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| Caraïtes.
- Secte juive née au VIIIe
siècle, en Asie, sous le calife Abou Djafar
Almansour, probablement vers 761. Le fondateur de la secte se nomme Anan,
fils de David. Il était membre de la famille des exilarques juifs
de Babylonie Les Caraïtes, il est vrai, ont renié
le Talmud; ils ont aussi, plus que les Rabbanites de ces premiers
temps, et pour justifier leurs prétentions, étudié
avec soin le texte biblique et rendu des services dans l'étude grammaticale
de l'hébreu; mais en réalité ils sont restés
attachés à la méthode d'interprétation talmudique,
ils ont gardé ou créé un grand nombre de pratiques
religieuses, qui ne se distinguent en rien, dans leur essence, des pratiques
religieuses des Rabbanites, et s'ils ont rejeté le Talmud, ils ont
fini par en créer un autre, à leur usage. On ne sait pas
grand-chose des doctrines d'Anan, les ouvrages qu'il a écrits sont
perdus et les textes qu'on lui attribue et qui sont parvenus jusqu'à
nous ne sont pas d'une authenticité certaine. On est à peu
près certain, néanmoins, qu'Anan a conservé, dans
sa méthode d'interprétation biblique, les règles qui
avaient été tracées par les rabbins de la mischna,
et que, d'autre part, il a rejeté le calendrier
des rabbanites, servant à la fixation des fêtes juives, et
en est revenu, pour la fixation des mois et du caractère de l'année Les successeurs d'Anan ont consacré
leurs efforts à répandre la nouvelle religion, a la former
et consolider; une grande partie de leurs forces s'est dépensée
en pure perte dans des polémiques stériles contre les Rabbanites.
Vers la fin du IXe siècle, les Caraïtes,
qui avaient demeuré exclusivement en Babylonie et en Perse, établirent
à Jérusalem
une colonie qui devint bientôt très active et montra surtout
un zèle ardent pour la propagande de leur doctrine. Au XIe
siècle, il y eut à Jérusalem une école groupée
autour de Josué ben Juda Aboul Faradj Fourkan, laquelle se mit à
traduire en toute hâte les oeuvres Caraïtes écrites en
arabe, pour les importer dans d'autres pays. Bien souvent, à ce
qu'il semble, les Caraïtes falsifiaient les livres et altéraient
les faits, dans l'intérêt de leur propagande, et encore de
notre temps on a remarqué des procédés pareils chez
un Caraïte bien connu de Russie. Un élève de Josué
ben Juda, nommé Ibn Altaras (fin XIe
siècle), transporta, avec les ouvrages du maître, la religion
Caraïte en Espagne, ou elle eut pendant quelque temps des adhérents.
Elle s'établit aussi, vers la même époque, en Égypte,
en Grèce, à Constantinople.
Il n'est pas encore facile de dire à quelle époque les Caraïtes
sont venus en Crimée, les inscriptions et les épigraphes
qui doivent prouver la haute antiquité des Caraïtes dans la
presqu'île ne méritent aucune confiance, et ce n'est qu'au
milieu du XIIIe siècle (1279) qu'on
trouve pour la première fois un témoignage certain de la
présence de Caraïtes (ou au moins d'un Caraïte) en Crimée.
C'est de là probablement, que les Caraïtes se sont répandus
en Russie, en venant de Constantinople, à moins qu'ils n'y soient
venus aussi et antérieurement peut-être de la Perse, par le
Caucase La littérature des Caraïtes, dans les différents pays où ils demeurèrent, eut pour principal objet, après la polémique obligée contre les Rabbanites, de fixer la doctrine caraïte, qui était restée flottante, vague et livrée à l'inspiration personnelle. Anan, en se détachant du rabbinisme, avait ruiné le principe d'autorité, il fallut le rétablir; Anan n'avait pas eu le temps de définir clairement la doctrine nouvelle, ses successeurs durent la préciser et elle se précisa elle-même, avec le temps, sous la pression des circonstances, dans l'effort imposé à la secte pour se maintenir en face du rabbinisme, pour justifier son existence à ses propres yeux, et enfin pour former et expliquer sa' théologie. Les écrivains caraïtes furent donc obligés, d'un côté, de façonner leur religion, de créer et cataloguer les pratiques religieuses de la secte, de régler le rituel, et c'est pour cela que presque chaque écrivain important, et la secte a écrit une espèce de livre des Préceptes, où se rencontrent les formules importantes de la doctrine. D'autre part, ils se mirent plus ou moins à la suite des philosophes arabes, et adoptèrent presque tous la doctrine des Motazilites, qui exercèrent déjà