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Croix

Nous réunissons ici toutes les pratiques, dévotions, cérémonies et fêtes chrétiennes ayant pour objet l'image et le culte de la croix

Le signe de croix.
Parmi ces pratiques, celles dont l'antiquité est la moins contestable, c'est le Signe de la croix. Les témoignages abondent sur ce fait. Il suffit de citer ici celui de Tertullien (208 ?) :

« En cheminant, en entrant, en sortant, en nous habillant, en nous chaussant, en entrant au bain, en nous mettant à table, en allumant les lumières, en nous couchant au lit, en toutes nos actions et mouvements, nous nous imprimons au front le signe de la croix. Que si tu réclames obstinément une loi tirée de l'Ecriture pour ces disciplines et usages ou autres du même genre, tu n'en trouveras aucune; mais on t'indiquera la tradition, qui en est l'auteur; la coutume, qui les confirme ; la foi, qui les observe (De Corona militis, III). »
Bien que Tertullien reconnaisse que l'institution du signe de la croix ne se trouve pas dans l'Ecriture, on le prétend recommandé par certains textes fort élastiquement interprétés, notamment par ces paroles d'Ezéchiel (IX, 4) : 
« Fais une marque sur le front de ceux qui gémissent à cause des abominations qui se commettent au dedans de Jérusalem, »;
et par diverses indications de l'Apocalypse (VIII, 3; IX, 4; XIV, 1). 

Il semble que primitivement le signe de la croix était fait avec le pouce de la main droite, ordinairement sur le front, accidentellement sur d'autres objets. Mais la signification symbolique attachée à ce signe et certaines ressemblances naturelles devaient peu à peu le faire appliquer à d'autres parties du corps : 

« Nous avons le signe de la croix sur notre front, sur notre coeur et sur nos bras : sur notre front, parce que nous devons toujours confesser Jésus-Christ; sur notre coeur, parce que nous devons toujours l'aimer; sur nos bras, parce que nous devons toujours travailler pour lui (Ambroise, Vie d'Isaac). » 
On finit par toucher ces diverses parties en une figuration unique du signe. Pour l'exécuter, la main droite est élevée au front, puis abaissée sur la poitrine, de là ramenée sur l'épaule gauche et enfin sur l'épaule droite (Eglise d'Occident) ou ramenée sur l'épaule droite et enfin sur l'épaule gauche (Eglise d'Orient). Cette différence a été une des causes du schisme des deux Eglises. Dans la liturgie des consécrations et des bénédictions, le signe se fait en l'air, au-dessus des personnes ou des objets. La manière dont les doigts sont tenus en cette opération n'est point indifférente : les cinq doigts étendus représentent les cinq plaies de Jésus-Christ; trois, les personnes de la divine trinité; un, l'unité de Dieu. Pour la bénédiction du calice et des oblations, Léon IV ordonna d'étendre deux doigts et de porter le pouce au-dessous : c'est le seul vrai signe de croix trinitaire. Ce pape recommandait aux clercs de s'appliquer à le bien faire; sinon, ils seraient incapables de rien bénir. Le geste est ordinairement accompagné de la prononciation de cette formule : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
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Croix.
Une croix (église Saint-Pierre, Chartres).
© Photo : Serge Jodra, 2011.

Il est vraisemblable que les anciens chrétiens se servaient du signe de la croix pour se reconnaître parmi les païens; mais l'histoire ne fournit que peu, sinon point, d'indications sur ce fait. Elle contient, au contraire, de nombreux témoignages attestant que les chrétiens employaient surtout cette pratique en vue des effets qui lui sont attribués. Elle chasse les démons; elle sanctifie la chair et fortifie l'âme; elle soutient dans les épreuves et elle sauve dans les dangers, tant spirituels que corporels; elle guérit les maladies et déjoue les maléfices; elle décèle ou neutralise les poisons; contre la tentation à certains péchés, elle est un secours toujours efficace; elle purifie les lieux et les objets souillés par les humains ou par les malins esprits qui sont dans les éléments. 

Par bref du 28 juillet 1863, Pie IX a accordé cinquante jours d'indulgence à tous les fidèles, chaque fois que, d'un coeur contrit, ils font le signe de la croix, en prononçant la formule trinitaire : Au nom du père, etc. Un autre bref du 23 mars 1866 élève l'indulgence à cent jours, lorsque le signe est fait avec de l'eau bénite.

