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Les esprits
sont des entités fantastiques, objets de légendes, parfois
de cultes, que l'on rencontre aussi bien dans les traditions populaires
( Folklore)
que dans les religions constituées. Si, du point de vue philosophique,
il existe une différence radicale entre les monothéismes
et les polythéismes, cette différence s'estompe dès
que l'on considère la manière dont la plupart des croyants
des diverses religions comprennent et vivent en pratique leur foi, ce qui
ouvra partout un espace pour la croyance aux esprits. Ce qu'il est convenu
d'appeler la religion populaire n'est pas plus avare en divinités
subalternes dans les monothéismes que dans les polythéismes.
Ces entités que l'on appelle, ici, anges,
démons,
génies
ou saints, seront, là, des des dieux secondaires,
des faunes, des nymphes,
des fées, des revenants
ou des demi-dieux. Au final, les esprits sont partout dans l'imagination
des humains et, dès lors, partout aussi autour d'eux.
Le
monde intermédiaire
Toute cette foule constitue un monde foisonnant,
où viennent se fondre des traditions d'origines très diverses,
et que les divers auteurs qui en ont parlé ont cherché à
théoriser et à ordonner logiquement, ou du moins à
concilier avec la structuration du monde à laquelle ils croyaient.
Fontenelle
disait, à propos des esprits :
«
On est embarrassé de cet espace infini qui est entre Dieu et les
hommes, et on le remplit de génies et de démons. »
Autrement dit, les esprits
ne seraient que les produits de la psychologie humaine qui a a horreur
du vide. Les auteurs de l'Ancien Testament
évoquent de leur côté l'échelle mystérieuse
de Jacob qui redescend du firmament sur la terre; des myriades d'anges
en remplissent les degrés; les séraphins, les chérubins,
les dominations et les trônes font résonner les voûtes
du ciel de leurs cantiques. Dieu aussi aurait horreur
du vide, et donc l'espace intermédiaire se remplit selon le mode
surnaturel...
Les agents du
bien et du mal.
Il y a aussi des
anges
déchus et tout un monde de démons
qui est comme le miroir du monde du bien. Il en est donc des esprits à
peu près comme des humains : il y en a de bons, d'honnêtes,
de bienfaisants, d'enjoués, de divertissants; il y en aussi de chagrins,
de méchants et de cruels. Les bons aiment les humains; ils se plaisent
à leur faire du bien, ils les secourent dans leurs besoins. ils
les consolent dans leurs afflictions, ils les aident de leurs conseils,
ils détournent les malheurs qui les menacent, etc. Tels sont les
esprits familiers.
Une conception qui
n'est pas propre aux religions de la Bible .
Ainsi, Zoroastre enseignait-il l'existence
d'un nombre infini d'esprits entre la Divinité et les mortels, et
les Perses avaient deux génies
représentant le bon et le mauvais principe le premier portait le
nom d'Oromase, l'autre celui d'Arimane. De la même façon,
on voit souvent figuré sur les vases étrusques et dans les
hypogées
de Tarquinium ,
deux personnages qui représentent le bon et le mauvais génie
: le premier s'offre avec des formes juvéniles et des ailes blanches;
on y donne au second des traits décharnés et repoussants.
On
pourra ensuite tout à loisir discuter de l'étendue de l'empire
des uns et des autres.
Chez les auteurs
chrétiens, l'opinion la plus commune veut que les esprits soient
des démons ou des diables qui, après leur chute, sont restés
dans l'air, dans les eaux et sur la terre; et cette opinion s'est appuyée
sur l'explication de quelques endroits de la Bible et des Pères
de l'Eglise. Dans une de ses Epîtres aux Ephésiens ,
saint Paul écrit, par exemple :
«
Nous n'avons pas seulement à combattre les inspirations de la chair
et du sang, nous avons de plus à lutter contre les principautés,
les puissances des ténèbres, et contre les esprits malins
qui remplissent les airs. »
David
disait tout le contraire :
«
Le Seigneur t'a recommandé à ses anges : partout ils veilleront
sur toi avec sollicitude; ils te porteront dans leurs bras, de peur que
ton pied ne heurte par hasard à quelque pierre; et tu pourras marcher
sans crainte sur le basilic, sur le dragon et sur le lion du désert.