une grande influence sur le premier successeur un peu important d'Anan, Benjamin de Nehavend. On a même supposé que c'était pour flatter les Musulmans et obtenir leur protection contre les Rabbanites que les Caraïtes s'étaient d'abord, dans le califat, montrés si accessibles aux doctrines arabes et même à certaines pratiques de la religion musulmane. Ils ont, du reste, également tenu à être en bons termes avec les chrétiens, et déjà Anan, à ce qu'on assure, et sûrement déjà Benjamin de Nehavend parlent de Jésus avec des témoignages de respect. Outre les écrivains purement théologiques, les Caraïtes des premiers siècles ont des grammairiens et exégètes qui ne sont pas sans valeur, des chroniques purement fictives et qui tournent naturellement à l'honneur de la secte, enfin un poète dont on a fait autrefois beaucoup de bruit, Moïse Daraï, mais qui est du XIIIe siècle, et qui a purement imité les grands poètes juifs des Rabbanites. Les principaux théologiens des Caraïtes,
dans les premiers siècles, ont été Benjamin de Nehavend,
déjà nommé, au commencement du Xe
siècle, et un peu après lui Nissi ben Noah, qui a été
le principal auteur des règles de pureté dont nous avons
parlé plus haut; puis losef el Bacir (ha-roé), Salomon ben
Ierubam, d'Égypte, Abulsari Sahal ben Maçliah, de Jérusalem,
tous trois contemporains et adversaires de Saadia, au Xe
siècle; léfet ben Ali, de Bassora, théologien, polémiste,
mais surtout grammairien et exégète, fin Xe
siècle; David al Mokammeç, de l'Irak, vers la même
époque, et enfin, à Jérusalem, au Xe
siècle, ce Josué About Faradj, dit El-cheikh, dont il a déjà
été question plus haut. A partir de cette époque,
le centre littéraire des Caraïtes se déplace et se transporte
à Constantinople.
C'est là que l'on trouve, en 1148, luda b. Elie Hadassi, auteur
d'un ouvrage important appelé Escol haccofer, où sont
exposées les différences entre les Caraïtes et les Rabbanites
et qui est écrit dans un ton de polémique véhémente.
Après lui viennent les deux Aron, également célèbres.
Aron ben losef, originaire de Crimée, est l'auteur de commentaires
sur différentes parties de la Bible (son commentaire du Pentateuque
est de l'an 1289), mais est surtout connu pour avoir rédigé
définitivement le Livre des Prières des Caraïtes.
II vivait à Constantinople. L'autre Aron, appelé Aron ben
Elie de Nicomédie, né au Caire
vers 1369, a rendu un plus grand service encore aux Caraïtes en leur
donnant, à l'exemple de ce que Maïmonide
avait fait pour les Rabbanites, un traité classique de philosophie
religieuse appelé Eç hayyim (Arbre
de la Vie). Avec ces deux Aron, la religion caraïte a reçu
sa forme définitive. Il ne reste plus qu'à nommer l'écrivain
Elie Bachiaci, de Constantinople, mort en 1480, et son élève,
Caleb Afendopoulo, d'Andrinople En somme, la réforme caraïte, comme on l'a remarqué dès son origine, a tourné court et est promptement revenue à un talmudisme qui ne digère guère que par les détails de celui des Rabbanites. Les Caraïtes ont con sumé, en partie, leurs forces dans la lutte contre les Rabbanites, chez lesquels leurs principaux adversaires ont été tout d'abord le célèbre Saadia, polémiste fougueux et savant, Samuel ben Hofni, Haï gaon, Abraham ibn Ezra et Abraham ibn Daud. Etant moins nombreux que les Rabbanites, ils se sont presque constamment traînés à leur remorque. Même en grammaire et en exégèse, où ils ont montré d'abord quelque supériorité, ils n'ont pas un seul homme à comparer à Juda Haiiudj ou à Jona ibn Ganah. On a voulu leur attribuer un certain rôle dans l'invention de la Massore, mais il n'est nullement prouvé que le massorète Ben-Ascher soit un Caraïte. Le seul poète de quelque valeur qu'ils ont eu, n'a été que le plagiaire des poètes rabbanites de l'Espagne, et s'ils ont, dans l'Arbre de la Vie d'Aron de Nicomédie, une espèce de Guide des Egarés, ils le doivent à l'influence qu'a exercée sur eux le célèbre ouvrage de Maïmonide. Les Caraïtes d'Espagne paraissent
avoir été forcés à renoncer à leur religion
vers 1178 (Revue des études juives, t. XIX, n° 38); après
Ibn Ezra et Abraham ibn Daud on n'en entend plus parler dans ce pays. Il
y a aujourd'hui encore (1900) de petites communautés caraïtes
à Istanbul,
au Caire,
à Jérusalem,
à Hilléh, sur l'Euphrate, et même à Haliez,
en Galicie |
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