Certains passages des Apologistes et des Pères indiquent que le signe de la croix devint, dès les premiers temps, un trait caractéristique du culte chrétien. Luther l'avait conservé; mais la plupart des Eglises luthériennes ont fini par l'abandonner, à cause des effets que partout et en tout temps la superstition est disposée à lui prêter. Les Eglises réformées ne l'ont jamais toléré.

Adoration de la croix.
L'usage si fréquent chez les chrétiens de faire le signe et de prononcer le nom de la croix les fit appeler par les païens adorateurs de la croix. Ces adversaires se plaisaient à ajouter que les chrétiens adoraient ce qu'ils méritaient : Id colunt quod merentur. Les réponses de Tertullien (Apologia, XVI; Ad Nationes, XII), et de Minutius Felix (Octavius, IX, XII, XXVIII) ne contestent pas péremptoirement le fait d'un culte rendu à la croix. Ces deux écrivains se défendent en prétendant que les païens eux-mêmes honorent des objets qui ont la forme de la croix. Il est vraisemblable que, dès les premiers siècles, les chrétiens avaient fait un objet de religion de la croix représentée sous des formes qui la dissimulaient aux regards des païens et qui offraient, en outre, l'avantage de donner à cette révérence l'attrait du mystère. Tout l'effort des Apologistes et des Pères tend à distinguer cette adoration des chrétiens devant la croix du culte des païens envers leurs idoles : 

« Ce n'est pas la croix que les chrétiens adorent, mais le Christ mort sur la croix; Regem,... Christum qui pependit in ligno... non lignum » (Ambroise, In obitum Theodosii, XLVI).
Ce qu'ils vénèrent, ce n'est pas le bois, mais la rédemption accomplie sur ce bois. 

Il est peu probable que les païens n'aient pas établi une pareille distinction entre leurs idoles et les divinités qu'elles représentaient. S'ils attribuaient à ces images une puissance propre, les chrétiens, eux aussi, crurent bientôt à une vertu surnaturelle de la croix, produisant des effets que la seule invocation du Christ n'aurait pas produits : les récits de ces miracles abondent chez les écrivains ecclésiastiques. Naturellement on adore ce qui accomplit des miracles; peu importe le nom donné à ce culte. Dès le commencement du IVe siècle, les poètes chrétiens l'appelaient adoration :

Flecte genu lignumque Crucis venerabite adora.
L'Eglise d'ailleurs a consacré le mot, en Occident comme en Orient : adoratio, proskynêsis. L'Eglise occidentale a longtemps célébré cette adoration le Vendredi saint. Pour la liturgie qui la concerne, on lit dans le Sacramentaire Grégorien
Venit Pontifex, adoratam deosculatur crucem. 
En l'Eglise d'Orient, ce culte a lieu le troisième dimanche de Carême et pendant toute la semaine suivante.

Invention de la sainte croix.
L'Eglise catholique fête sous ce nom la découverte du bois sur lequel Jésus-Christ a été supplicié. En 326, Hélène, mère de Constantin, âgée déjà de quatre-vingts ans, étant allée à Jérusalem, entreprit de dégager le Saint Sépulcre des amoncellements de terre superposés sur les lieux où il avait été creusé, et de détruire les édifications païennes qui le profanaient. Des révélations surnaturelles lui avaient mis au coeur la certitude qu'elle trouverait l'emplacement exact de la sépulture de Jésus et même la croix sur laquelle il avait expiré. De concert avec saint Macaire, évêque de la ville, elle fit conduire avec grande diligence les travaux nécessaires. Pour dérober la croix à la vénération des Chrétiens, les Juifs l'avaient autrefois jetée dans une fosse ou dans un puits, qu'ils avaient comblé avec des pierres. Il eut été plus simple et plus sûr de la détruire; mais l'impiété est toujours aveuglée en ses desseins; d'ailleurs, le bois de la vraie croix est incombustible, ainsi qu'il appert d'un miracle illustré, au XVIIe siècle, par la fondation de l'ordre de la Vraie Croix. La fosse, ignorée des chrétiens, n'était plus connue que de quelques juifs, qui se transmettaient ce secret de père en fils. L'un d'eux nommé Judas, indiqua l'endroit à ceux qui dirigeaient les fouilles. Judas fut loué et récompensé par Hélène, il se fit chrétien et devint un saint, que l'Eglise honore sous le nom de Quiriace. On creusa et on découvrit trois croix. Mais comme l'inscription énonçant la cause de la condamnation de Jésus se trouvait détachée, il était impossible de distinguer parmi ces croix celle de Jésus. Macaire, divinement inspiré, les fit appliquer, l'une après l'autre, sur le corps d'une dame de qualité, que tous les médecins avaient condamnée et qui était mourante. Les deux premières ne produisirent aucun effet; mais dès qu'elle fut touchée par la troisième, la mourante se releva pleine de santé et de force. Aucun doute n'était plus permis. Une lettre de saint Paulin à Sévère insérée dans le Bréviaire de Paris (3 mai) raconte autrement le fait : ce ne serait pas Macaire, mais Hélène qui aurait demandé à un miracle l'indication de la croix divine. La princesse fit apporter un mort déjà enseveli. Au contact de la troisième croix, le mort ressuscita. Les interprètes bien pensants suppriment la difficulté résultant de cette différence, en admettant ensemble la guérison et la résurrection. D'après une autre tradition, rapportée par saint Ambroise, l'inscription était restée attachée à la croix : ce qui rendait les deux miracles inutiles, au moins comme signes révélateurs. 

