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Le mot sanscrit
Dêvadatta signifie « donné par un dieu ou les
dieux » (Dieudonné). C'est le nom de la conque d'Ardjouna,
mais aussi de plusieurs personnages dont le principal est le Dévadatta
des bouddhistes. Il était Sâkya,
fils de Souprabodha et d'une soeur de Suddhodana, par conséquent
cousin de Siddhârtha (la tradition varie sur sa filiation et ses
rapports de parenté avec le fondateur du bouddhisme). Quand Sâkyamouni
revint, après douze ans, dans sa ville natale, Dévadatta
se fit initier comme tous les nobles Sâkyas; mais, trouvant qu'on
ne lui rendait pas assez d'honneurs, il ne tarda pas à faire de
l'opposition au Bouddha (qu'il avait l'intention de supplanter) et à
semer la division dans la confrérie. Il se mit à la tête
d'un groupe de cinq cents bhikchous et dressa école contre école.
Il se lia avec le fils du roi Bimbisâra, Adjâtasatrou, dont
le caractère violent et ambitieux lui convenait parfaitement, et
qui construisit pour lui un Vihâra près de la source de la
Gayâ.
Dévadatta engagea ce prince à
faire périr son père pour devenir roi, tandis que lui-même,
se débarrassant de Sâkyamouni, deviendrait Bouddha. Ce plan
ne put être réalisé qu'à moitié. Bimbisâra
fut enfermé dans une tour où son fils le laissa mourir de
faim. Mais les attentats contre Sâkyamouni n'eurent pas le même
succès. Trente et un archers, qui avaient mission de le tuer, voyant
leur première flèche suivre une direction contraire à
celle qu'ils lui avaient donnée, devinrent disciples du Bouddha.
Ce moyen n'ayant pas réussi, Dévadatta fit rouler un quartier
de roche du haut du pic des Vautours sur le Bouddha qui passait. La pierre
(le voyageur chinois Fa-Hian en a vu un fragment) se brisa en éclats
et le Bouddha reçut au pied une blessure qui exigea les soins du
médecin, mais ne fut pas mortelle.
Déçu, mais non détouragé,
Dévadatta lança contre son ennemi l'éléphant
Dhanapâla, qu'il avait préalablement fait enivrer. L'animal
furieux, arrivé près du Bouddha, se prosterna devant lui.
Ne pouvant faire périr celui qu'il haïssait, Dêvadatta
tenta de le réduire au silence et à l'isolement. Il fit rendre
par le roi un édit défendant d'aller vers le Sramana Gautama,
mais le sentiment populaire força le roi à rapporter cet
édit. Dévadatta essaya alors de reconstituer son parti en
insistant sur les cinq prohibitions :
1° de résider à
proximité des lieux habités;
2° de manger d'autres aliments que
ceux qui ont été recueillis dans les vases à aumône;
3° d'avoir d'autres vêtements
que les loques ramassées dans les cimetières;
4° d'entrer dans des maisons et de
séjourner ailleurs qu'au pied d'un arbre;
3° de manger d'une viande quelconque.
Il réclamait la rigoureuse observation
de ces cinq prohibitions, sans le tempérament admis par le Bouddha.
Celui-ci refusa son approbation à ce rigorisme outré et Dévadatta
réussit à détacher de nouveau cinq cents mécontents.
Mais, au bout de peu de temps, une visite des deux principaux disciples
du Bouddha, Sâripoutra et Maudgalyayâna,
que Dévadatta crut au premier moment gagnés à sa cause,
lui fit perdre tous ses partisans. Il resta seul et en devint malade. Il
résolut d'aller trouver le Bouddha et, malgré tous les avis
contraires, se fit porter en litière jusqu'à proximité
du Vihâra. Mais quand il mit pied à terre, le sol s'entrouvrit
sous ses pas; les flammes de l'Avitchi en sortirent et l'enveloppèrent;
il tomba dans le Naraka où il resta embroché. Il roulera
d'enfer en enfer jusqu'au jour où, ses crimes étant expiés,
il sera le Pratyèka-Bouddha Sattissara et obtiendra le repos du
Nirvâna.
Dévadatta est, pour les bouddhistes,
l'homme de la division, du trouble, l'auteur du schisme, l'ennemi. Dans
les Djâtakas, il joue toujours le rôle de l'adversaire du futur
Bouddha; il est, par exemple, le loup (ou le lion) qui se fait ôter
un os de la gorge par une cigogne (Sâkyamouni) et lui refuse ensuite
son salaire dans les termes que l'on sait. A part cette hostilité
envers le Bouddha, Dévadatta était vertueux; c'est pour cela
qu'il arrivera à la Pratyékabodhi.
Quand les ambassadeurs et les missionnaires
de Louis XIV vinrent au Siam (Thaïlande) ,
les bouddhistes de ce pays assimilèrent Jésus
à Dévadatta et dirent que les Européens étaient
de la secte de cet ennemi du Bouddha; singulière identification,
inspirée sans doute par une méfiance bien légitime
à l'égard des nouveaux venus. (L. Feer). |
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