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Eve

Eve  (hébreu : Havvâh; Vulgate : Heva) est la première femme et la mère du genre humain, selon la mythologie biblique.la première femme, mère du genre humain, fut créée après Adam. Selon la Genèse, Dieu la tira du corps de l'homme et la plaça avec lui dans le Paradis terrestre. S'étant laissé séduire par le Démon, caché sous la forme d'un serpent, elle mangea du fruit défendu et en fit manger à son époux; cette désobéissance les fit classer tous deux du paradis et entacha toute l'espèce humaine du péché originel. Le nom d'Eve veut dire en hébreu, mère des vivants.

Le mythe d'Eve a servi à installer dans les mentalités les termes prétendant justifier de la subordination des femmes aux hommes. La désolante persistance de nos jours de ce schéma archaïque ne peut que heurter et révolter la conscience.

Création d'Eve

Ève fut créée dans le paradis terrestre, où Adam avait été placé par Yahveh (= Dieu) après sa création (Genèse, II, 15). La création d'Eve est annoncée et racontée avec la même solennité que celle d'Adam (Gen., II, 26; II, 7). L'auteur de cette partie du texte cosmogonique rapporte que le Yahveh amena à Adam tous les animaux, mais qu'il ne s'en trouva aucun « qui lui fût une aide semblable à lui », c'est-à-dire de la même espèce et capable de lui aider à la perpétuer en vivant en société avec lui (Genèse, II, 20; cf. I, 28). Adam ne pouvait donc manquer de remarquer cette lacune dans la création et de concevoir ainsi l'idée d'un être plus noble, que le Yahveh avait d'ailleurs formé le dessein de lui associer. Car Dieu avait déjà dit : 
« Il n'est pas bon que l'homme soit seul, » pour montrer que la création d'Eve était le complément nécessaire de celle d'Adam; « faisons-lui une aide qui lui soit semblable. » (Genèse, II, 18).
Yahveh ne tira pas le corps d'Ève de la terre, comme il en avait tiré celui de l'homme; mais, ayant plongé Adam dans un sommeil mystérieux (voir S. Augustin), il lui prit une côte, et avec cette côte il « construisit » le corps de la femme (Gen., II, 21-22), faisant miraculeusement grandir cette matière entre ses mains, comme plus tard Jésus multiplia dans ses mains les pains et les poissons.  Par cette origine donnée au corps d'Ève, expliqueront à loisir les théologiens, Dieu marquait à la fois l'union étroite des deux époux et la dépendance de la femme vis-à-vis de l'homme, qui fut la source de son être et le fondement sur lequel elle a été « construite ». 
« L'homme, s'écria Adam à la vue d'Ève, quittera son père et sa mère et s'attachera a son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. » (Gen., II, 24).
Pareillement, en prenant la matière de ce corps dans la partie moyenne de celui d'Adam, près de son coeur, Dieu donnait à entendre l'égalité de condition et l'affection qui devait régner entre les époux. C'est ce que proclama Adam à son réveil, lorsqu'il vit celle que Dieu « lui amenait » : 
« Voici cette fois, dit-il, l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle s'appellera 'iššâh (littéralement hommesse), parce qu'elle a été tirée de l'homme, 'iš. » (Gen., II, 23).
Ève reçut ainsi d'Adam son premier nom, comme elle tenait de lui son être (Gen., II, 23-24). Cette origine d'Ève, expliqueront encore les théologiens, renfermait dans la pensée divine de profonds mystères. Les Pères de l'Eglise, ont vu, en particulier, après saint Paul, la figure de la naissance de l'Eglise, sortant du côté ouvert du Sauveur mourant (Joa., XIX, 34), et la figure des rapports de cette Église avec Jésus-Christ.

La tradition s'est prononcée pour le sens littéral du récit de la création d'Eve. Origène seul entre les anciens écrivains ecclésiastiques a pris ce récit dans un sens allégorique. Seul aussi parmi les théologiens Cajetan a rejeté le sens littéral.

La tentation et la chute d'Ève

La création d'Ève avait mis la dernière perfection à l'oeuvre de Yahveh, en même temps qu'elle avait rendu complète la félicité d'Adam en lui apportant les avantages et les joies de la vie sociale pour laquelle il avait été fait (Gen., I, 18, 20b, 23-24). Le démon, jaloux de la gloire de Dieu et de l'heureuse condition de ces deux créatures, qu'il voyait presque égales aux anges (Psaumes. VIII, 6) résolut de troubler par le péché l'ordre du monde et le bonheur d'Adam et d'Eve (Sap., II, 21; II Petr., II, 4; Jude, 6). C'est à celle-ci qu'il s'adressa de préférence, comptant qu'il lui serait plus aisé de la séduire, et qu'elle, à son tour, entraînerait facilement dans sa chute le compagnon inséparable de sa vie. (Cf. Job, II, 9-10; Tobie, XI, 22).