»
Cosmas, Patrice, saint
Hilaire et Théodore, évêque
de Mopsueste, placent eux aussi, au lieu de démons, des anges dans
la région sublunaire, et en font des intermédiaires entre
Dieu
et les humains.
La théorie
des esprits élémentaires.
Les auteurs cabalistes
ont prétendu que les esprits étaient des créatures
matérielles, composées de la substance la plus pure des éléments ;
que plus cette matière était subtile, plus ils avaient de
pouvoir et d'action. Ceux qui ont cru que les esprits étaient de
cette sorte, les ont assujettis à la mort comme les humains, un
peu à l'images des Pénates des
anciens Romains qui mouraient lorsque
la famille dont ils étaient les protecteurs disparaissait. Cardan
dit que les esprits qui apparurent à son père lui firent
connaître qu'ils naissaient et qu'ils mouraient comme nous; mais
que leur vie était plus longue et plus heureuse que la nôtre.
Ces auteurs distinguent
des esprits de deux sortes : supérieurs et inférieurs. Les
supérieurs sont ou célestes ou aériens; les inférieurs
sont ou aquatiques ou terrestres.
Les esprits célestes
que l'on appelle esprits ignéens ou salamandres,
résident entre le ciel des étoiles et le concave de la lune.
Comme ils sont composés du plus pur des éléments,
ils ont plus de connaissance que les autres ils savent tout ce qui se passe
dans l'univers; ils observent jusqu'aux moindres changements qui y arrivent.
Les esprits aériens
ou sylphes occupent le grand espace qui est
depuis le concave de la lune jusqu'à la superficie du globe inférieur.
Ils possèdent les arts et les sciences dans un état parfait.
Les esprits aquatiques,
que l'on nomme fées, nymphes,
sibylles blanches ou ondins, demeurent dans les
eaux. Ils prédisent la bonne ou méchante fortune; ils se
disent les maîtres de la Parque et du Destin. Ce fut un de ces esprits
qui, au rapport de Pline le Jeune, prédit,
en Afrique, à Curtius Rufus qu'il retournerait bientôt à
Rome,
où il recevrait de grands honneurs; qu'on le choisirait pour être
gouverneur d'Afrique, et qu'il mourrait dans cet emploi. Ce furent aussi
des nymphes qui firent présent, dit-on, à un roi de Suède,
d'une ceinture fatale de laquelle il n'avait qu'à se ceindre pour
vaincre sus ennemis.
Les esprits terrestres
habitent les forêts, les plaines, les vallons,
les montagnes, les cavernes et les lieux souterrains. Ils ont différents
noms, selon les lieux où ils se trouvent. On appelle farfadets
ou esprits familiers, ceux qui habitent avec les humains; satyres
ou sylvains, ceux qui errent dans les vallons, dans les forêts et
les montagnes; gnomes et nains
ceux qui habitent dans les mines et autres lieux souterrains, ces derniers
esprits sont gardiens des trésors et des richesses.
Les esprits célestes
ou aériens communiquent rarement avec les humains; mais les aquatiques
et les terrestres ont beaucoup de commerce avec eux. Il y a même
quelques familles considérables qui se vantent d'en être sorties,
et qui portent des fées sur la cimier de
leurs armes. Les princes de la famille des Jagellons
en Pologne ,
se disent aussi descendus de ces esprits. Quelques auteurs prétendaient
que les Huns étaient issus des satyres
qui séduisirent les femmes débauchées l'armée
de Filimer, roi des Goths, qui les avait
fait conduire, quelque temps auparavant, dans un désert, où
elles étaient éloignées du commerce des hommes. On
dit la même chose des Pégusians et des Scianites, dont les
mères avaient eu affaire avec quelques follets.
Ils sont parmis
nous!
Au moins une chose
est sûre pour tous ces auteurs : de nombreux esprits côtoient
les humains.