Hélène et Constantin firent construire une église magnifique au-dessus du sépulcre. Une partie de la croix fut laissée à Jérusalem, enchâssée dans un reliquaire d'argent; l'autre fut envoyée à Constantin avec les clous qui avaient percé les pieds et les mains de Jésus. L'empereur fit placer la portion qu'il avait reçue dans sa propre statue, laquelle fut élevée sur une colonne de porphyre, dans le forum de Constantinople. L'historien Socrate affirme que cette précieuse relique devait rendre la ville imprenable. Un des clous fut attaché au casque de l'empereur, un autre à la bride de son cheval; et ainsi fut réalisée, suivant divers Pères, cette prophétie de Zacharie : 

« En ce temps-là, il y aura sur les sonnettes des chevaux la Sainteté à l'Eternel (XIV, 20).-»
Un autre clou servit plus tard à façonner la couronne de fer de Lombardie. Eusèbe (Vita Constantini, III et suiv.), racontant l'exploration du sépulcre et les mesures ordonnées par Constantin pour en dégager et en purifier l'emplacement et pour y construire un sanctuaire, ne fait aucune mention de la vraie croix. La relation d'un voyage fait à Jérusalem en 333 (Itinerariurn Burdegalense) indique la crypte où le corps de Jésus avait été déposé, et la basilique élevée par Constantin; mais elle ne parle pas non plus de la croix. Les premières mentions qui en soient faites se retrouvent dans les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem (IV, 10; IX, 19 ; XIII, 4), composées vingt ans au moins après la prétendue découverte. Il y est dit que des parcelles ont été détachées de la Sainte Croix et qu'elles sont répandues dans tout l'univers, mais il n'y est point fait allusion aux faits contenus dans la légende que nous avons résumée. Dès le commencement du Ve siècle, cette légende semble acceptée par tous les écrivains ecclésiastiques comme authentique, quoique avec diverses variantes. 

De tous les miracles de la Sainte Croix, le plus grand est peut-être la mystérieuse puissance de reproduction dont elle est douée. Dans sa lettre à Sévère, saint Paulin affirme qu'on peut en retirer indéfiniment des parcelles sans la diminuer. On a comparé cela à la multiplication des pains au désert. Tous ces fragments, s'ils étaient réunis, formeraient la charge de plus de dix ânes. 

Il est vraisemblable qu'une fête a été instituée très anciennement à Jérusalem pour commémorer l'invention de la Sainte Croix, et qu'elle a été introduite successivement dans d'autres églises. Papebroch (Acta sanctorurn, III) affirme qu'elle n'a été célébrée d'une manière générale que vers 720. Dans l'Eglise latine, elle a lieu le 3 mai. L'Eglise grecque la joint à la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix.

