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La Chasse sauvage
L'appellation de Chasse sauvage, parfois utilisé comme nom générique pour les toutes chasses fantastiques conduites par un esprit de la forêt ou de l'air, peut être appliquée plus spécialement aux variantes de ce thème du folklore européen en Alsace et dans les pays germaniques. Son coryphée est souvent appelé le Chasseur nocturne. C'est un esprit issu de la mythologie populaire surtout préoccupé de chasser d'autres êtres fantastiques, mais gare à l'humain qui se trouverait sur sa route!

Au commencement du XIXe siècle, on racontait en Alsace que le Chasseur nocturne et son cortège parcouraient en tous sens la forêt d'Illzach et l'on entendait son cri de chasse et l'aboiement de ses chiens. A Lautenbach, Hubi, le Chasseur nocturne, franchissait au grand galop de son cheval la montagne de Dornsyle.

Quand le Chasseur nocturne (ou Chasseur sauvage) avait jeté au vent son cri de houdada!, et que le bruit du cor avait retenti dans la montagne, c'était comme un ouragan qui se déchaînait sur la vallée. On devait se garder de le provoquer en répétant son cri, sans quoi il jetait aux pieds de l'imprudent quelque cuissot de haut goût en criant : 

« Qui chasse avec moi, mange avec moi ».
Alors on n'avait plus que le temps de se préparer à la mort.

Si les gens attardés que le Chasseur nocturne d'Alsace rencontre sur sa route n'ont pas soin de se coucher au milieu du chemin, ils sont coupés en deux ou emportés dans les airs ainsi qu'une feuille sèche, comme cet homme qui fut un jour enlevé au milieu de ses compagnons de route et transporté du Lerchenfeld près de Saint-Gangolf, jusqu'au Bollenberg; dans son vol rapide par-dessus le Schoeferthal, il faillit se donner une entorse en heurtant le clocher de la chapelle. Il se recommanda à la sainte Vierge et fut doucement déposé sur le gazon de Bollenberg.

Les habitants du Riesengebirg entendaient souvent durant la nuit, à ce qu'ils racontaient, la voix de chasseurs, le son du cor et les cris des bêtes fauves. Ils disaient alors :

"Le chasseur nocturne chasse!"
Les petits enfants avaient peur aussi et se taisaient quand on leur crie : 
"Sois sage; n'entends-tu pas le chasseur nocturne qui chasse?" 
Sus au femmes remuantes!
En Alsace, on dépeignait souvent le Chasseur nocturne comme un géant sans tête ou la portant sur le bras, poursuivant une femme échevelée qui fuit devant la meute. En Allemagne, ce chasseur poursuit surtout les Femmes remuantes (Ruttelwiber). Les frères Grimm, rapportent, d'après une tradition des environs de Saalfeld, que ces femmes demeurent dans les landes, dans les forêts, dans les lieux sombres et dans les souterrains. Elles appartiennent à un petit peuple qui vit couché dans la mousse verte, et elles sont couverts de mousse de la tête aux pieds. On les appelle aussi les Ramasseuses de mousse.
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Olaus Magnus : le diable emportant une sorcière.
Le Diable emportant sa proie.
(Olaüs Magnus, Historia de gentibus septentrionalis, 1555)

Le Chasseur sauvage les tourmente sans relâche; et si alors elles rencontrent le tronc d'un arbre coupé par un bûcheron qui, en le coupant ait dit : Dieu me bénisse! (Gott waels!) elles trouvent le repos sur ce tronc; mais si le bûcheron, au contraire, a dit, en donnant son premier coup de cognée : Me bénisse Dieu! (waels Gott!) c'est-à-dire qu'il ait placé le mot Dieu le dernier, ce tronc d'arbre ne procure ni repos ni paix aux petites Femmes remuantes, et il faut qu'elles fuient sans cesse devant le Chasseur nocturne.

Chasseur sauvage, dit la légende, apparaît souvent dans les environs Saalfeld. On entend en effet les habitants dire :

"On voit bien que le chasseur sauvage est venu chasser ici il n'y a pas longtemps : - ça été un bruit, un tapage infernal". 
Un paysan d'Arutchgerente, près de Saalfeld, était allé un jour sur la montagne pour faire du bois, pendant que le Chasseur sauvage chassait. Le chasseur était invisible, mais le paysan put entendre et le bruit et les aboiements des chiens. Il lui vint tout à coup à l'idée de chasser de compagnie; il se mit à crier comme les autres, fit néanmoins son travail ordinaire et rentra chez lui. Le lendemain matin, comme il allait à l'écurie, il vit, suspendue à sa porte, un quartier de ramasseuse de mousse en récompense ou comme part de se chasse. Le paysan, tout effrayé, courut bien vite chez le seigneur de Wirbach à qui il raconta l'affaire. Le seigneur lui conseilla de ne pas toucher à la viande, s'il ne voulait éprouver quelque mal de la part du chasseur sauvage, et de la laisser au contraire suspendue. Le paysan suivit ce conseil et le gibier disparut comme il était venu. 

La Chasse nocturne en Scandinavie
En Scandinavie, dit Guyornaud, Odin révélait souvent sa présence dans les forêts qui lui étaient consacrées, par un bruit semblable à celui d'une armée de cavaliers qui volent au combat. On disait alors qu'il chassait à la tête de héros morts, et tous les mortels étaient saisis de frayeur. C'est tardivement (vers le XVIIe siècle), semble-t-il, que le vieux dieu germanique a endossé le rôle de meneur de la la Chasse sauvage. Mais il y tient un rôle tout à fait conforme à celui des autres coryphées des chasses fantastiques

C'est à minuit qu'il fait son apparition au milieu d'un tourbillon de guerriers. Leurs coursiers galopent sur les nuages, entre le ciel et la terre; les trompettes sonnent;  distingue la voix du chef faisant entendre à ses soldats fantastiques le cri de abbo (vieux mot qui signifie allons! courage!), et l'air résonne au loin des cris de la troupe aérienne. L'analogie entre le dieu Odin et le Chasseur sauvage allemand est évidente. On appelle, en Allemagne, la troupe d'esprits qui accompagne le chasseur, Woden heer (l'armée d'Odin); et woden, en anglo-saxon, veut dire féroce ou furieux.(P. Sébillot / A. de Chesnel).
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Chasse céleste en Scandinavie.
Chasse céleste, dans les brumes du Nord.
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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