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Hermès trismégiste

Les Grecs ont désigné sous le nom d'Hermès trismégiste (c.-à-d. Hermès trois fois grand) le dieu lunaire des Egyptiens, Tehut, Thoth ou Thot. L'identification se fit à cause du caractère de conducteur des âmes commun aux deux divinités; l'épithète de « trois fois le plus grand » fut empruntée aux Egyptiens. La civilisation gréco-égyptienne, développée sous les Ptolémées, attribua une extrême importance à Hermès Trismégiste. Sous l'influence des idées évhéméristes, néoplatoniciens et chrétiens le regardèrent comme un ancien roi d'Egypte, inventeur de toutes les sciences, dont il aurait enfermé les secrets dans des livres mystérieux. Les anciens livres, au nombre de 20 000 d'après les uns, de 36 500, d'après les autres, portaient son nom. Clément d'Alexandrie a décrit la procession solennelle, dans laquelle ces livres étaient portés en cérémonie.

La tradition en vertu de laquelle on attribuait à Hermès les ouvrages secrets sur la magie, l'astrologie, la chimie, a longtemps persisté. La chimie même portait au Moyen âge le nom de science hermétique (Hermétisme). L'étain, à l'origine, et plus tard le mercure, agents de la transmutation, lui ont été consacrés. Les écrits alchimiques sous le nom d'Hermès Trismégiste sont continuellement cités par Zosime, par Stephanus et par les autres auteurs de nos manuscrits grecs. Les Arabes en ont connu ou composé d'autres, et la fabrication des écrits hermétiques en latin a duré pendant tout le Moyen âge.

On attribue à Hermès l'un des axiomes favoris des alchimistes

« Si vous n'enlevez pas aux corps leur état corporel et si vous ne transformez pas en corps les substances non corporelles, vous n'obtiendrez pas ce que vous attendez. » 
Ce qui veut dire : si vous n'enlevez pas aux métaux leur état métallique (par oxydation, dissolution, etc.), et si vous ne régénérez pas les métaux avec des substances non métalliques, etc. (Génération des métaux).

L'hymne mystique d'Hermès Trismégiste, invoqué dans le Poemander, était récité par les alchimistes : 

« Univers, sois attentif à ma voix ; terre, ouvre-toi; que la masse des eaux s'ouvre à moi. Arbres : ne tremblez pas, je veux louer le Seigneur, le Tout et l'Un. Que les Cieux s'ouvrent et que les vents se taisent, que toutes mes facultés célèbrent le Tout et l'Un. » 
La formule du Tout et de l'Un reparaît continuellement dans les écrits des alchimistes grecs. Elle formait le fond de leur doctrine, car elle exprimait l'unité de la matière et la possibilité de transmuter les corps les uns dans les autres.
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Hermès Trismégiste.
Hermès Trismégiste.
Illustration de De Divinatione et Magicis Praestigiis,
de Jean-Jacques Boissard (1606).

La Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste, citée par les auteurs du Moyen âge, débute par des mots sacramentels, pareils à ceux que nous lisons dans les oeuvres de Zosime : 

« En haut les choses célestes, en bas les choses terrestres; par le mâle et la femelle l'oeuvre est accomplie. »
L'Instrument d'Hermès est un tableau de chiffres, destiné à prévoir l'issue d'une maladie d'après un nombre compté d'une certaine manière, à partir du lever de Sirius au mois Epiphi. Les tables de ce genre sont fort anciennes en Egypte. Sous le nom d'Hermès et d'Agathodémon figure le commentaire d'une énigme relative à la pierre philosophale.
 « J'ai neuf lettres et quatre syllabes, connais-moi. Les trois premières ont chacune deux lettres, etc. »
Cette énigme se trouve dans les livres sibyllins; elle a beaucoup occupé les alchimistes. La traduction serait le mot arsenicon, d'après Cardan et d'après Leibniz.

Au point de vue philosophique, le plus intéressant des livres hermétiques est le Poemander, peut-être ainsi appelé par allusion au poimhn (Pasteur d'Hermas); il a été divisé en 20 livres par Patricius; c'est un dialogue composé vers le IVe siècle de l'ère chrétienne, traitant de la divinité, de l'âme humaine, etc., dans un esprit néoplatonicien, mais altéré par des influences juives et chrétiennes. Le Logos teleios est un peu plus ancien; c'est une réfutation des doctrines chrétiennes, sous forme d'un dialogue d'Hermès et d'Asclépius, son disciple.



En bibliothèque - On a du Pœmander une traduction ou rédaction grecque, qui fut apportée au XVe siècle de Macédoine à Florence par Léonard de Pistoie, et que Côme de Médicis fit traduire en latin par Marsile Ficin (1491); elle fut publiée à Paris par Turnèbe, 1554, in-4, grec-latin, et trad. en franç., partie par de Foyx de Candale et G. de Préau, partie par G. Joly et Habert, 1557 et 1574, et à nouveau, avec notice par L. Ménard, 1866. Voir aussi Baumgarten-Crusius (De Librorurn hermeticorum, origine et indole; léna, 1827), et Pietschmann (Hermes Trismegistos, Leipzig, 1875). 
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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