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Sainte Cécile

Sainte Cécile est une  vierge et martyre de l'Eglise, patronne des musiciens, née à Rome, de noble et chrétienne famille, morte à Rome en 232, sous Alexandre Sévère. - Fête le 22 novembre.

Selon sa légende, elle s'était consacrée à Jésus-Christ; néanmoins, ses parents la marièrent malgré, elle à Valérien, jeune et noble Romain, mais païen. Quand ils furent dans la chambre nuptiale, Cécile dit : 

- Sachez que j'ai un ange de mon Dieu, qui garde soigneusement mon corps, et si jaloux de moi, que si vous vous ingériez d'avoir ma compagnie charnelle, je crains qu'il ne vous ôte la vie.
Dolci : Sainte Cécile.
Sainte Cécile, par Carlo Dolci (1671, Dresde).

Valérien fut très marri de ce propos et surtout fort inquiet au sujet de l'ange, dont il suspectait grandement la nature céleste; il répondit : 

- Ma mie, faites-moi voir cet ange.
La sainte répliqua gracieusement : 
- Il n'est pas possible, que votre âme sale et infecte regarde un ange; il vous faut d'abord recevoir le saint sacrement de baptême, qui vous nettoiera de vos ordures. 
Valérien consentit donc à recevoir le baptême et, sur les indications de Cécile, s'en alla vers le pape saint Urbain, qui se tenait caché à une lieue de la ville. Ce saint fit apparaître devant lui un céleste vieillard, vêtu de blanc et qui portait un livre où étaient écrits, en caractères d'or, ces mots : Il n'y a qu'un vrai Dieu, une vraie foi et un vrai baptême; puis il le baptisa.

Quand Valérien fut revenu auprès de Cécile, il trouva à côté d'elle l'ange de Dieu, en forme d'un très beau et très admirable jeune homme vêtu de lumière. L'ange donna aux deux époux deux belles guirlandes de roses et de lis, leur disant :

- Ces couronnes sont tissées de fleurs cueillies dans les prairies du ciel, elles ne perdront jamais ni leur fraîcheur ni leur douce odeur; mais personne ne pourra jamais les voir, sinon ceux qui aiment la chasteté comme vous. 
Et il se retira d'avec eux dans le ciel. Incontinent, Tiburce, frère de Valérien, entra dans la chambre, qu'il trouva embaumée du parfum des fleurs célestes; mais il ne put voir ces fleurs. Dès qu'on lui eut expliqué la cause de ce prodige, il se fit baptiser par le pape Urbain. 
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Rubens : Sainte Cécile.
Sainte Cécile, par Rubens (1640, Berlin).

Les deux frères furent mis à mort sur l'ordre d'Almachus, préfet de Rome. Celui-ci avait épargné Cécile, espérant qu'elle lui livrerait les riches trésors de Valérien et de Tiburce; mais ces trésors avaient été donnés aux pauvres. Comme elle refusait de sacrifier aux dieux, il la livra aux bourreaux; mais la sainte convertit les bourreaux et avec eux quatre cents personnes, parmi lesquelles Gordien, un des principaux personnages de Rome. Amalchus, irrité, ordonna de la décapiter; mais le bourreau lui frappa trois fois le cou sans pouvoir le trancher, faisant couler seulement du sang, que de pieux chrétiens recueillirent. Trois jours après, comme Cécile était en oraison, son âme s'envola au ciel. Le pape Urbain fit déposer son corps dans le cimetière de Calliste, et il consacra comme église sa maison, qu'elle lui avait donnée pour cet usage (Sainte-Cécile de Domo).

D'après un document mentionné par le Liber pontificalis, Pascal Ier s'occupait de faire reconstruire cette église, lorsqu'il eut une vision dans laquelle la sainte lui révéla l'endroit où était son corps. Sur cette indication, on retrouva non seulement le corps de Cécile enseveli dans une toile d'or teinte de sang, mais le corps de Valérien, son mari; de Tiburce, son beau-frère; de Maxime, son ami; des papes Urbain ler et de Lucius Ier  et de neuf cents martyrs. On les transporta tous dans l'église nouvellement reconstruite (821).

Tels sont les principaux traits de la légende de sainte Cécile, que nous avons très malheureusement déflorée en l'abrégeant. Suivant le triste destin des plus belles légendes, elle parait avoir succombé sous l'action du temps. Tillemont dit que les auteurs des Actes de sainte Cécile n'ont point reçu l'amour de la vérité (Mémoires pour servir à histoire ecclésiastique, III). En effet, non seulement l'histoire ignore complètement Almachus, préfet de Rome sous Alexandre Sevère, mais elle atteste que cet empereur, loin de persécuter les chrétiens, leur a toujours accordé une haute tolérance. 