Fête de l'exaltation de la Sainte Croix.
Célébrée le 14 septembre cette fête est fort ancienne. On suppose qu'elle a été originairement instituée à Jérusalem pour commémorer la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre construite par Constantin (335). A ce souvenir on ajoutait vraisemblablement celui de l'apparition de la croix à Constantin, peut-être aussi celui d'une autre apparition aperçue à Jérusalem en 346. Mais la principale illustration de cette fête est la restitution à l'église de Jérusalem de la Sainte Croix, que Chosroês Il lui avait enlevée. Ce roi des Perses, vainqueur de l'empereur Phocas, avait pris Jérusalem, dévasté l'église du Saint-Sépulcre et massacré une partie des habitants. Il en emmena beaucoup d'autres en captivité et il fit emporter la Sainte Croix. Vaincu à son tour par Héraclius, il fut assassiné par son fils Siroès (628). Celui-ci, pour conclure la paix avec l'empereur, consentit à rendre la Croix. Elle fut triomphalement conduite à Constantinople et, au printemps suivant, ramenée fort solennellement à Jérusalem. Héraclius voulut la prendre sur ses épaules, en entrant dans la ville; mais, comme il était revêtu de son costume impérial, la croix se fit un fardeau qui l'empêcha de marcher. Sur le conseil du patriarche Zacharie, il quitta ses vêtements précieux, sa couronne et sa chaussure. Aussitôt la croix devint légère, et l'empereur put la porter jusqu'à l'église. L'année suivante, Héraclius était vaincu par les musulmans, et en 647, sous son règne, Jérusalem était prise par eux. Pour cette fête, le Bréviaire parisien (Lectio VI) associe à la mémoire de l'empereur Héraclius celle du roi saint Louis, au 14 septembre 1241, dépouillé de ses habits royaux, nu-pieds et portant la portion de la vraie croix à lui remise par les templiers, qui l'avaient reçue en gage de l'empereur Baudouin. Merveilleusement sauvée, pendant la Révolution, elle se trouve encore à Paris, ainsi que la croix incombustible léguée à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés par Anne de Gonzague, princesse palatine, et deux fragments des clous divins.

Chemin de la croix ou chemin du calvaire.
L'institution communément désignée sous ce nom est récente. C'est pourquoi on s'est efforcé d'en faire remonter l'origine aux premiers chrétiens. Elle a pour objet de mettre à la portée des fidèles, dans tous les pays, les moyens de satisfaire la dévotion qui menait autrefois tant de pèlerins à Jérusalem et d'obtenir les grâces espérées de la visite aux Lieux saints. La première invention en semble due au bienheureux Alvaro, de l'ordre des frères prêcheurs. Ce religieux, revenant de Palestine, fit construire dans son couvent de Saint-Dominique, à Cordoue, divers oratoires formant des stations où se trouvaient représentés les prin cipaux faits de la passion de Jésus-Christ. La chose ayant eu un commencement de succès chez les dominicains, les frères mineurs de l'Observance de Saint-François s'emparèrent de l'idée et la développèrent. Ils établirent dans toutes leurs églises un chemin de la Croix avec quatorze stations distinctes. Il paraît cependant que la propagation de cette dévotion se fit lentement; car ce ne fut qu'à la fin du XVIIe siècle que les papes l'approuvèrent officiellement (Innocent XI, Innocent XII, Benoît XIII, Benoît XIV, Clément XII). Ils ont attribué aux fidèles qui suivent dévotement le chemin de la Croix toutes les indulgences qui sont accordées à ceux qui visitent en personne les lieux saints de Jérusalem; mais un avis de la sacrée Congrégation des Indulgences défend aux prédicateurs et aux catéchistes de spécifier quelles sont ces indulgences. 

Chacune des quatorze stations est affectée à un souvenir de la passion. Parmi ces souvenirs il y en a plusieurs que l'Evangile ignore. L'un d'eux surtout, celui qui se rapporte à Véronique, provient d'une source plus que suspecte. Toutes les stations doivent être marquées par des croix bénites, mais les tableaux ne sont point indispensables. Les croix seules procurent les indulgences. Les chemins de la Croix peuvent être établis dans les églises ou en dehors. Le privilège de les ériger et de les bénir appartient en propre aux frères mineurs de l'Observance et, par extension, aux capucins, qui sont un rameau de l'ordre franciscain. Néanmoins, des rescrits pontificaux permettent personnellement à des évêques n'appartenant pas à l'ordre de Saint-François et même à de simples prêtres dément autorisés de l'ordinaire, d'ériger et de bénir des chemins de la Croix. L'érection faite par eux n'est pas valide, si elle a lieu en dehors des églises.