«
Ils, sont, dit Apulée, immortels comme les dieux, et sujets à
la pitié et à la colère comme nous; ils se laissent
toucher par les prières, par les présents et par les honneurs;
ils sont sensibles aux injures et au mépris, etc. Toute leur occupation
n'est que d'entretenir la commerce entre les dieux et les humains, et de
prendre soin des choses d'Ici-bas. »
La proximité
des esprits est une croyance présente aussi chez Platon,
Xénocrate,
Varron
et d'autres encore, croyaient à l'existence des démons invisibles
a nos yeux, qui habitaient les airs et communiquaient quelquefois avec
les humains au moyen des oracles et des procédés divers de
la magie et des enchantements. Les Grecs
avaient des esprits qu'ils nommaient coryciens, et ils avaient l'habitude
de dire proverbialement-:
Prenons garde que le corycien ne nous écoute.
Nous lisons dans
Hérodote,
d'un de ces esprits qui apparut à Proconèse, sous la forme
du poète Aristée, et qui, étant
entré dans la boutique d'un foulon, feignit de se trouver mal et
de rendre l'esprit. Le foulon courut promptement avertir les parents d'Aristée
de sa mort subite; et le bruit s'en étant répandu dans la
ville, les Proconésiens y accoururent de toutes parts; mais ils
ne trouvèrent ni le follet ni le corps d'Aristée. Un homme
qui arrivait par hasard de Cyzique ,
les assura qu'il avait laissé le poète auprès de cette
place, et qu'il était encore dans la Propontide. Ce follet apparut
en différents lieux sous la même figure.
Sébastien
Munster rapporte, dans sa Cosmographie, qu'en un désert
auprès de Tangut, ces esprits font souvent retentir l'air d'une
douce harmonie de divers instruments; qu'ils appellent les passants par
leur nom, les détournent quelquefois de leur chemin, et se moquent
d'eux ensuite.
Olaüs
Magnus, archevêque d'Upsala, rapporte, dans son Histoire des
pays septentrionaux, que l'on rencontre souvent des esprits en forme
d'humains; qu'il conversent familièrement avec les habitants, qu'ils
s'engagent à leur service, et travail- . lent avec eux dans les
mines. Il ajoute qu'il y a beaucoup de follets en Islande
qui prennent la figure des gens du pays, et trompent leurs parents et leurs
amis sous cette fausse apparence.
Sur le continent
américain nouvellement découvert, on ne tarda pas non plus
à découvrir des esprits. Les légendes qui s'y sont
rapidement forgées racontent qu'on en trouvait, en plein midi, dans
la campagne et dans les villages, qui arrêtent les passants, les
maltraitent et leur ordonnent ou défendent de faire certaines choses.
Les voyageurs qui avaient parcouru les mers en disent autant du pays des
cannibales. On disait aussi en voir, pendant la moisson, dans la
Russie
orientale, qui se promènent dans la campagne en habits de veuves,
qui obligent les paysans de se prosterner devant elles, et leur rompent
les bras et les jambes quand ils ne sont pas assez tôt à leurs
pieds.
On peut lire beaucoup
d'autres exemples dans Diodore, dans Munster
et dans Agricola.
Les
esprits familiers.
Non seulement les
esprits peuvent commercer avec les humains, mais ils peuvent aussi leur
être liés personnellement. Ils forment alors la classe des
esprits familiers.
Les Romains
les appeIaient
génies, parce que ces esprits s'attachent
à nous suivre dès le moment que nous sommes engendrés.
Ils attribuaient presque toutes leurs actions à leur génie,
c'est-à-dire aux fortes pensées qu'il leur inspirait; et
ce que nous appelons suivre son génie, est encore une preuve de
cette ancienne créance.
Nombre d'esprits
familiers ont acquis une part de célébrité. Tel était
le génie de Socrate, l'aigle de Pythagore,
la nymphe Egérie de Numa Pompilius. Tel
était aussi le génie du Constantin
le Grand, que cet empereur nommait l'auteur de son salut, et qu'il
disait avoir toujours consulté dans les affaires les plus importantes
de l'empire. Govare, prétendu roi de Norvège ,
fut averti par son génie que l'on conspirait contre lui. Apollonius
fut enlevé par le sien des mains d'une troupe de soldats qui l'avaient
arrêté par ordre de l'empereur Domitien.