D'autre part, le nom de Cécile, qui aurait eu une église à Rome dès 232, ne figure pas dans le calendrier compilé à Rome vers 363. Le premier auteur qui le mentionne est Fortunat, évêque de Poitiers (mort en 609); mais la Cécile de Fortunat est morte en Sicile entre 176 et 180, c.-à-d. à une époque où bien certainement il n'y avait point de pape du nom d'Urbain. La légende avait donc été abandonnée par la plupart des auteurs sérieux, tout en gardant, suivant la coutume, sa place dans le culte de l'Eglise et dans la littérature édifiante. 

Au XIXe siècle, des fouilles opérées dans le cimetière de Calliste firent découvrir certains objets qui fournirent aux intéressés l'occasion d'entreprendre le sauvetage de sainte Cécile. Mais, pour l'observateur impartial, ces objets, qui datent du VIIe et du Xe siècle, n'autorisent qu'une seule conjecture vraiment fondée, savoir que l'emplacement du cimetière de Calliste appartenait à la famille sénatoriale des Caecilii. 

Notre sainte est devenue la patronne des musiciens par suite d'un contresens commis en la lecture de sa légende : Cantantibus organis, Caecilia Domino decantabat. On a conclu de ces mots qu'elle chantait les louanges de Dieu en s'accompagnant sur l'orgue, ou au moins sur un instrument quelconque. C'est ainsi qu'on la représente ordinairement. Or les instruments, organa, dont il s'agit dans ce texte, sont ceux de la musique fort profane exécutée aux noces de Cécile épousant Valérien encore idolâtre. (E.-H. Vollet).

Les représentations de Sainte Cécile.
Sainte Cécile a été représentée par un grand nombre de peintres. Quelques actions de sa vie ont été retracées au Moyen âge, sur les lambris de l'église de Saint-Urbain, à Rome. Plus tard, Cimabue peignit le martyre de sainte Cécile pour l'église consacrée à cette vierge, à Florence. Ce tableau passa depuis dans l'église de Saint-Etienne. D'ordinaire, sainte Cécile est représentée jouant de l'orgue et chantant les louanges du Seigneur : de petits anges l'accompagnent. 

Parmi les représentations de ce genre, nous citerons les tableaux de Hubert van Eyck, au musée de Berlin; du Guerchin et de Jacopo Cavedone, au Louvre; de Pellegrino Tibaldi, au musée de Vienne; de Simon Cantarini, au musée de Munich; de J.-C. Procaccini, au musée de Parme; de Caracciolo et de Paul Bril, au musée de Naples; de Poussin et de Michel Coxcie, au musée de Madrid. On peut citer encore : une Sainte Cécile jouant de l'orgue, de Carlo Dolci, au musée de Dresde
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Guido Reni : Sainte Cécile.
Sainte Cécile, par Guido Reni (1606, Pasadena).

Une autre Sainte Cécile, du même, se voit au musée de l'Ermitage, à Saint- Pétersbourg; - la figure peinte par Rubens (musée de Berlin) est celle d'une jeune et jolie Flamande, aussi bien que la Sainte Cécile gravée par T. Galle, d'après Teniers. De son côté, Paul Véronèse a donné à la sainte, jouant du sistre, les traits d'une blonde Vénitienne (musée de Vienne). Pierre Mignard l'a représentée jouant de la harpe (Louvre). Dans la Sainte Cécile qui est un des chefs-d'oeuvre de Raphaël, on voit la sainte debout, ayant près d'elle saint Paul, saint Jean, saint Augustin et sainte Madeleine, levant les yeux au ciel et écoutant avec ravissement un concert exécuté par les anges. Dans le tableau du Dominiquin, qui est au musée du Louvre, fanant sur une basse de viole; elle est vue de en s'accompagnant jusqu'aux genoux seulement. Près d'elle, sur une espèce de balustrade où elle appuie sa viole, se tient un petit ange entièrement nu et lui présentant un livre de musique ouvert, qu'il appuie sur sa tête. Le même peintre a retracé à fresque les principaux traits de la Vie de sainte Cécile, dans l'église Saint-Louis des Français, à Rome; ces peintures sont fort altérées; les plus remarquables sont celle qui représente la sainte faisant l'aumône et celle qui représente le Martyre de sainte Cécile. 

Parmi les innombrables représentations de sainte Cécile dans les temps modernes, on peut citer une Sainte Cécile chantant les louanges du Seigneur, de Paul Delaroche.

Dryden a composé en son honneur une ode célèbre. (NLI).

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