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Les
réprésentations de Dionysos
On distingue deux catégories principales
de représentations de Dionysos; les unes nous montrent un homme
mûr, les autres un adolescent. Cette dernière figuration remonte
au moins à Calamis et à la première moitié
du Ve siècle. Les plus anciennes
représentations du dieu sont des xoana, ou simples morceaux
de bois de figuier à peine travaillés. Dans la Béotie ,
Dionysos Cadmus est figuré dans la Cadmée par un morceau
de bois serti d'airain; l'image de Dionysos Stylos est analogue. On élève
au dieu des colonnes qui sont entourées de lierre;
on les drape de vêtements et on place en haut le masque
barbu du dieu; des rameaux se détachent du fût en plusieurs
endroits. A Naxos ,
on nous signale le masque de Dionysos Bacchus
(taillé dans un cep de vigne) et de Dionysos Meilichios (taillé
dans un figuier). On fait un pas de plus en sculptant en effigie divine
les montants d'une porte ;
le dieu (dont les vases peints nous conservent
les traits) est drapé dans un manteau, avec barbe et chevelure et
couvert d'une couronne de feuillage. A ce moment on exécute toute
une série d'images particulières du dieu, les Hermès.
Ces Hermès dionysiaques sont nombreux et nous y reviendrons plus
bas. Venons aux véritables images du Dionysos barbu. Il n'est pas
toujours facile de discerner d'après les textes à quel degré
d'achèvement étaient annexées les idoles dont ils
parlent. Le Dionysos Akratophores de Phigalie n'est sculpté que
dans la partie supérieure et peint de cinabre. Le Dionysos Aesymnète
de Patras est une oeuvre présumée d'Hephaistos.
Athènes
possédait plusieurs vieilles idoles du dieu; dans le plus ancien
sanctuaire, celle de Dionysos Eleuthereus; celle de Dionysos Orthos, vraisemblablement
phallique; celle de Dionysos Morychos dont à la vendange on barbouillait
le masque de jus de raisin et de figues fraîches. A Mégare ,
on montrait un xoanon de Dionysos Patroos paré de riches vêtements
et une image grossière de Dionysos Dasyllios; à Corinthe ,
celles de Dionysos Lysios et de Dionysos Bacchios faites, disait-on, avec
le bois de l'arbre ou se cachait Penthée;
on en possédait deux semblables à Sicyone
où l'on montrait aussi dans le temple de Déméter
les images et les masques de Dionysos, Déméter et Coré.
Le xoanon d'Argos
passait pour avoir été rapporté d'Eubée ;
on en cite d'autres à Brysées, Olympie ,
Lerne; ce dernier représentait le dieu assis. Toutes ces idoles
qui nous sont indiquées par les écrivains, spécialement
par Pausanias, demeurent à peu près
inconnues.
Nous possédons une ample collection
de vases à figures noires ou est représenté Dionysos.
Il est généralement habillé d'un double vêtement,
longue tunique à manches courtes et manteau; celui-ci voile parfois
la face, ne laissant voir qu'une main, laquelle tient un attribut;
au manteau (himation) est quelquefois substituée la chlamyde.
Même agissant, monté sur son char, sur un taureau,
combattant les géants, Dionysos conserve
son double vêtement. Comme cavalier il porte de préférence
la chlamyde; il est rare qu'il soit plus légèrement habillé,
même lorsqu'il repose sous un lierre en compagnie d'une femme ou
d'un échanson. Ses cheveux et sa barbe sont très longs; derrière
l'oreille tombe une longue boucle; Les attributs usités sont la
couronne de lierre, la corne
à boire, ou le canthare, à l'autre main un pampre. On lui
met aussi aux mains un sceptre; le thyrse ne paraît pas encore; le
dieu ne porte pas la nebris (peau de faon) qu'il laisse à
ses Ménades. Les animaux
figurés auprès de lui sont le bouc, le taureau, le mulet;
la panthère commence à paraître,
c'est le premier attribut qui soit évidemment d'origine étrangère.