Croix pectorale.
La croix pectorale est l'insigne de la dignité épiscopale ou abbatiale. Elle est ordinairement formée d'or ou d'argent et de pierres précieuses; elle pend sur la poitrine, comme l'indique son nom. Les évêques, les abbés et les abbesses la portent suspendue au cou, attachée pour les uns à une chaîne d'or ou à un cordon de soie vert et or et pour les autres à un cordon de soie violette. Le pape ne la prend que lorsqu'il chante la messe pontificalement. Il semble que cette croix n'est devenue un ornement pontifical, d'un usage général, que depuis le XIIIe siècle. Benoît XIV dit que cet ornement n'est pas un signe de juridiction. Mais ce qui en est un au suprême degré, c'est le privilège réservé au pape, à ses légats et aux archevêques de faire porter devant eux une croix stationale ou processionnelle. Dans les processions, le Christ attaché à cette croix est tourné en avant et il semble guider les fidèles qui suivent. Lorsque la croix fait cortège au pape et aux dignitaires, le Christ est retourné de leur côté, comme s'il devait aller à reculons devant eux.

Croix héraldique.
Dans le blason, la croix est une des pièces honorables de l'écu. Si elle n'est pas chargée, cantonnée ou accompagnée , elle ne couvre que la cinquième partie du champ; si elle est chargée, elle en prend le tiers. Cette armoirie fut originairement accordée à ceux qui avaient exécuté ou entrepris quelque action d'éclat pour le service de l'Eglise. La croix a reçu de nombreuses modifications de forme; on distingue : la croix engreslée, ayant une sorte de dentelure sur les bords; la croix pattée, dont les quatre extrémités s'élargissent; la croix potencée, terminée par quatre plates-bandes; la croix ancrée, crochue à ses extrémités comme les ancres des vaisseaux; la croix cléchée, percée à jour de manière à laisser voir le fond de l'écu; la croix bourdonnée ou pommelée, quand elle a ses extrémités terminées par des boules; la croix fourchée, quand les extrémités sont découpées de manière à former trois pointes; la croix gringolée ou givrée, quand les extrémités finissent en tête de serpent, etc. 

On donne encore le nom de croix à la réunion du pal et de la fasce. (B.).

Applications du mot croix à des dénominations d'ordres ou de congrégations.

Religieux de Sainte-Croix.
Ces religieux, ainsi que ceux des congrégations qui se prétendent dérivés de leur ordre, sont communément appelés croisiers. Après les carmes, qui réclament le prophète Elie comme fondateur, les croisiers revendiquent la plus haute antiquité : institués par le pape saint Clet (78-91 ?), réformés par saint Quiriace, ce juif qui indiqua à sainte Hélène le lieu où la croix de Jésus-Christ était enfouie, ils se trouvaient, dit-on, en Palestine, bien longtemps avant les croisades. 

En 1169, Alexandre III donna aux croisiers d'Italie une règle et des constitutions. En 1656, Alexandre VII les supprima pour cause de relâchement et attribua leurs biens à la république de Venise, afin de soutenir la guerre contre les Turcs.

Chanoines réguliers de la Sainte-croix.
En 1244, Théodore de Celles, chanoine de Liège, fonda sur la colline de Clair-Lieu, près de Huy, en Belgique, une congrégation de Chanoines réguliers de la Sainte-croix, en imitation des croisiers de Palestine. Cette congrégation fut approuvée en 1246 par Honoré III et confirmée en 1248 par Innocent IV. Saint Louis appela à Paris quelques-uns de ces chanoines et les établit rue de la Bretonnerie. Avant la Révolution, ces croisiers possédaient plusieurs maisons en France et sur les bords du Rhin, où on les appelait pères hospitaliers, à cause des soins qu'ils donnaient aux pauvres et aux malades. Leur général résidait au couvent de Clair-Lieu. Leur patronne est sainte Odile, une des onze mille vierges martyrisées à Cologne avec sainte Ursule. Sainte Odile avait révélé au croisier Jean Novélan le lieu où son corps était enterré. Depuis la Révolution, les chanoines réguliers de la Sainte-Croix se sont relevés à Sainte-Agathe, près Cuyk, et à Uden, en Hollande, à Diest et à Maeseyk, en Belgique.

