 |
Clémence
Isaure. - Célèbre personnage légendaire, à
qui on a attribué la fondation ou la restauration des jeux
Floraux de Toulouse .
Les débuts des Jeux floraux, en 1323, sont connus depuis longtemps;
leur histoire repose sur des documents dont l'authenticité est au-dessus
de tout soupçon, et le nom de Clémence Isaure n'apparaît
pas dans ces documents. Au commencement du XVIe
siècle, les souvenirs historiques relatifs aux Jeux floraux s'étaient
singulièrement affaiblis à Toulouse. Depuis près de
deux siècles, les poètes couronnés célébraient
la sainte Vierge - thème que l'usage avait
rendu peu à peu obligatoire - en s'ingéniant à trouver
des qualificatifs nouveaux pour l'objet de leur culte. On pourrait, en
parcourant les vers de l'école toulousaine du XIVe
et du XVe siècles, qui nous ont
été conservés, y recueillir les éléments
de véritables litanies poétiques de la Vierge. Au XVe
siècle, on célèbre particulièrement la clémence
de la mère de Jésus, et, en 1471,
un poète en arrive à invoquer la Vierge elle-même sous
le nom de Confort del monte Clemensa (= soutien du monde et Clémence).
De là, peu à peu l'idée fausse que cette Clémence,
dont le nom planait sans cesse sur l'institution des Jeux floraux, devait
être une femme ayant réellement existé et porté
le nom de Clémence; de là ensuite, pour expliquer l'espèce
de culte qu'on lui rendait, la supposition que cette dame Clémence
avait fondé ou doté l'institution poétique chère
à Toulouse.
Le premier auteur qui ait cru à
l'existence réelle de Clémence parait être Guillaume
Benoît, conseiller au parlement de Toulouse, mort en 1520. En 1527,
le célèbre Etienne Dolet composa
et récita solennellement à Toulouse une pièce de vers
latins «-sur une certaine femme, fondatrice
des jeux Floraux » (de muliere
quandam quae ludos rarios Tholosae constituit). Le nom d'Isaure apparaît
pour la première fois en 1549, dans une ballade couronnée
par les Jeux floraux : c'est celui d'un comte légendaire de Toulouse,
auquel on a trouvé bon de rattacher la non moins légendaire
Clémence. Ce qui favorisa singulièrement la propagation locale
de la foi à Clémence Isaure, c'est que les capitouls de Toulouse,
désireux de soustraire au contrôle du parlement une partie
de leur gestion financière, prétendirent que la plupart des
biens-fonds de la ville leur venaient de cette dame, et par conséquent
ne pouvaient être considérés comme « deniers
communs, ni dons ou octrois du roy ». On accueillit donc comme authentique
et l'on installa solennellement au Capitole, en 1557, une statue de Clémence
Isaure, que l'on disait avoir été trouvée dans l'église
de la Daurade, et une inscription tumulaire fabriquée de toutes
pièces pour la circonstance, probablement par Marin Gascon, consul
et historiographe de Toulouse. L'académie des Jeux floraux avait
depuis longtemps pris ainsi sous sa protection spéciale Clémence
Isaure, son éloge était prononcé tous les ans dans
une séance solennelle qui avait lieu le 3 mai; on comprend dès
lors combien il est difficile de faire accepter, non seulement par la foule,
mais même par certains érudits prévenus, les conclusions
pourtant indubitables de la critique historique.
Déjà, au commencement du
XVIIe siècle, Castel avait victorieusement
combattu la légende. Depuis, les partisans quand même de Clémence
Isaure ont renoncé à faire de leur idole la fondatrice des
jeux Floraux. Ne pouvant, en présence
de textes formels, continuer à lui attribuer cette fondation, ils
ont soutenu que Clémence avait du moins restauré cette ancienne
institution toulousaine vers la fin du XIVe
siècle. Malgré l'autorité de dom Vaissète,
le célèbre historien du Languedoc ,
qui a accepté cette manière de voir, ce nouveau système
n'est pas plus d'accord avec la vérité que le premier. Il
repose uniquement sur la mention de dona Clamença dans un poème
en langue toulousaine, relatif à la campagne de Du
Guesclin en Espagne et intitulé la Bertat; or ce poème,
dont dom Vaissète accepte l'au thenticité, est une fabrication
du XVIIe siècle. Des raisons analogues
doivent être opposées à ceux qui placent l'existence
de Clémence Isaure, non pas à la fin du XIVe
siècle, mais à la fin du XVe;
ils se fondent sur une ode ou chanson en provençal, qui aurait été
composée par Clémence Isaure elle-même et récitée
solennellement aux Jeux floraux en 1499; mais cette chanson, publiée
seulement en 1814 par Du Mège, est l'oeuvre d'un faussaire, et ce
faussaire n'est sans doute autre que Du Mège, qui a plus d'une peccadille
de ce genre sur la conscience... (Ant. Thomas). |
|