, pour les auteurs religieux, digne par sa piété, sa chasteté éprouvée, son ardent patriotisme, son courage et son désintéressement, des éloges que les Pères de l'Eglise lui décernent à l'envi. Elle a mérité d'être une des figures les plus attachantes de la Vierge Marie qui, comme Judith, a vaincu le grand adversaire, sauvé son peuple et délivré le venre humain. Aussi beaucoup de passages empruntés à ce livre sont-ils entrés dans la liturgie catholique

L'action de Judith a inspiré plusieurs tragédies (notamment à Boyer, 1695, à Mme Girardin, 1843), et a été admirablement représentée sur la toile, notamment, par Cristofano Allori, Le Caravage (ci-dessus) et Horace Vernet. (F. Prat)..

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