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Les
Gandharvas, qui tiennent encore avec honneur un rôle de second
plan dans l'hindouisme moderne, étaient
déjà connus et adorés à l'époque védique.
Ils paraissent fréquemment dans les hymnes des Védas ,
comme une classe particulière d'êtres divins; mais plus souvent
encore le Gandharva y figure comme un individu unique, incertain dans son
aspect d'ensemble, mais indiqué du moins par quelques traits précis;
il est en relations très proches avec les plus grands des dieux
: avec Indra, qui triomphe de lui par surprise; avec Shavitar, dont il
dirige les chevaux héliaques; avec Soma, dont il protège
la liqueur sacrée; avec Agni, peut-être
même avec Varuna dont il semble emprunter
les lacets.
Il réside
soit dans les hauteurs du ciel, soit dans les poussières de l'atmosphère,
soit dans les eaux; il porte des armes splendides, de beaux vêtements
parfumés; il a pour épouse la femme qui est dans les eaux
(âpyâ, c.-à-d. Apsaras)
et engendre avec elle le premier groupe mortel Yama-Yami ; il partage avec
Soma et Agni des droits de propriété naturels sur toutes
les femmes, et il est nécessaire de lui en demander l'abandon dans
les cérémonies du mariage. Il possède de plus des
connaissances mystérieuses sur les choses célestes et divines
et aussi sur les plantes salutaires.
Les mythologues ont
rapproché sans vraisemblance Gandharva de Centaure,
ou l'ont expliqué, soit comme un génie solaire, soit comme
un dieu lunaire, sans autre fondement que des combinaisons arbitraires.
La précision
de certains traits et le vague du reste laissent à croire que Gandharva
est le lointain héritage de croyances antérieures recueilli
par le védisme au moment de s'effacer. La religion classique ne
connaît plus les Gandharvas que comme une sorte de collectivité
indivise. Ils résident à la cour d'Indra, le roi du ciel,
et égayent ce séjour paradisiaque de leurs chants, tandis
que les Apsaras, leurs épouses, y dansent
des ballets ou y jouent des comédies. Les liens du mariage n'empêchent
point les deux parties de courir les aventures galantes.
La tradition continue
vaguement à associer les Gandharvas aux phénomènes
célestes; elle fixe leur nombre à douze, correspondant au
chiffre des mois, ou encore à vingt-sept, nombre des astérismes
du zodiaque lunaire, ou elle les multiplie à l'infini. Ils passent
alors pour être la création soit de Prajâpati, soit
de Brahma, soit de Kaçyapa, etc. Le monde
spécial qui leur était assigné jadis tout près
du monde des dieux n'est plus qu'une simple ville, éclatante, il
est vrai, d'une splendeur magique; elle apparaît parfois aux yeux
des mortels dans les jeux du mirage. La législation hindoue donne
le nom de Gandharva au mariage contracté sans formalités,
par le consentement mutuel des époux, comme l'union de Sacountala
et de Douchyanta. Le Gandharva-Véda ou Véda des
Gandharvas, considéré comme l'annexe du Sâma-Véda,
enseigne l'art des Gandharvas avec tous ses accessoires le chant, la danse,
la dramaturgie. Il a été communiqué aux hommes par
le saint Bharata qui en a exposé les détails dans son Nâtyasâstra.
(Sylvain Lévi). |
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