Aristide fut transporté de Smyrne
au mont Atys, lorsque cette ville fut renversée par un tremblement
de terre. L'empereur Trajan eût été accablé
sous les ruines d'Antioche,
sans son bon génie qui l'en fit sortir. Le poète Simonides
n'eût pu éviter celles de la maison de Scopas, chez lequel
il était à souper, s'il n'eût été averti
deux jeunes hommes, qui le demandaient avec instance, et qui disparurent
aussitôt qu'il en fut dehors. On mentionnera encore l'entretien de
Brutus
avec son mauvais génie avant la bataille où il fut défait.
Dans sa Cité
de Dieu ,
saint
Augustin raconte que les Galles reconnaissaient deux génies
qui s'attachaient aux hommes dès leur naissance. L'un, de couleur
blanche, leur était favorable; l'autre était noir, et malfaisant.
Ils étaient désignés dans la Gaule
par le nom générique de Dusii, qui signifie les noirs;
et Isidore de Séville les appelle Dusii
pilosi on les noirs velus, ajoutant qu'ils prenaient le plus souvent
la forme du bouc ou du satyre. Latour d'Auvergne dit aussi que les Bretons
de l'Armorique
reconnaissaient deux génies qui accompagnaient l'homme dès
sa venue au monde, et qui influaient particulièrement sur sa destinée.
Ils nommaient le mauvais génie Du oll, qui veut dire tout
noir, et dont quelques auteurs prétendent que l'on a fait Diaoul,
en français, le Diable.
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Du génie
en bouteille
En
Allemagne ,
selon les croyances populaires, l'Esprit familier doit être gardé
dans un petit flacon de verre bien fermé, et cet esprit, sans ressembler
précisément à une araignée ou à un scorpion,
se remue sans cesse. Le flacon doit demeurer dans la poche de celui qui
l'a acheté, et lorsque celui-ci le place dans un autre endroit,
il revient de lui-même dans la poche.
Ce
flacon porte bonheur; il fait découvrir des trésors cachés,
aimer de ses amis et redouter de ses ennemis. A la guerre, il donne la
force du fer et de l'acier, rend toujours vainqueur, et préserve
par conséquent de devenir prisonnier. Toutes ces propriétés
sont aussi favorables que merveilleuses; mais voici le revers de la médaille,
c'est que le porteur du flacon, s'il le conserve jusqu'à sa mort,
va tout droit en enfer.
Aussi
celui qui en a fait usage, cherche-t-il toujours à le revendre après
un certain temps; mais il ne peut le faire qu'en le cédant à
meilleur marché qu'il ne l'a acheté. On raconte à
ce sujet qu'un soldat qui s'était ainsi procuré, un Esprit
familier en bouteille, le jeta plus tard aux pieds de son précédent
possesseur, et s'en alla à la hâte; mais arrivé chez
lui , il retrouva le flacon dans sa poche. Alors il alla le lancer dans
le Danube ,
mais sans plus de succès, et ce ne fut qu'après avoir subi
un grand nombre de déceptions et de tribulations, qu'il put enfin
faire passer le flacon maudit dans la poche d'un autre propriétaire. |
Scaliger,
Cecco
d'Ascoli, Cardan et plusieurs autres visionnaires
disaient avoir, eux aussi, des esprits familiers. Bodin
dit avoir connu un homme qui était toujours accompagné d'un
esprit familier, lequel lui donnait un petit coup sur l'oreille gauche
quand il faisait bien, et le tirait par l'oreille droite quand il faisait
mal. Cet homme était averti de la même façon si ce
qu'il voulait manger était bon ou mauvais, s'il se trouvait un honnête
homme ou avec un coquin, etc. C'était très commode.
L'esprit
des lieux et des peuples.
Le genius
des Romains, qui présidait à
la conservation de chaque mortel, devenait le protecteur de chaque lieu
où il se trouvait établi. Ils croyaient ainsi à l'existence
de diverses classes de dieux domestiques (les pénates
et les lares). II leur rendaient un culte comme
au reste des dieux; ils leur élevaient des autels; ils leur offraient
des sacrifices domestiques; ils conservaient leurs images avec tout le
soin et la vénération possible; ils négligeaient même
toute autre chose pour les sauver, quand le malheur de la guerre les chassait
de leur maison ou de leur pays. Selon la mythologie romaine, Enée
aima mieux abandonner ce qu'il avait de plus cher et de plus précieux,
que de laisser ses dieux domestiques à ses ennemis.