Le dieu est d'ordinaire debout dans une attitude paisible, la tête
légèrement inclinée; on le voit également assis,
chevauchant ses bêtes ou un Satyre, montant
en char, étendu sur un lit. Les groupes mythiques représentent
la Gigantomachie, l'aventure avec les
pirates tyrrhéniens; le retour d'Héphaistos;
Dionysos, et Sémélé; Dionysos
et Ariane.
Les vases à
figures rouges de style archaïque nous présentent des types
plus beaux que les précédents, mais du même genre.
L'habillement du dieu est le même que celui qui a été
décrit, le dieu combattant est représenté en costume
guerrier; la peau de panthère, l'orne
fréquemment il ne porte pas encore la peau de faon dont se parent
ses Bacchantes. Sa chevelure descend sur
sa nuque, généralement sans être tressée; elle
est un des traits personnels de la physionomie du dieu. Celui-ci est encore
presque complètement drapé. Son principal attribut est le
pampre; le thyrse apparaît dans les mains de personnes du thiase,
plutôt que dans celles de Dionysos; il est couvert d'un lierre touffu;
le canthare remplace la corne à boire; la couronne de lierre
prévaut sur celle de feuilles de vigne; la bandelette ceint le front.
Le dieu est presque toujours debout, dans l'attitude de l'action, au milieu
de son thiase et de ses bêtes. Les mythes représentés
sont la Gigantomachie, le retour d'Héphaïstos,
l'union avec Ariane.
Une monnaie d'argent du VIe
siècle (Grande-Grèce )
montre le dieu nu, un sarment de vigne d'une main, un canthare de l'autre.
Sur les monnaies le Naxos
la tête de Dionysos est ceinte de lierre,
les cheveux déroulés sur la nuque, la barbe en pointe, la
bouche souriante. Sur d'autres, de la fin du VIe
siècle, il s'affranchit de ses vêtements, mettant à
nu le bras droit. Sur celles du Ve siècle
il ne porte plus que le manteau. Nous n'avons que des témoignages
incertains sur les plus anciennes oeuvres de sculpture.
Sur le coffret de Cypselus le dieu est figuré barbu et couché,
vêtu à la mode lydienne; sur le trône d'Amyclées
il est avec Sémélé.
Nous ne possédons pas de statue
archaïque de Dionysos; le colosse de la villa Albani en est peut-être
une; de même une statue du palais Doria. Les plus célèbres
statues du dieu exécutées dans la première moitié
du Ve siècle furent celles de Denys
d'Argos
et de Myron dont nous ne savons rien.
Nous arrivons enfin à la grande
époque de la sculpture grecque. Ni Phidias ni Polyclète n'ont
laissé de représentation de Dionysos; on cite celles de Kolotès,
de Praxias et Androsthènes qui sur le fronton Ouest du temple de
Delphes
sculptèrent le groupe de Dionysos et des Thyiades; la statue
chryséléphantine d'Alcamène (à Athènes ).
Cette dernière fut souvent imitée; les monnaies qui doivent
s'en inspirer placent le dieu sur un trône, tenant de sa main droite
le thyrse, de sa main gauche le canthare, le manteau drapé sur l'épaule
gauche, la barbe assez courte, les cheveux noués sur la nuque. La
statue chryséléphantine de Sicyone était entourée
de celles (en marbre) des Bacchantes. Les
monnaies du Ve siècle de Naxos ,
Thasos, Thèbes ,
donnent au dieu une expression grave et noble; celles de Ténédos
en font un androgyne; elles le figurent à double face. Le fameux
Parrhasius peignit un Dionysos dont nous ne savons rien. Sur les vases
de la belle époque on trouve tantôt le dieu adolescent, tantôt
le dieu barbu; on s'éloigne peu du type consacré. Les sujets
les plus goûtés sont la Gigantomachie
et le retour d'Héphaistos. Comme attribut
le thyrse a évincé le pampre; le thyrse n'est pas encore
surmonté de la pomme de pin; le dieu adopte la peau de faon de ses
suivants un large ruban lui entoure la tête remplaçant souvent
la couronne de lierre. Les vases
du IVe siècle le revêtent
d'une robe courte brodée richement, serrée par une ceinture
; on y ajoute à l'occasion la chlamyde et la nebris. Ce costume
presque oriental semble avoir été emprunté au théâtre.