Cette tentation toutefois ne pouvait être qu'extérieure, comme elle le fut plus tard pour Jésus (Matth., IV, 11); car, en vertu des privilèges de l'état d'innocence, Ève était incapable d'erreur, au moins d'erreur nuisible, dans son intelligence, et, du côté de la volonté, il n'y avait pas en elle de concupiscence que le démon pût exciter pour la porter au mal (S. Thomas). 

Ève ne pouvait donc pécher qu'autant qu'elle y serait amenée par la persuasion. Le démon, pour cacher son dessein et en assurer le succès (Théodoret), se mit dans le corps d'un serpent, « le plus rusé des animaux » (Gen., III, 1), et, se servant de lui comme d'un instrument, il aborda Ève.

 « Pourquoi, lui dit-il, le Seigneur vous a-t-il commandé de ne pas manger [du fruit] de tous les arbres du paradis? » (Gen., III, 1). 
Ève vit le serpent s'approcher d'elle et l'entendit lui parler sans en être effrayée, parce que, dans l'état d'innocence, dit saint Jean Chrysostome, cet animal lui était soumis comme tous les autres, à la manière de nos animaux domestiques, et qu'il ne pouvait lui nuire.

Les paroles du serpent sont en opposition directe avec la vérité du précepte formulé par Yahveh (Gen., II, 16). C'est donc un mensonge fabriqué par le démon pour dépeindre Dieu comme un maître dur, exigeant, ennemi de la liberté de l'humain, et jeter par là dans le coeur d'Ève des germes de mécontentement et d'aversion. 

Ève lui répondit : 

« Nous mangeons de tous les fruits du paradis; mais, pour l'arbre qui est au milieu du paradis, Yahveh nous a défendu d'en manger et d'y toucher, de peur que nous ne mourions. » (Gen., III, 2-3).
Eve, en entrant ainsi en conversation avec celui que sa question seule eut dû lui rendre suspect, commit au moins une faute d'imprudence (S. Chrysostome). Cependant la plupart croient qu'elle ne fut pas coupable dans ce début de l'entretien, et que sa faute commença seulement avec la complaisance orgueilleuse que la réplique de Satan (Gen., III, 4-5), fit naître dans son esprit. Le démon saisit au bond, en quelque sorte, les dernières paroles de la femme ; il se hâta de dissiper la crainte qu'elles exprimaient :
« Nullement, lui dit-il, vous ne mourrez pas; car Dieu sait qu'au jour où vous mangerez de ce fruit, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux (hébreu : comme Dieu), sachant le bien et le mal. » (Gen., III, 4-5).
Ève écouta cet imposteur au lieu de le repousser. Elle vit donc « que l'arbre était bon à manger, et qu'il était un plaisir pour les yeux, et qu'il était désirable pour donner l'intelligence » (Gen., III, 6, d'après l'hébreu).  Chaque mot peint les ravages rapides que la tentation avait faits dans le coeur d'Ève. Le fruit a toujours la même apparence, mais les yeux de la femme sont changés; ils reçoivent les impressions mauvaises et le lui font trouver désirable; « elle le cueille » enfin et consomme ainsi son péché (Gen., III, 6). 

Ce péché fut un acte de désobéissance intérieure et extérieure à une défense formelle du Créateur (Gen., II, 17). C'est de cette faute que l'Esprit-Saint a dit que « le péché a commencé par la femme, et que c'est par elle (la femme) que nous mourons tous ». (Ecclésiastique, XXV, 13). Et toutefois cela ne peut s'entendre de ce péché considéré isolément. La faute d'Ève, quelque grave qu'elle fût, n'était pas le péché originel, le péché du chef de l'humanité, et les paroles de Eccli., XXV, 13, ne doivent s'appliquer au péché de la première femme qu'autant qu'il fut complété par celui du premier homme, ce qui eut lieu aussitôt après (Rom., V, 12). Ève, en effet, ayant mangé du fruit défendu, « en donna à son mari, qui en mangea. » (Gen., III, 6).