Certains de ces esprits
étaient aussi dévolus, non plus à la protection du
seul foyer, mais aussi de toute la Cité (conçue comme la
famille des familles) ou de l'Etat. Les Romains n'assiégeaient pas
une ville sans que leurs prêtres n'eussent évoqué le
génie ou le dieu tutélaire du pays, et lui promettaient,
pour l'avoir favorable, de lui rendre à Rome
le même culte et les mêmes honneurs qu'il recevait chez lui.
Ils firent aussi publier un édit par lequel ils imposèrent
de très rigoureuses peines à ceux qui blasphémaient
contre leurs génies, et l'empereur
Caligula
en fit punir publiquement quelques-uns de ceux qui les avaient maudits.
Esprits des morts
(Revenants).
Souvent, les créatures
fantastiques que l'on qualifie d'esprits sont des revenants.
Ainsi, certains auteurs se sont imaginé que ces esprits n'étaient
que les âmes des morts qui, étant une fois séparées
de leurs corps, erraient incessamment sur la terre, et nous paraissaient
tantôt d'une manière et tantôt d une autre; que les
âmes des héros se rendaient officieuses auprès de leurs
parents, de leurs amis et des gens de bien; mais que les méchants
persécutaient les hommes après leur mort, comme ils avaient
fait pendant leur vie.
Ce sentiment leur
paraissait d'autant plus vraisemblable, qu'ils s'imaginaient voir des spectres
auprès des tombeaux, dans les cimetières, dans les lieux
où il y a des cadavres et dans ceux où l'on a tué
quelques personnes.
«
Les esprits, dit Wecker, sont les seigneurs de l'air; ils peuvent exciter
les tempêtes, rompre les nues et les transporter où ils veulent,
avec de grands tourbillons; enlever l'eau de la mer, en former la grêle
et tout ce que bon leur semble.»
Il y a eu, dans l'intérieur
de l'Amérique
septentrionale, populations qui croyaient que lorsqu'un homme est enterré,
sans qu'on place auprès de lui tout ce qui a appartenu, son esprit
revient sous forme humaine, et se montre sur les arbres les plus près
de sa maison, armé d'un fusil; on ajoutait qu'il ne peut jouir du
repos qu'après que les objets qu'il réclame ont été
déposés dans sa tombe.
Suétone
dit qu'après la mort de l'empereur Caligula,
on ouït tant de bruit dans le lieu où il avait été
tué, que l'on n'osa plus y demeurer. On a longtemps entendu un grand
bruit d'armes et de combattants dans les champs de Pharsale ,
depuis la défaite de Pompée. On
n'en ouït pas moins dans la campagne de Marathon ,
après la déroute des Perses ( Les
Armées
prodigieuses).
Il y a une montagne
en Islande ,
au pied de laquelle on rencontre souvent, au rapport de Paul de Zélande,
des hommes morts, qui paraissent vivants à ceux qui les approchient.
Ils leur parlent même, et leur révèlent beaucoup de
choses des pays éloignés; et, si on leur dit de retourner
chez eux, ils répondent en gémissant qu'ils ne le peuvent,
qu'il faut qu'ils aillent au mont Hékla, et disparaissent aussitôt.
Selon une légende
colportée par quelques auteurs, un nommé Etienne Hubner,
de Trawteneaur en Bohème ,
parut, en plusieurs endroits de la ville, peu de jours après sa
mort, et qu'il embrassa quelques-uns de ses amis qui le rencontrèrent.
On dit de Néron qu'il fut tourmenté
toute sa vie par l'âme d'Agrippine, sa
mère, qu'il avait fait mourir. Saint-Augustin
rapporte que Félix le martyr se fit voir aux habitants de Nôle,
lorsque cette ville était assiégée par les barbares.
En un mot, les histoires sont toutes remplies d'exemples de morts qui ont
apparu à leurs parents ou à leurs amis.