Il n'est pas établi qu'il ait jamais été habillé
de la bassara, costume de ses Ménades.
Nous n'avons que deux images du Sabazius phrygien, un bas-relief de Koloé
et un bas-relief de Blandos; l'attribut caractéristique
est le serpent; rien ne prouve que l'archéologie
dionysiaque ait à tenir compte d'une influence du type de Sabazius
sur celui de notre dieu grec.
La jeune école attique s'appliquant
à accentuer l'individualisme et
l'expression psychologique de ses types, dut naturellement s'occuper beaucoup
de Dionysos; on cite un très grand nombre de statues de cette période,
oeuvre de Céphisodote l'Ancien, d'Euclide,
d'Euphranor, de Scopas, de Praxitèle, de Lysippe, etc.; la plupart
demeurent inconnues, mais il ressort des assertions des écrivains
qu'on abandonne le type du dieu barbu pour celui de l'enfant ou de I'adolescent;
toutefois, le premier persiste, et de belles monnaies nous le présentent.
Il y faut joindre le beau buste de bronze trouvé à Herculanum ,
une terre cuite attique (Dionysos dort sur son âne,
appuyé par un Satyre), d'un réalisme
saisissant, une série de vases peints
mettant en scène le retour d'Héphaistos.
Cette scène est traitée avec un réalisme et une ironie
croissante à mesure qu'on avance et que l'influence de la comédie
se fait sentir. Le dieu a toujours son double vêtement et ses mêmes
attributs.
A l'époque hellénistique
ou alexandrine
se multiplient les images du dieu ivre (bas-reliefs
d'Icarie); les Dionysos barbus se font plus rares; on en voit encore sur
les médailles; citons une statue du
Vatican ,
sa réplique au British Museum, le buste de la Farnésine.
A l'époque romaine ,
il n'y a plus de statues du dieu barbu; il ne se retrouve que dans les
peintures
décoratives d'Herculanum
et de Pompéi
ou dans des oeuvres d'un archaïsme réfléchi (Bacchus
ou prêtre de Bacchus de Munich).
Les Hermès
dionysiaques barbus sont très nombreux, mais souvent d'attribution
contestée; on sait que cette forme écourtée de représentation
a été appliquée à tous les dieux; c'est surtout
par les attributs qu'on les distingue, et dans notre cas par la couronne
de lierre. On n'a pas d'Hermès dionysiaque
ithyphallique d'une authenticité certaine.
Le type du Dionysos juvénile a inspiré
beaucoup plus les artistes que celui du dieu barbu. Sur les vases peints
nous trouvons la naissance de Dionysos et sa seconde naissance quand il
sort de la cuisse de Zeus. Sur le trône d'Amyclées ,
Bathyclès avait placé Hermès
tenant l'enfant Dionysos dans ses bras; le même groupe se voyait
sur le marché de Sparte, et par suite sur les monnaies laconiennes.
Il fut encore souvent traité par les artistes grecs à qui
l'éducation de Dionysos fournit un gracieux sujet; Céphisodote,
Praxitèle s'y distinguèrent. Dans l'oeuvre de ce dernier,
l'enfant est tout petit et Hermès le tient dans ses bras. Un beau
groupe formé par un satyre barbu tenant
l'enfant se trouve sous diverses formes, la meilleure étant celle
du musée du Louvre .
Dans la période qui suit, l'enfance de Dionysos fournit le prétexte
d'une foule de compositions gracieuses et mignardes. L'enfant plus grand
est rarement figuré; mais les sculptures
qui le montrent adolescent comptent parmi les plus belles de l'art hellénique.