Les Pères sont unanimes à voir dans le récit de la tentation d'Ève l'histoire d'un fait réel. Origène seul l'a interprété allégoriquement, et Cajetan, seul cette fois encore entre les théologiens, a partagé son sentiment, comme il l'avait fait pour l'histoire de la création de la première femme. 

La sentence de Yahveh contre Eve

Lorsque Dieu, après le péché d'Adam et d'Ève, leur demanda compte de leur conduite, Ève s'excusa à l'exemple d'Adam, qui venait de rejeter sa faute sur elle, et répondit à Yahveh que le serpent l'avait trompée (Gen., III, 12-13). Dieu maudit alors le serpent, c'est-à-dire Satan, dont cet animal avait été l'instrument inconscient (S. Augustin); puis il prononça sa sentence contre Adam et contre Eve, en commençant par celle-ci :
« Je multiplierai beaucoup, lui dit-il, les souffrances de tes grossesses; tu enfanteras tes fils dans la douleur; vers ton mari seront tes désirs (tu auras à attendre tout de lui), et il te dominera » (Gen., III, 16, selon l'hébreu).
Ce châtiment répondait  à la nature de la faute d'Ève, dont l'orgueil et la sensualité formaient l'élément essentiel. Il répondait également, par sa double forme, à la condition de la première femme : il la frappait comme épouse et comme mère, parce qu'au lieu d'être à son mari une aide pour le bien (Gen., II, 18), elle l'avait entraîné au mal, et qu'elle avait par là, du même coup, provoqué la déchéance de ses enfants. 

On ne saurait toutefois affirmer que cette sentence ait eu pour résultat un changement réel dans la condition de la femme considérée comme épouse. Elle était, en effet, déjà subordonnée à l'homme dans l'état d'innocence. (I Cor., xi, 9; S. Augustin; S. Thomas). Elle n'était pas néanmoins sa servante, mais sa compagne, (Gen., II, 23-24; Tob., VII, 8), partageant avec lui l'honneur de la ressemblance divine (Gen., I, 27). Or nous voyons, par plusieurs passages du Nouveau Testament, que depuis la chute elle est sans doute subordonnée à son mari comme auparavant, mais sans avoir toutefois rien perdu de cette dignité primitive. Le sens de cette partie de la sentence divine serait donc que, par une conséquence naturelle de son péché, la sujétion de la femme lui sera dure et pénible, et que Dieu, de son côté, imprime à cette sujétion le caractère de pénalité inhérent à toutes les suites de la faute originelle. L'homme, déchu pour avoir voulu plaire à sa femme, fera souvent dégénérer vis-à-vis d'elle son autorité en tyrannie, la traitera en servante ou en esclave, l'avilira par la polygamie et le divorce. Eve a pu, du reste, saisir comme un indice de ce changement dans les paroles amères d'Adam :

« La femme que vous m'avez donnée! » (Gen., III, 12). 
La femme, de son côté, au lieu d'accepter volontiers sa subordination, comme avant la chute, et d'y voir l'ordre établi de Dieu, obéira à contre-coeur et restera avec peine sous la dépendance de son mari (S. Thomas). Ainsi cet abus de l'autorité chez l'homme, cette soumission contrainte de la femme, sont la conséquence du péché de l'un et de l'autre, et Dieu les montre à la femme comme un châtiment de sa révolte envers lui et de la faute dans laquelle elle a fait tomber l'homme. (S. Augustin).

La Genèse ne nous dit pas combien de fois Ève connut ces douleurs de la maternité; nous savons seulement qu'après avoir été chassée du paradis avec Adam, elle lui donna « des fils et des filles » (Gen., v, 4); et nous connaissons le nom de trois de ces fils : Caïn, Abel et Seth. Nous savons aussi que la mort d'Abel, tué par Caïn, et l'exil du fratricide, maudit de Dieu et s'enfuyant loin de ses parents (Gen., IV, 11, 16), firent comprendre à la première mère toute l'étendue de cette prédiction : « Tu enfanteras tes fils dans la douleur » (Gen., III, 16).

Cependant Yahveh avait prononcé devant elle, le jour même de sa faute, une parole bien capable de la consoler dans toutes ces peines. Il avait annoncé à Satan sa défaite complète par un rejeton de la femme (Gen., III, 15). En dehors de la Genèse, on ne retrouve le nom d'Ève que dans Tobie, VIII, 8; Il Cor., XI, 3; 1 Tim., II, 13. (E. Palis).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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