Certains Pères
de l'Eglise ont cru que les âmes des morts pouvaient sortir pour
un temps du lieu où elles étaient; que celles des damnés
étaient souvent punies où ils avaient commis leurs crimes,
que c'était là leur enfer et le lieu de leurs peines. Nous
lisons même dans Manilius que, durant le concile de Bâle ,
quelques docteurs qui devaient y assister, entendirent dans une forêt
un rossignol qui chantait si mélodieusement, qu'un de ces docteurs,
surpris de la douceur de son chant, le conjura, au nom de Dieu, de lui
dire qui il était, et cet oiseau lui répondit qu'il était
une âme damnée, qui devait rester dans ce lien-là jusqu'au
jour du Jugement dernier.
La
manifestation des esprits
Certains phénomènes
naturels ont parfois été attribués aux esprits. Lorsque
les esprits sont en voyage, dit-on par exemple, ils s'enveloppent fréquemment,
et ainsi que les fées, d'un tourbillon de poussière; d'autres
fois leur passage est signalé par ce phénomène que,
quoiqu'il n'y ait pas le moindre vent, les arbres d'un bois ou seulement
les branches de ces arbres, se brisent tout à coup. Souvent encore,
lorsqu'ils abandonnent les eaux pour s'élever dans l'air, on voit
sortir de ces eaux des colonnes de vapeur qui forment ensuite des nuages
épais et noirs.
Dans d'autres cas,
les esprits viennent se mêler directement des affaires des humains,
avec une logique qui n'est pas très claire. Trop humains eux-mêmes,
sans doute...
Esprits tourmenteurs.
Certains esprits
sont facétieux ou colériques. Ils se manifestent en agaçant
les humains. C'est souvent très innocent, mais cela s'avère
parfois dramatique.
L'esprit
du château d'Egmont
Segrais rapporte
ce qui suit dans ses Remarques historiques : « Patris avait
suivi Gaston en Flandre .
Il logea dans le château d'Egmont.
L'heure du dîner étant venue, Patris sortit de sa chambre
pour se rendre où l'on mangeait. Il s'arrêta en passant à
la porte d'un officier de ses amis, fort honnête homme, pour le prendre
avec lui. Il heurta fort; mais voyant que l'officier ne venait pas, il
frappa une seconde fois et l'appela en même temps, en lui demandant
s'il ne venait point dîner. L'officier ne répondit pas. Patris
ne doutant pas qu'il ne fût dans sa chambre, parce que la clef était
à la porte, ouvre, et, en entrant, il le voit assis près
de sa table comme hors de lui-même. Il s'approche de fort près
pour savoir ce qu'il avait. L'officier, revenant à lui, dit :
-
Vous ne seriez pas moins frappé que je le suis, si vous aviez vu
comme moi ce livre que vous voyez en cet endroit-là, y passer tout
seul, et les feuillets se tourner d'eux-mêmes sans que je visse autre
chose.
C'était le livre
de Cardan, sur la subtilité.
-
Bon, lui dit Patris, vous vous moquez : vous aviez l'imagination remplie
de ce que vous venez de lire; vous vous êtes levé de votre
place , vous avez mis vous-même le livre à l'endroit où
il est; vous êtes revenu ensuite vous remettre en votre place, et
ne trouvant plus votre livre auprès de vous, vous avez cru qu'il
était allé là tout seul.
- Ce
que je vous dis est très vrai, répliqua l'officier, et pour
marque que ce n'est pas une vision, c'est que la porte que voilà
s'est ouverte et refermée, et c'est par là que l'esprit s'est
retiré.
Patris alla ouvrir cette
porte, qui était celle d'une galerie assez longue, au bout de laquelle
il y avait une lourde chaise seulement. Ce meuble massif s'ébranla,
quitta sa place en venant vers lui, comme soutenu en l'air. Alors Patris
dit :
-
Monsieur le diable, les intérêts de Dieu à part, je
suis bien voire serviteur; mais je vous pris de ne plus m'effrayer.
La chaise retourna aussitôt à sa place. Cela fit une si forte
impression sur Patris qu'il en devint dévot.
»
Segrais affirme que
Patris était incapable d'en imposer.
Le
briseur de vitres de Poitiers.
Guillaume de Paris
écrit que l'an 1447, il y avait un esprit à Poitiers,
dans la paroisse de Saint-Paul, lequel rompait vitres et verrières,
et frappait à coups de pierres sans blesser personne.
Le
persécuteur de Cologne.