Calamis en avait exécuté une à Tanagra : le dieu,
vêtu de la tunique, est chaussé de hautes bottines, tient
le thyrse de la main gauche, le canthare de la main droite. On a voulu
retrouver Dionysos imberbe dans les sculptures du Parthénon ,
mais à tort. Praxitèle exécuta une statue
de bronze du jeune dieu; d'après la description de Callistrate le
dieu couvert de la nebris est d'une beauté presque féminine;
l'artiste s'est inspiré d'Euripide. Scopas
a fait un Dionysos pour la ville de Cnide ;
c'est lui qui a donné le type classique de la Ménade
et traduit l'enthousiasme dionysiaque. On a trouvé à Smyrne
(en 1700), et porté à Leyde une superbe tête de Dionysos
en extase, le front ceint d'un bandeau; dans les thermes de Caracalla,
on a déterré une autre tête d'une expression sérieuse
et méditative, qui répond à un autre caractère
du dieu. L'interprétation sentimentale de la première a été
de plus en plus en vogue dans la période tardive. Peu à peu,
durant le IVe siècle av. J.-C.,
nous voyons, sur les monnaies, le Dionysos juvénile remplacer
le Dionysos barbu (Mendé, Sybrita, Peparethos, Thasos, etc.).
Les poètes, en chantant les exploits du jeune héros,
contribuent à populariser cette forme du dieu.
On s'attache aux mythes de Lycurgue et de Penthée,
dans lesquels il n'est qu'un timide adolescent, au corps délicat
et aux formes sveltes et gracieuses. Sauf dans quelques scènes (Gigantomachie,
retour d'Héphaistos), cette nouvelle
représentation prévaut et s'étend; sur la frise
du monument de Lysicrate le dieu est pour la première fois représenté
nu; c'est encore une exception et le plus souvent on lui laisse le manteau;
sur le monument de Thrasylle (postérieur
à celui de Lysicrate de quinze à vingt ans), Dionysos est
aussi vêtu que l'Apollon Citharède.
Lysippe modèle un dieu de bronze; lui-même ou ses élèves
lui placent des cornes de Taureau
sur la tête; eux non plus ne le représentent nullement efféminé;
une tête du musée du Vatican a un caractère rêveur
et doux, mais bien masculin. Au IVe siècle,
Dionysos est souvent habillé d'une courte tunique avec de hautes
bottines, une peau de panthère ou de
faon, une ceinture, une chlamyde. Une autre série (frises
de l'autel de Pergame ,
statue de Hope, bas-relief du Louvre )
porte une tunique plus longue. La peau de panthère est couramment
adaptée sur les épaules du Dionysos juvénile
comme attribut spécifique. Nous sommes peu renseignés sur
les oeuvres des peintres grecs.
Dans la période alexandrine, on
déshabille décidément le dieu qui est figuré
nu; un marbre de Naples ,
un bronze de Vienne en sont de bons échantillons;
les types efféminés se multiplient; la tête du musée
du Capitole
en est un exemple; elle a été longtemps prise pour une Ariane.
Sous l'influence des idées orientales propagées par les poètes
tragiques, on arrive à créer une sorte de Dionysos androgyne,
celui que raille Aristophane; mais nous n'en
avons guère de bonne représentation.
Les divers types du Dionysos juvénile
comportent une grande variété dans le costume et dans les
attitudes : il est nu; vêtu seulement d'une peau de bête (nebris
ou pardal), seulement d'une chlamyde; des deux; seulement d'un manteau;
d'une petite tunique attachée à la ceinture, avec des bottines;
d'un double vêtement, tunique et manteau, ou chlamyde. On le figure
debout, seul, ou appuyé sur un arbre ou
un compagnon, en variant les poses des bras et des jambes; assis sur un
trône, étendu sur un lit ou sur une bête de somme. Souvent
un compagnon le tient par la taille ou embrasse ses hanches.
Les principaux mythes
dionysiaques représentés par l'art sont les suivants : Dionysos
ramène Héphaistos (type barbu)
; le dieu au milieu des pirates tyrrhéniens; Dionysos chez un mortel
(type barbu); la lutte contre les géants
(barbu, puis juvénile); le dieu attaqué par Lycurgue; le
massacre de Penthée; la chasse des filles
de Proetus; le triomphe de Dionysos sur les
Indiens; Dionysos et sa mère Sémélé;
Dionysos et Ariane; Dionysos et Coré;
Dionysos et les Heures. Nous ne parlons pas des
nombreuses représentations relatives au culte mystique et dont le
symbolisme et même le sujet nous échappent souvent. Le dieu
est encore figuré sous la forme d'un taureau,
ou avec des cornes, avec une tête de lion,
avec des ailes, etc. (A.-M. B.). |
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