Pour la connaissance des choses du catholicisme, il est intéressant d'indiquer les privilèges conférés à cet ordre en matière d'indulgences. Un indult de Léon X (20 avril 1516) avait accordé au général et à ses successeurs la faculté d'appliquer aux chapelets de cinq, dix ou quinze dizaines une indulgence de cinq cents jours pour chaque Pater et chaque Ave, sans qu'il fût nécessaire de dire tout le chapelet. Le 13 juillet 1845, Grégoire XVI a rendu l'indulgence applicable aux âmes du purgatoire. Le 9 janvier 1848, Pie IX a concédé au général le pouvoir de communiquer cette faculté à tous les prêtres de son ordre; Léon XIII l'a déclarée exclusivement propre à l'ordre de la Sainte-Croix. 

Une congrégation de Chanoines réguliers de Sainte-Croix fut aussi instituée en Bohème, par un croisé qui avait connu les religieux de Sainte-Croix en Palestine. Elle fut confirmée par Grégoire IX (14 avril 1238). Clément X et Innocent XI, approuvant les statuts de cette congrégation, l'appellent un ordre militaire. Les empereur donnaient à ces croisiers le nom de Chevaliers de la Croix. On leur confia un grand nombre d'hôpitaux en Bohême, en Pologne et en Lituanie

Chevaliers de la vraie croix.
Nom donné aux membres d'un ordre institué en 1668, pour les dames, par Eléonore de Gonzague, veuve de l'empereur Ferdinand III. Cette institution avait pour objet de perpétuer le souvenir d'un miracle auquel nous avons fait allusion aux §§ Invention de la Sainte Croix et Exaltation de la Sainte Croix : en un incendie du palais impérial, une croix appartenant à l'impératrice et composée de deux morceaux de la vraie croix subit l'atteinte des flammes sans être endommagée. Par suite d'un legs fait aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, cette croix se trouve à Paris. Des savants sceptiques, qui l'ont examinée, affirment que le bois dont on la prétend faite est une substance minérale. Quoi qu'il en soit, pour qu'une daine fût admise dans l'ordre de la Vraie Croix, il fallait qu'elle fût noble et de famille illustre, tant. du côté du père et de la mère que du côté du mari et en réputation d'avoir beaucoup de grandeur d'âme.

La congrégation des Clercs déchaussés de la Sainte-Croix.
Ces clercs sont appelés aussi Passionistes, instituée par saint Paul de la Croix, pour prêcher la pénitence en exposant les souffrances de Jésus, a été approuvée en 1725 et en 1741 par Benoît XIII et Benoît XIV. Maison mère à Rome. En 1864, elle avait en France deux maisons et dix-huit pères.

Autres congrégations.
Il y avait à la même époque cent trente et un Frères de la Croix de Jésus répartis en trente-quatre maisons.

Une congrégation de Sainte-Croix (du Mans) a été organisée en 1833 par le père Moreau. Elle comprenait les pères Salvatoriste (deux maisons en France, vingt-huit clercs réguliers), voués aux missions, à l'instruction de la jeunesse et au ministère paroissial; les Frères joséphites (cinquante-trois maisons en France, deux cent soixante-trois frères), qui doivent leur origine (1806) à Jacques Dujarié, curé de Ruilly-sur-Loire : instruction secondaire et instruction primaire; les Soeurs Marianistes, chargées des soins de lingerie et d'infirmerie dans les séminaires et les collèges de la congrégation et qui s'occupent aussi de l'instruction des jeunes filles dans des maisons particulières. Cette congrégation complexe, dont le supérieur général réside à Rome, possède de nombreux établissements en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, au Bengale, en Australie.

En 1625, Guérin, curé de Roye, forma une maison de Filles de la Croix, pour l'instruction des jeunes filles. Mme de Villeneuve les établit à Brie-Comte-Robert et à Paris; elle fit prononcer par une partie de ces filles les trois voeux simples de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Les autres voulurent conserver leur liberté : ce qui les obligea à se séparer. Avant la Révolution, chacune des deux congrégations avait sou supérieur général.

Le recensement spécial de 1861 indique pour, la France trente-quatre Dominicaines de la Croix (une maison); trente-quatre Religieuses de la Croix de Jésus (neuf maisons) ; huit cent quatre Soeurs de la Croix (sept maisons mères, quatre-vingt-trois maisons); quatre-vingt-une Soeurs de la Saint-Croix (vingt-deux maisons). (E.-H. Vollet).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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