Caesarius raconte
que la fille d'un prévôt de Cologne
était si tourmentée d'un esprit malin, qu'elle en devint
frénétique. Le père fut averti de faire aller sa fille
au delà du Rhin
et de la changer de lieu; ce qu'il fit. L'esprit fut obligé d'abandonner
la fille, mais il battit tant le père qu'il en mourut trois jours
après.
Un
esprit de singe.
En 1750, un officier
du prince de Conti, étant couché
dans le château de l'île-Adam, sentit tout à coup enlever
sa couverture. II la retire; on renouvelle le manège, tant qu'à
la fin l'officier ennuyé jura d'exterminer le mauvais plaisant,
met l'épée à la main, cherche dans tous les coins,
et ne trouve rien.
Etonné, mais
brave, il veut, avant de conter son aventure, éprouver encore le
lendemain si l'importun reviendra. Il s'enferme avec soin, se couche, écoute
longtemps et finit par s'endormir. Alors on lui joue le même tour
que la veille. Il s'élance du lit, renouvelle ses menaces, et perd
son temps en recherches. La crainte s'empare de lui; il appelle un frotteur,
qu'il prie de coucher dans sa chambre, sans lui dire pour quel motif. Mais
l'esprit qui avait fait son tour, ne paraît plus.
La nuit suivante,
il se fait accompagner du frotteur, à qui il raconte ce qui lui
est arrivé, et ils se couchent tous deux. L'esprit vient bientôt,
éteint la chandelle qu'ils avaient laissée allumée,
les découvre et s'enfuit. Comme ils avaient entrevu cependant un
monstre difforme, hideux et gambadant, le frotteur s'écria que c'était
le Diable, et courut chercher de l'eau bénite.
Mais au moment qu'il levait le goupillon pour asperger la chambre, l'esprit
le lui enlève et disparaît...
Les deux champions
poussent des cris; on accourt; on passe la nuit en alarmes, et le matin
on aperçoit sur le toit de la maison un gros singe qui, armé
du goupillon, le plongeait dans l'eau de la gouttière et en arrosait
les passants.
Esprits frappeurs,
tables tournantes et spiritisme.
Vers le milieu du
XIXe siècle, en Amérique ,
on raconta que dans une maison du petit village d'Hydesville (comté
de Wayne) [Etat de New-York], des bruits insolites se produisaient, des
voix étranges avaient été entendues, et attribués
les uns et les autres par la crédulité publique à
l'intervention des esprits, alors qu'il fut établi plus tard que
bruits et voix n'étaient que le résultat d'une supercherie.
Quoi qu'il en soit, dès ce jour, on évoqua des manifestations
d'esprits de toutes parts; les médiums se comptèrent bientôt
par milliers aux Etats-Unis .
Ce fut en ainsi sous ces auspices suspects, mais bientôt répandus
par l'engouement de la vogue, que se propagea une croyance nouvelle, qui
se confondit bientôt avec le phénomène déjà
fort répandu des tables tournantes, auquel on attribuait une intervention
surnaturelle. Ces tables frappaient, tournaient, s'agitaient, marchaient,
gesticulaient et répondaient aux questions.
Il ne restait plus
qu'à inventer la théorie de ces phénomènes.
Alors survint un savant et un philosophe lyonnais, Hippolyte-Denizart Rivail,
plus connu sous le pseudonyme d'Allan Kardec, qui étudia ces supposées
manifestations et en fit la base d'une nouvelle doctrine, à laquelle
il donna le nom de spiritisme. Le spiritisme
se présente comme une science occulte et se donne pour objet principal
de déterminer les conditions d'existence de l'esprit avant, pendant
et après son incarnation en un corps terrestre, et d'établir
les règles de la manifestation de l'esprit des morts aux vivants.
Le
spiritisme.
Selon les dogmes
fondamentaux du spiritisme, Dieu, être suprême,
source éternelle de vie, est force, intelligence et amour, cause
de toutes choses et de tous les êtres, éternel, infini et
absolu. La force divine, somme totale des vibrations nécessaires
au fonctionnement de l'univers, est source intense de chaleur et de lumière,
source du fluide universel. L'âme humaine,
étincelle du foyer divin, est constituée par deux parties,
l'une immatérielle et l'autre semi-matérielle, dont la source
est le fluide universel, et que la doctrine spirite nomme le périsprit.
Ces deux éléments inséparables doivent parcourir,
avant d'arriver à la perfection suprême, de nombreuses carrières
qui comprennent chacune l'incarnation, la croissance et la désincarnation.
L'incarnation est
le fait, pour l'âme, de renaître dans un corps spécialement
préposé à cette oeuvre. Lorsque la mort arrive, c'est
la désincarnation de l'esprit, qui se dégage de la matière,
mais qui demeure enveloppé do son corps fluidique ou périsprit,
qui le retient encore captif dans les zones terrestres. C'est en cet état
que, pouvant agir fluidiquement sur les êtres et les choses matérielles,
il se manifeste par l'intermédiaire des médiums, jusqu'au
jour où il se réincarnera de nouveau.
C'est ainsi que le
spiritisme
base et justifie la communication des vivants avec les esprits qui se manifestent
à eux, les guident et les conseillent. Ils se manifestent en unissant
leurs fluides spiritualisés aux fluides vitalisés du corps
humain, et c'est en cette fusion des fluides que consiste l'état
de médiumnité.
Les phénomènes
principaux de ces manifestations spirituelles sont les coups frappés,
la sématologie, qui se font entendre dans les objets inanimés,
les maisons hantées, etc.; la typtologie, c'est-à-dire
l'écriture au moyen de la table, qui répond en frappant aux
questions qui lui sont posées; la psychographie, ou écriture
mystérieusement tracée directement par l'esprit sur une feuille
de papier, une ardoise, etc., ou indirectement par l'organe d'un médium
écrivain, qui trace inconsciemment des caractères, des dessins,
de la musique, etc.; l'incorporation, c'est-à-dire la prise
de possession par l'esprit d'un corps humain, par les organes duquel il
se manifeste; les apparitions, qui se produisent pour les médiums
voyants; l'audition, phénomène de voix perçues
par les médiums auditifs; la matérialisation, manifestation
visuelle plus complète que l'apparition; les apports, phénomène
fantastique qui consiste en la projection d'objets divers: fleurs, fruits,
bijoux, expliqué, selon la doctrine spirite, par la dématérialisation
de ces objets, transportés alors à l'état moléculaire
et rematérialisés, reconstitués ensuite dans leur
état primitif.
D'autres phénomènes,
que l'on nomme extériorisation, sont encore évoqués
par le spiritisme; ils sont dus à la faculté dont certaines
personnes sont douées de disposer de leur force personnelle, fluidique
et spirituelle, qu'elles parviennent à dégager. Les plus
importants do ces phénomènes sont le magnétisme, la
télépathie, le mentévisme ou transmission de pensée,
etc.
La doctrine spirite,
bien que relativement récente sous la forme que lui a donnée
son fondateur remonte, a revendiqué des principes qu'elle a fait
remonter jusqu'aux religions les plus anciennes.
L'antique doctrine
de l'Inde ,
celle (plus ou moins abusivement réinterprétée) des
mages d'Egypte ,
de Chaldée
et de Perse ,
connaissaient les évocations des âmes des trépassés,
et admettaient que la partie spirituelle de l'être, l'esprit, agissait
sur la matière au moyen du fluide sidéral; elles professaient
l'existence d'un corps astral, composé d'éléments
fluidiques cosmiques, enveloppe de l'esprit, qui n'est autre chose que
le périsprit du spiritisme; les réincarnations successives,
jusqu'à ce que l'esprit ait atteint la perfection définitive,
faisaient partie de leurs dogmes; elles enseignaient l'existence des guides
spirituels qu'admet le spiritisme, sous le nom d'esprits tutélaires;
les différents séjours des âmes, nécessaires
à leur purification, existent dans toutes les théories religieuses.
Le spiritisme,
terre d'élection des charlatans, a servi, entre les mains d'habiles
opérateurs, à l'exploitation de la crédulité
humaine, toujours si prompte à s'enthousiasmer pour les phénomènes
surnaturels et les choses du merveilleux. Il a eu ses faux médiums,
ses faux voyants, ses faux prophètes et même les prétendus
photographes des esprits évoqués qui échouent, à
l'occasion, en correctionnelle. (J. Collin de Plancy / A.
de Chesnel / NLI). |
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